La reconstruction des villes du Calvados

Début : 10/02/2008
Responsable(s) scientifique(s) : Pierre Bergel

Durant l’été 1944, le département du Calvados est le lieu d’une des plus furieuses confrontations militaires de l’histoire de la guerre. Outre les opérations de débarquement du 6 juin, les bombardements, les batailles terrestres, les incendies réduisent en cendre les villes et les bourgs. Prises dans les combats durant plusieurs semaines, les populations civiles souffrent de la faim, subissent le feu et la peur. Elles supportent les évacuations, la perte de leurs biens et, trop souvent, la disparition d’êtres chers.

Au début de 1945, plus de 8 000 civils ont perdu la vie, 80 000 immeubles et 180 000 bâtiments sont détruits. Sur les 763 communes du département, 744 sont déclarées sinistrées. La population calvadosienne manque de tout : logement, eau, alimentation, vêtements. Pour un pays qui reste en guerre jusqu’en mai 1945, il demeure difficile d’organiser l’aide et le ravitaillement. D’ailleurs, le Calvados demeure largement inaccessible : 235 ponts routiers ont été détruits.

Pourtant, la vie reprend. Meurtri, ce département suscite un immense élan de solidarité. De toute la France des aides sont proposés par les particuliers, les collectivités territoriales, les organismes de secours. Les pays alliés ((Etats-Unis, Canada) ou neutres (Suède, Finlande) fournissent des équipements de première nécessité et des logements provisoires.

Les reconstructions se doivent d’être rapides, les sinistrés étant impatients de retrouver un toit. Mais avant de bâtir, il faut imaginer le nouveau visage des villes, des bourgs et des villages. Les reconstructions ne sont pas faites à l’identique et il n’est pas excessif de dire que ces agglomérations sont totalement nouvelles, même si elles se situent aux mêmes emplacements que les anciennes. Précédés par des remembrements qui recomposent le parcellaire et redistribuent la propriété, les chantiers de la reconstruction apparaissent donc comme autant de laboratoires pour un nouvel urbanisme. Ces nouvelles manières de faire la ville ne sont pas exclusivement portées par les fonctionnaires du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Sur le terrain, ces « horsains » sont relayés par un ensemble varié d’acteurs locaux : élus, responsables des associations de sinistrés, architectes, qui exercent une influence déterminante sur les rythmes et les modalités de la reconstruction. Rétifs au changement ou gagnés aux idées de l’urbanisme moderne, ils participent tous à un renouvellement radical du contexte urbain départemental.

Dans le Calvados d’aujourd’hui, les villes reconstruites font partie du quotidien. Autrefois dénigrés, ces paysages urbains présentent de remarquables qualités. Accompagnant la reconstruction, bas-reliefs, sculptures, fresques, peintures constituent en outre un héritage artistique peu connu, qui exprime les espoirs et le dynamisme d’une période cruciale pour l’histoire du pays. Peu regardées jusqu’ici, ces architectures commencent à susciter l’intérêt du public et des chercheurs. Peu à peu, elles se transforment en un patrimoine apprécié et reconnu par tous.