Grande et petite échelle ? L'apport du raisonnement géopolitique au discours de la géographie classique.

Lieu : Amphithéâtre de Physique, UFR de Géographie, université de Caen
Début : 24/03/2014 - 10:00
Responsable(s) scientifique(s) : Pierre Bergel

Conférence donnée par Yves Lacoste, géographe et géopoliticien, ancien professeur à l'université Paris VIII.

La géopolitique a pris une place incontestée dans le traitement de l’actualité internationale comme dans l’analyse sociale : les guerres en Afghanistan, en Syrie ou au Mali ; les questions électorales ou celle des « banlieues » apparaissent aujourd’hui comme autant de questions géopolitiques.
Cette évidence n’allait pas de soi en 1976, quand est publié La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre et quand paraît le premier numéro de la revue Hérodote. À cette époque, si certains géographes sont politisés (Pierre George ou Jean Dresh sont par exemple adhérents du Parti Communiste Français), ils traitent rarement de la dimension politique dans leurs recherches, séparant l’activité universitaire de leurs engagements militants.
Après ses premières années d’enseignement au Maroc puis en Algérie, après sa rencontre avec les milieux anticolonialistes algériens puis avec les combattants du FNL vietnamien, Yves Lacoste introduit (réintroduit ?) les faits politiques dans la géographie française.
Géopolitique ? Le mot n’est guère employé en 1976. Il s’impose au début des années 1980, matérialisé par le changement de sous-titre de la revue Hérodote, désormais qualifiée de « revue de géographie et de géopolitique » Auparavant, il a été banni du vocabulaire car il renvoyait à la période sombre du nazisme. C’est au nom d’une géopolitique de la grande Allemagne que l’hitlérisme a en effet justifié ses conquêtes et l’agrandissement de ce qui était alors dénommé l’« espace vital ».

Avec les travaux d’Yves Lacoste, le mot géopolitique intègre le corpus des géographes français. Son sens se renouvelle et son marquage politique s’inverse : la géopolitique sert désormais la cause de la justice et elle entend combattre les oppressions. Comme le précise l’éditorial du premier numéro de la revue Hérodote1 :

" Les rapports sociaux s’impriment dans le paysage comme sur une surface d’enregistrement : mémoire.
Les appareils de pouvoir opèrent dans l’espace : terrain, et s’y matérialisent : positions. ».
Les classes, les factions du capital, les armées, les États s’y opposent : fronts, s’y disputent des territoires : enjeu
."

1 « Attention : géographie ! » Éditorial du premier numéro de la revue Hérodote. Paris, éd. Maspéro. Premier trimestre 1976, pp. 3-7. Citation extraite des pages 3 et 4.