Quand l’enseignement devient objet commercial

Aéroport de Singapour, mercredi 2 avril 2017. L’un des plus grands panneaux rencontrés par les voyageurs à la descente d’avion fait la publicité du groupe privé Midchamps®. Il est placé dans le hall central sous douane de l’aéroport. Il s’agit avant même leur entrée effective dans le pays de capter l’attention des parents qui viennent s’installer à Singapour. Ce groupe dispose de 30 établissements implantés dans les centres commerciaux ou financiers ainsi que dans l’aéroport. L’ensemble des types d’accueil des enfants de moins de 6 ans est proposé : crèche, jardin d’enfants, école maternelle. Le tarif mensuel varie de 1 580 SG$ à 1 770 SG$ (de 1 005 € à 1 110 € mensuels hors taxe). L’enseignement bilingue (anglais et chinois) est présenté comme reposant sur trois piliers : les neurosciences, la psychologie enfantine et le théâtre au service de l’éducation. L’objectif affiché est de former des « champions intellectuels ».

Dans cette ville, qui compte parmi les principaux centres de la mondialisation, comme dans beaucoup d'autres, l'éducation des enfants de ceux qui se considèrent comme des élites se réalise dans un entre-soi. Des écoles à but lucratif, sous couvert de nouvelle pédagogie, contribuent à la fois à la reproduction sociale des classes dominantes et à la diffusion des projets élitistes.

Rémi Rouault est Professeur émérite. Parmi ses nombreuses publications sur la géographie scolaire, on peut notamment citer l’Atlas des Fractures scolaires, (avec Patrice Caro, 2010, Paris, Editions Autrement) et De la maternelle au lycée, Atlas de la France scolaire (avec Robert Hérin et Vincent Veschambre, 1994, Paris, Documentation Française / GIP RECLUS).