Lavage, épluchage et conditionnement du poireau dans le Val de Saire

Sur la chaîne de lavage, le chef d’exploitation a déposé, à l’aide d’un chariot élévateur, le rouleau d’une arracheuse contenant des poireaux. En tête de chaîne, la salariée la plus âgée dont le poste est dédié à la laverie, épluche les poireaux avant leur passage au lavage. Une autre salariée au profil plus polyvalent apporte un bac plastique à sa collègue, contenant des poireaux déjà passés sur la chaîne, mal lavés ou mal épluchés. Cette salariée gère aussi la logistique des caisses vides, et l’apport de cagettes de conditionnement, quand elle n’aide pas aux tri et conditionnement du légume. Trois autres ouvrières épluchent et conditionnent les poireaux lavés, tandis que le chef d’exploitation palettise les cagettes de poireaux étiquetées Priméale.

La Manche est le premier département producteur de poireau. La massification de cette production est récente (fin des années 1990 et années 2000) et résulte de la stratégie de diversification légumière du Val de Saire. Ce développement a été appuyé à l’échelle du bassin de production par la recherche appliquée menée à la station expérimentale du SILEBAN, et favorisé par l’aménagement parcellaire pour l’irrigation. A l’échelle de l’exploitation, il a été permis par une double intensification agricole, en capital et en travail. Dans le Val de Saire, elle se caractérise par une féminisation de l’emploi salarié. Avec la mécanisation au champ (enroulage des poireaux à l’arrachage, chargement sur des tapis à la coupe des choux ou des salades), le portage de lourdes charges vers les remorques a diminué. Quasi absentes des effectifs salariés il y a encore quelques années, les femmes ne sont pas rares aujourd’hui : elles représentent même la moitié du salariat permanent de certaines grandes exploitations maraîchères. Chez les « gars à navet » (souvent des éleveurs), les statuts et conditions de travail ne sont pas les mêmes pour les « tâcheronnes ». Ces dernières sont appelées la veille pour le lendemain pour la récolte d’un champ de navets arrivé à maturité. Ce travail saisonnier et manuel est payé à la caisse, sans obligation d’horaires fixes et de temps de travail. Nombreuses sont les mères de famille qui embauchent ainsi après avoir déposé les enfants à l’école.

Pierre Guillemin