La lutte socio-politique à Téhéran et le parcours migratoire des femmes militantes exilées

Cette photo a été prise par téléphone portable dans les rues de Téhéran pendant le soulèvement postélectoral nommé « le mouvement vert iranien » en 2009. A la suite de l’annonce des résultats de la dixième élection présidentielle iranienne, à Téhéran et dans d’autres grandes villes du pays, une foule de centaines de milliers de personnes, qui accusait l’État de fraude électorale pour réélire Mahmud Ahmadinejad, a manifesté pour soutenir les candidats opposants. Une caractéristique frappante du mouvement vert fut sa représentation immédiate sur Internet et notamment sur les réseaux sociaux, par le biais de photos et vidéos réalisées par des manifestants avec leurs téléphones portables. Au vu de l’interdiction absolue de la présence de journalistes sur les lieux, ces images non-qualifiées sont la seule source audiovisuelle de ce mouvement. D’un autre côté, le soulèvement iranien était le premier dans le fil des mouvements sociaux au Moyen-Orient où les réseaux sociaux prirent une place primordiale dans l’organisation de manifestations ainsi que dans leurs représentations posthumes.

Les femmes iraniennes ont joué un rôle important dans les événements postélectoraux, et malgré leur faible nombre, elles ont eu une place remarquable. Dans la société patriarcale religieuse iranienne où règne un régime totalitaire d’apartheid, être une femme militante véhiculant une idéologie opposante induit une multi-oppression sociale. En arrivant en Europe, en tant que migrantes réfugiées étrangères, de nouvelles discriminations apparaissent ; cependant, celles d’avant ne disparaissent pas nécessairement.

La présence des femmes dans l’espace urbain et virtuel pendant le mouvement vert et ensuite dans la migration mobilise des champs divers : l’intersectionnalité des différentes formes d’oppression dans la vie quotidienne ainsi que le combat socio-politique dans le pays et, ensuite dans la migration, les rapports à la société d’origine, à la société d’accueil et ceux recréés sur la société d’origine par rapport à la société d’accueil.

Esfandyar TORKAMAN RAD est doctorant à ESO-Caen. Sa thèse est intitulée : Géographie sociale de la présence des femmes dans l'espace urbain et virtuel. Lutte sociale et parcours migratoire des militantes iraniennes du mouvement vert.