Chaque domaine culturel a forgé ses cités imaginaires, refuges de l'esprit, et constructions rivales de la création. Elles ont pour statut paradoxal de pouvoir être à la fois l'expression la plus élaborée d'une société, sa quintessence, et en même temps le dépassement de celle-ci et souvent sa négation.
Le terme de « cité » ne sera pas ici pris au sens étroit, mais pourra être appliqué à diverses formes de communautés imaginaires ou programmatiques, à toute catégorie de construction utopique regroupant en son sein des êtres liés par une nécessité, un idéal, une contrainte, un propos esthétique ou un souci éthique - et parfois un hasard.
La Tour de Babel, L'arche de Noé, La République de Platon, L'Atlantide, La Cité du soleil de Campanella, l'infernale Metropolis de Fritz Lang tout comme le Berghof de La Montagne magique sont des types de « cités imaginaires » ; elles trouvent le plus souvent une expression littéraire, mais imprègnent également les expressions picturales, graphiques et architecturales de très nombreux domaines de culture.
Notre propos ne sera pas de se livrer à une typologie de ces différentes catégories de Cités imaginaires, s'apparentant à un catalogue d'utopies, mais plutôt de s'interroger sur le lien existant entre cité imaginaire et cité réelle, sur la fonction de ces projections utopiques pour l'être prisonnier de la réalité. On a expliqué le développement de la science-fiction au XX e siècle par le déclin de l'influence des religions, l'homme ne pouvant que difficilement accepter une réalité contraignante sans l'existence de propositions utopiques lui permettant d'espérer un ailleurs, quel qu'il soit. Il conviendra de prendre en compte également le développement de la littérature fantastique, qui a pris son essor essentiellement depuis le Romantisme .
Les écritures saintes comme les écritures profanes sont riches en cités imaginaires destinées à l'édification du genre humain, qu'elles soient proposées comme modèle de vie plus parfait, ou qu'elles présentent une forme de vie si angoissante que l'on s'efforce de se conformer aux normes humaines pour y échapper.
Toutefois l'évidente tendance de l'époque contemporaine est de se détourner des utopies religieuses et politiques, de rejeter le souci éthique comme un contrainte, et de forger des cités imaginaires dont la proposition est essentiellement d'ordre esthétique - ce qui n'ôte rien à leur projet subversif.
Des regards croisés que nous porterons sur cette constante tentation de l'esprit humain pourrait naître une conscience nouvelle de la fonction des imaginaires collectifs.
Avec la participation de :
Marc Lacheny (Valenciennes), Corona Schmiele (Caen), François Émion (Paris IV), Yves Chèvrefils-Desbiolles (IMEC), Jacqueline Spaccini (Caen), Bahia Kébir (Anaba, Algérie), Anatoly Tokmakov (Caen), Hélène Lhomer (IMEC), Éric Leroy du Cardonnoy (Caen), Frédérique Sicard (Caen), Eva Roudaut-Tilly (Rennes), Florent Perrier (IMEC), Philippe Léonard (Caen), Tuula Laakkonen (Caen), Daniel Doré (Caen).



