Jane Eyre d’hier à aujourd’hui
L’objectif de cette journée d’études est de s’intéresser à la postérité de Jane Eyre depuis sa parution en 1847 à nos jours. Comme le rappelle Umberto Eco, les livres parlent toujours d’autres livres et Jane Eyre semble faire partie de ces romans qui ont laissé une forte empreinte. Jane Eyre et ses protagonistes ont influencé la littérature de leur époque. Elaine Showalter parle ainsi de “post-Jane heroine” présente dans les romans de George Eliot, d’Elizabeth Gaskell, de Mrs Oliphant ou de Miss Yonge et signale également l’émergence d’un nouveau type de personnage masculin après Mr Rochester.
L’intertextualité semble s’afficher ouvertement vers la fin du XXe siècle avec la parution de reprises aussi nombreuses que diverses de textes canoniques, notamment de romans victoriens. Parmi ceux-ci, Jane Eyre a fait l’objet de plusieurs ré-écritures. En effet, le premier exemple de ce phénomène de réinvestissement de l’ère victorienne, avant qu’il ne fleurisse dans les années 1980 et 1990, est Wide Sargasso Sea. Ce roman de Jean Rhys, publié en 1966, s’inscrit dans les blancs laissés par le récit de Brontë et donne voix à Bertha Mason, le première Mrs Rochester, personnage pratiquement réduit au silence dans Jane Eyre. En 1969, Doris Lessing reprend l’intrigue du roman de Charlotte Brontë mais en modifie la fin dans The Four-Gated City. Jane Eyre a depuis fait l’objet d’autres appropriations : par exemple, Charlotte (2000) de D.M. Thomas continue le récit, The Eyre Affair (2001) de Jasper Fforde transpose les personnages dans un autre récit de même que H., The Story of Heathcliff’s Journey Back to Wuthering Heights (1992) de Lin Haire-Sargeant.
La problématique de cette journée d’études s’articulera donc autour de la notion de réécriture (transposition, réinvestissement, appropriation) appliquée à Jane Eyre. On s’interrogera, par exemple, sur le choix de ce roman par divers romanciers, sur les aspects retenus et/ou déformés, complétés, contredits du texte original, sur l’influence du roman sur ses contemporains et sur l’image que le XXe siècle choisit de conserver du texte victorien.



