L’anthropologie romantique et sa ‘Révolution copernicienne’ : l’expérience anglaise
La critique a depuis longtemps conscience de la « révolution copernicienne » (la transformation radicale du sujet dans sa relation au monde) qui caractérise en profondeur le mouvement romantique. Le classique The Mirror and the Lamp de M. H. Abrams en tirait une conséquence partielle pour la conception de la poésie devenue d’abord expression du sujet. Mais il s’agirait d’étendre, de systématiser l’enquête ou d’en réexaminer la légitimité :
- En regardant les modalités de l’abandon de la vision empiriste de l’être humain chez les principaux auteurs (ou penseurs) romantiques. On constate, semble-t-il, un décalage entre la pratique littéraire et la réflexion. Mais c’est dans le cadre de ce retournement de l’empirisme et de l’exploration du continent intérieur que des notions comme l’Imagination ou l’inconscient prennent une importance nouvelle.
- Dans la conception post-empirique de la connaissance, une appréhension intuitive du réel (re)devient légitime et ouvre un cadre à des expériences de type « épiphanique ». La modalité enfantine de l’existence peut prendre aussi un autre sens et une autre valeur.
Le basculement opéré dans le rapport sujet-objet risque d’entraîner une modification profonde de la conception et de l’appréhension du monde, qu’il s’agisse de la vision de la nature, du paysage, du rapport à l’espace, de la définition du sublime (extérieur, à l’origine, chez Burke).
Il en va de même pour les rapports entre l’individu et la société.
Des conséquences pour la littérature dans sa définition – la « Literature of Power » de De Quincey par ex. —, ses genres, son écriture…, sont bien connues, mais méritent certainement des réexamens et des compléments.

