Pouvoirs, régulation, conflits - Projets et programmes de recherche

  1. Un premier projet est centré sur l’exploitation des fonds judiciaires allemands de la Seconde Guerre mondiale réputés jusqu’il y a peu disparus mais récemment exhumés au SHD à Vincennes et à Caen, ainsi qu’aux Archives nationales. A travers l’exemple de la répression judiciaire allemande et plus précisément de l’étude des dossiers judiciaires nominatifs (environ 20 000 dossiers portant sur près de 30 000 individus), l’objectif est en premier lieu de rendre compte de façon renouvelée du fonctionnement des politiques de répression allemandes par le « bas », à l’échelle des pratiques institutionnelles, des acteurs ordinaires et de leur impact sur les individus ; mais aussi d’examiner plus précisément comment les poursuites judiciaires françaises et allemandes s’entrecroisent en France pendant l’Occupation. De cette manière, les interactions entre justice, systèmes policiers, armées, et pouvoirs locaux offriront des grilles d’analyse au processus de réglementation et de régulation. L’exploitation de ces sources judiciaires allemandes largement inexplorées permettra d’autre part de d’alimenter les questionnements historiographiques concernant certaines réalités sociales de la guerre et de l'Occupation ayant laissé peu de traces dans les archives du fait de leur nature clandestine. Elle permettra notamment d’interroger le concept de « réactivité sociale » qui, sans occulter la spécificité de la Résistance, rassemble en un seul terme les comportements marqués par le refus (adaptation contrainte, non consentement, désobéissance, opposition, etc.) en posant la question des passerelles entre ces divers types de comportements caractérisés par leur fluidité. Un projet international d’édition critique des sources (4 volumes) est en cours d’élaboration. Il porte sur la vie quotidienne sous occupation allemande dans l’ensemble de l’Europe occupée (« World War II. Everyday Life Under German Occupation »), coordonné par l’Institut Herder à Marburg (Herder-Institut für historische Ostmitteleuropaforschung). Deux des quatre volumes, composés de documents sur la France occupée, sont pris en charge par Gaël Eismann : (t.2. Rule and Its Institutions, avec Eric Alary : livraison prévue en 2017 ; t. 4. Exclusion, Forced Migration and Persecution, avec Tal Brutmann : livraison prévue en 2017).
  2. Un Projet franco-allemand ANR-DFG (DeJustWW2.fr : « Françaises et Français devant la justice pénale allemande pendant la Seconde Guerre mondiale ») sera déposé en mars 2017. Ce projet qui se déroulera sur trois ans sera co-porté par le CRHQ (Gaël Eismann) et côté allemand, par l’Université Humboldt-Berlin (Michaël Wildt et Herbert Reinke, Institut für Geschichtswissenschaften). Il consiste en une étude transnationale des pratiques des tribunaux allemands en France comme sur le territoire du Reich à l’encontre des Français qui s’y trouvaient pendant la guerre, que ce soit comme travailleurs civils ou comme prisonniers de guerre, à Berlin notamment. Ce projet se déclinera sous la forme de journées d’étude, d’un colloque international et débouchera sur diverses publications.
  3. Dans le sillage de deux programmes ANR « policiers » successifs dont le CRHQ a été partenaire, CIRSAP (2006-2010) et SYSPOE (2013-2016), il s’agit de valoriser deux décennies d’avancées historiographiques en ce domaine. Le CRHQ sera ainsi étroitement associé à la préparation d’une grande exposition aux Archives nationales (printemps 2019) portant sur le Police des Lumières en Europe. Des publications inédites, notamment une histoire des polices et de l’ordre public (1667-2002) (sous la direction de V. Milliot, éditions Belin) sont également lancées à cette occasion.
  4. Dans le cadre du programme ANR CURR Cultures des Révoltes et des Révolutions – xive-xviiie siècles de 42 mois 2014-juin 2017, se trouvent associer trois équipes : le CRHQ, ERLIS (université de Caen) et le CERHIO (Le Mans et Rennes). Ce programme vise à étudier les transcriptions culturelles des révoltes et des révolutions d’avant la Révolution française : la variété des moyens de communications, c'est-à-dire les médias, vecteurs et en même temps acteurs des révoltes, témoignent de la rupture de l’ordre et parfois de l’imposition de nouvelles normes. Ce programme a déjà réalisé de nombreuses publications et manifestations. Parmi les principaux éléments à venir, une réflexion commune sur les gestes et les paroles révolutionnaires se tient à Montpellier au printemps 2017, deux colloques auront lieu, l’un à Séville sur les concepts politiques et leur mutation en temps de révolte, et un autre à Rome autour de la violence comme vecteur et moteur de ces ruptures (S. Haffemayer A. Hugon).
  5. Le programme culture visuelle et révolte : il s’agit d’un programme d’excellence organisé par la Villa Vigoni – la DFG – MSH Paris1  qui réunit 15 partenaires allemands, italiens et français autour de trois séminaires internationaux de 2016 à 2018 au bord du lac de Côme. Les problèmes spécifiques liés à la puissance intrinsèque véhiculée par la représentation iconographique sont étudiés suivant des méthodes comparatives qui confrontent les expériences de chercheurs des espaces français, italiens et allemands (S. Haffemayer, A. Hugon).
  6. Le programme Villes insurgées – villes réprimées (2017-2019) : organisé par la Casa de Velazquez (EHEHI) à Madrid, par l’université Pablo de Olavide (Séville), par l’université autonome de Madrid et par le CRHQ – université Caen Normandie. Il souhaite à réunir des chercheurs de toute l’Europe travaillant de manière pluridisciplinaire sur la question des soulèvements urbains et de leur répression. Le premier séminaire tenu en février 2017 portait sur les questions de marginalisation des espaces en fonction des exclusions sociales et géographiques. En perspective de la prochaine rencontre, les recherches actuelles portent sur les souverainetés fragmentées au sein des mondes urbains. Enfin un troisième thème portera sur les déchirements communautaires et la conservation de leurs mémoires en milieu urbain (A. Hugon)
  7. Le laboratoire participe au projet « Normandie pour la Paix », définie par les orientations stratégiques de la Politique européenne et internationale de la Région Normandie, qui donnera notamment lieu de la tenue annuelle d’un Forum mondial pour la Paix à partir de 2018. Il s’agit de concevoir la paix non comme une valeur en soi, mais à l’intérieur d’un ordre global dans toutes ses dimensions et celles avant tout géostratégiques. Loin d’être une valeur simple, partagée par l’humanité entière, la paix est toujours une notion controversée, revendiquée par des groupes spécifiques et investie d’intérêts particuliers. Les utilisations de ce concept peuvent être extrêmement différentes, voire inconciliables et c’est la raison pour laquelle « la paix » est un concept polémique qui donne presque nécessairement lieu à des paradoxes. Ses utilisations spécifiques véhiculent des visions particulières de la politique et de la légitimité, qui s’opposent naturellement à d’autres visions (T. Hippler et F. Rouquet).