Révoltes urbaines et modèles de souveraineté a l’époque moderne

Appel à communication
Date limite de réponse : 15/11/2017

Ce colloque constitue la seconde réunion du projet de la Casa de Velázquez Villes insurgées, villes réprimées (VIVIR)  coordonné par Antonio Álvarez-Ossorio Alvariño (Université Autonome de Madrid, groupe de recherches Société de Cour et réseaux diplomatiques, HAR2015-67069-P), Manuel Herrero Sánchez (Université Pablo de Olavide de Séville, groupe de recherches POLYCENTRICSTATES, HAR2013-45357-P) et Alain Hugon (CRHQ - Université de Caen-Normandie).

Dans ce programme nous souhaitons analyser les mouvements de contestation qui se produisirent dans l’espace urbain au cours de l’époque moderne, tant par les formes symboliques qu’ils adoptèrent que par l’emploi de la violence, remettant en cause les instances qui se prévalaient de l’autorité et du système politique dominant.  Avec ces mouvements de protestation et de résistance, feront l’objet de ces journées les approches des mécanismes de répression et de restauration de l’ordre ainsi que les dispositifs de sécurité et de surveillance mis en place par les autorités qui se prétendaient légitimes pour étouffer les manifestations de contestation. 

Au cours de la première réunion tenue en février 2017 à la Casa de Velázquez  à Madrid sous l’intitulé Exclusion, marginalisation et répression des révoltes urbaines en Europe, les échanges avaient porté sur l’impact spatial des soulèvements et insurrections urbaines, et ses relations avec les quartiers de différentes natures, ghettos, zones médianes, carrefours ou autres espaces d’interconnexion lors de troubles et de la restauration de l’ordre.

Pour la deuxième manifestation du programme VIVIR, nous aborderons les analyses des processus de protestation, de rébellion, de résistance et de rétablissement de l’ordre et de l’autorité sous l’angle des différents modèles de souveraineté en vigueur en Europe et dans les territoires d’Outre mer. Il s’agit de réfléchir et d’interroger l’approche classique selon laquelle la consolidation de l’État moderne s’appuyait sur la concentration du pouvoir dans les mains du seul souverain par la domestication de la noblesse, aux dépens des autorités locales et par la réduction systématique de l’autonomie et des libertés municipales. Entre les XVIe et XVIIIe  siècles, État et souveraineté en Europe, loin de converger vers un processus agrégatif qui aurait conduit inévitablement par la mise en place de l’État nation homogène, suivirent d’autres processus avec des articulations alimentées par de puissants tissus urbains qui contribuaient à la présence de souverainetés multiples, en particulier dans les zones les plus urbanisées du continent. Dans un récent congrès tenu à Séville en mai 2017, un riche débat s’est déroulé autour des diverses réflexions produites par les nombreux mouvements de révoltes qui se déroulèrent à la fin du Moyen Âge et durant l’époque moderne. A cette occasion, nous proposons de réaliser une analyse « par en bas », dans laquelle sera mise en avant le rôle des agents qui furent derrière les révoltes, derrière les résistances contre l’autorité, ainsi que celui des agents qui mirent en marche les mécanismes de répression et de surveillance. La question de la manière dont les protagonistes de ces mouvements de contestation ou de restauration de l’ordre concevaient la souveraineté sera au centre de ces journées. Sur qui reposait la légitimité pour prendre la direction des révoltes ? Comment s’exprimait la perception du pouvoir et comment se formulait l’usage d’une violence ? Par quelles qualités, par exemple, pouvait se penser le tyrannicide ou/et la déposition d’un souverain illégitime ? Par quels moyens culturels et à travers quelles manifestations (défilés, pamphlets, parades, cérémonies…) s’extériorisaient les nouvelles formes du pouvoir souverain quand la révolte à l’intérieur d’une ville éclatait, et quels mécanismes de restauration  de l’ordre étaient suivis pour renouer avec un consensus perdu afin de restaurer l’autorité souveraine contestée dans la ville ? En somme, il s’agit de discuter à propos de ceux qui incarnaient les agents de la souveraineté, ceux qui prenaient la tête de la contestation et ceux qui voulaient incarner, grâce à la répression, le pouvoir restauré ; comment cherchait-on à négocier le consensus dans le cadre de mouvements appartenant à des sociétés corporatives qui disposaient de nombreuses “niches” de souveraineté et des canaux variés de représentation. De ce fait, l’existence de concurrence et de chevauchement de souverainetés, les phénomènes de fragmentation et de décomposition qu’elles peuvent subir lors de révoltes dans le monde urbain (à l’image des appels à d’autres instances, ou pouvoirs supérieurs, tels que ceux du pape ou de l’empereur) et les reformulations de l’autorité souveraine pendant les possibles période de restauration se trouvent au centre des interrogations de ce colloque.

Le congrès sera inauguré par Wim Blockmans (Université de Leyde) spécialiste de ce domaine qui proposera des axes de discussion. Parmi les professeurs invités, nous compterons la participation de Giovanni Levi (Université Ca-Foscari de Venise) et de Mafalda Soares da Cunha (CIDEHUS-Université d’Evora), responsable du programme RESISTANCE: Rebellion and Resistance in the Iberian Empires, 16th-19th centuries financé par l’Union Europénne H2020-MSCA-RISE-2017 (Marie Skłodowska-Curie Research and Innovation Staff Exchange) dont les thématiques concernent les processus de résistance, de dissidence et de violence exercés par les “dominés”.

Le congrès aura lieu à l’université Pablo de Olavide de Séville les 1er et 2 février 2018.

Les propositions pour présenter une communication (une quinzaine de lignes en anglais, français, italien ou espagnol) seront accompagnées d’un bref curriculum vitae transmis aux organisateurs avant le 15 novembre 2017 : congresorevueltassoberania@upo.es

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