La stratégie : Régulation, Pilotage et Planification

 

La stratégie est ainsi étudiée sur trois niveaux - RégulationPilotage, et Planification (Le Moigne, 1974) – constituant les trois piliers de l’activité de l’unité de recherche tout en proposant un continuum – de micro à macro – des stratégies dans le domaine des activités physiques et/ou sportives. Ainsi, ces trois niveaux de stratégies sont croisés avec la dimension individu/collectif (i.e., acteur/institution) permettant une unité dans les activités et les projets de recherche.

 

Niveau 1 : Régulation

Le premier niveau est constitué des stratégies dites de régulation ou à court terme. Il s’agit des décisions qui peuvent être considérées comme opérationnelles, prédéterminées et programmables en relevant notamment de l’application d’automatismes acquis par l’expérience et pour maintenir à la fois la stabilité du système et l'adapter aux évolutions de son environnement. L’objectif des travaux à ce niveau est de comprendre les choix opérationnels directement mis en œuvre et couplés à l’action. Les études s’intéressent ainsi au processus décisionnel dans sa logique micro (i.e., athlètes, arbitres, officiels, entraîneurs et coachs) en se focalisant sur les déterminants internes et externes ainsi que sur les interactions entre les acteurs et leur environnement. Les officiels des pratiques sportives, les athlètes et les entraîneurs-coachs sont au cœur des préoccupations des chercheurs.

Nous nous intéresserons dans ce premier niveau :

  • aux différences individuelles telles que la personnalité, les représentations, la motivation, les stéréotypes, ou les expériences qui influencent le processus décisionnel à court terme (Dosseville, Laborde, & Garncarzyk, 2014). L’objectif est d’identifier et de comprendre les facteurs déterminants du jugement et de la décision pour finalement proposer des recommandations pour la formation et l’apprentissage (voir niveau 2, pilotage),
  • aux facteurs externes notamment les interactions entre les acteurs (Dosseville & Garncarzyk, 2017). La communication entre les différents acteurs du monde sportif est ici au cœur des problématiques de recherche. Les déterminants et les conséquences de ces interactions sont essentiels sur le terrain sportif et l’objectif est ainsi de définir en quoi ils impactent les stratégies sur et en dehors du terrain.
  • aux processus perceptivo-moteurs et cognitifs qui permettent à l’individu d’interagir de manière efficace et adaptée avec son environnement. L’objectif ici est d’étudier les mécanismes fondamentaux de la perception naturelle ou « médiatisée » par une interface de suppléance perceptive (Faugloire & Lejeune, 2014 ; Mantel, Stoffregen, Campbell, & Bardy, 2015 ; Thullier, Bolmont, & Lestienne, 2012) en vue de proposer des aides à la décision (i.e. navigation, orientation spatiale).

 

Niveau 2 : Pilotage

Le deuxième niveau est celui des stratégies dites de pilotage ou à moyen terme. Ce niveau comporte les stratégies visant à obtenir et à utiliser efficacement les ressources disponibles pour atteindre effectivement les objectifs assignés. Il peut ainsi s’agir de décisions tactiques visant à optimiser l’usage des ressources mais également des stratégies ou des choix plus généraux en situation d’entraînement et d’engagement dans certaines pratiques du domaine des activités physiques et/ou sportives. Les phases de conception, d’évaluation et d’entraînement (et d’apprentissage) sont ici au cœur des problématiques des recherches. Les athlètes, les supporters ainsi que les professionnels de la sécurité et de la santé sont au centre des préoccupations des travaux.

Nous nous attacherons à ce niveau :

  • à étudier les déterminants des choix d’engagement dans le supportérisme (Lestrelin, 2015 ; Lestrelin, Helleu & Basson, 2013), dans des pratiques physiques et sportives dans une perspective de professionnalisme et d’expertise (Lafabrègue, Tabé, & Helleu, 2013), de préservation de santé ou a contrario dans des pratiques ou des comportements à risques (Dosseville, Laborde, Edoh, & Garncarzyk, 2016). L’objectif est de comprendre les déterminants qui influencent de telles stratégies d’engagement à moyen terme (voire à long terme, voir niveau 3, planification),
  • à étudier les processus impliqués dans l’imagerie motrice (Habacha, Dosseville, & Molinaro, 2014 ; Habacha, Lejeune, Margas, & Molinaro, 2014) permettant de se représenter des comportements moteurs sans production motrice réelle et dans la suppléance sensorielle (Faugloire & Lejeune, 2014) permettant de compléter / remplacer une modalité sensorielle dans des situations perceptives problématiques (déficiences sensorielles, environnement hostile, surcharge cognitive) pour interagir efficacement avec l’environnement (orientation, navigation et communication). Ces travaux intègrent également le précédent niveau (niveau 1, régulation) en tenant compte de l’influence de différents facteurs (expériences, expertise, latéralité).

 

Niveau 3 : Planification

Le troisième niveau de planification est constitué des décisions stratégiques à plus long terme. Il s’agit ainsi des politiques d’actions qui déterminent nombre d’objectifs et de stratégies de pilotage et de régulation.

Les activités physiques et/ou sportives sont dépositaires d’enjeux économiques (souvent rattachés à la conception, à la production et à la valorisation d’un spectacle), politiques (en termes de priorité et d’arbitrages ministériels et des collectivités), sociétaux (internationalisation et mondialisation) et sociaux (cohésion, intégration, éducation et modèle du sportif de haut niveau) qui dépassent largement les territoires et champs de recherches initiaux sur ces organisations et sur le jeu de leurs acteurs (Mange, Sharvit, Margas, & Séménaud, 2016). Le processus de spectacularisation et le phénomène du loisir sont ainsi abordés en interrogeant les modes d’organisation et de contrôle du monde sportif et/ou du loisir (politique, économique, juridique et géographique) et la digitalisation des événements (nouvelles technologies et médias sociaux ; Helleu, 2016).

Les stratégies et politiques successives mises en place à l'échelle nationale et locale par les institutions sportives, scolaires et éducatives ou les organismes de loisirs pour gérer et développer le sport et les activités physiques sont analysées afin d’en mesurer les effets sur les générations de pratiquants, les parcours et pratiques des individus et la manière dont elles sont appréhendées par ceux-ci. Il s’agit d’étudier comment des sociétés qui peuvent être appréhendées grâce à l’histoire ou grâce aux connaissances interculturelles vont jouer sur les stratégies et les pratiques des acteurs à travers les normes, notamment juridiques, qu’elles construisent. Les acteurs institutionnels du monde sportif et du loisir sont ainsi au centre des problématiques de recherche.

  • les dynamiques politiques - actions collectives, alliances et conflits – tentent de comprendre les transformations du phénomène sportif, notamment par le biais de l’étude des modes de mobilisations collectives mais aussi des stratégies et organisations des différents acteurs du sport (Dosseville, Edoh, & Molinaro, 2016 ; Hautbois & Durand, 2015 ; Scelles, Helleu, Durand, & Bonnal, 2014). La question des regroupements organisationnels et autres alliances est particulièrement interrogée,
  • l’analyse des dynamiques temporelles - acculturation, parcours et générations -propose dans une approche longitudinale à la fois explicative et compréhensive, l’étude des parcours individuels, rapportée aux configurations sociales et historiques dans lesquelles ils sont insérés (Bauer & Lemonnier, 2016). Cette analyse permet d’interroger la manière dont certains acteurs ciblés du sport (dirigeant-e-s, sportif-ve-s, supporter-trice-s) s'impliquent, transforment leur pratique, les (re)organisent  et modifient les finalités associées, dans un contexte de diversification des pratiques et de massification (Dutheil, Fortune, & Lemonnier, 2015, 2016).