Responsables scientifiques : Michelle Dobré & Frédérick Lemarchand
Depuis près d’un siècle, nos sociétés pouvaient se penser à l’abri du risque. La logique assurantielle moderne venait garantir à chacun une protection contre un nombre toujours croissant d’aléas (accident, maladie, perte d’emploi...). Or, depuis quelques années, se développe un sentiment général de montée des périls. Nous assistons, sans y être préparés, à une réémergence du non-maîtrisable, à la résurgence de dangers radicalement imprévisibles, échappant aux modalités d’évaluation et au principe de calculabilité au cœur de la logique assurantielle. Crise de la vache folle, pollutions industrielles et agricoles, nuage de Tchernobyl, attentats du 11 septembre 2001, organismes génétiquement modifiés, clonage animal et humain, nitrates, pesticides, menaces bactériologiques…, tous ces phénomènes, en dépit d’un apparent éclatement des champs, participent de logiques communes qui ont conduit les sciences humaines à formuler le concept de société du risque.Mais les mécanismes sociaux de prévention et de réparation des aléas, comme la gestion experte de l’indétermination semblent aujourd’hui de moins en moins efficaces. La question se pose donc de savoir si nos sociétés contemporaines sont encore capables d’assurer une régulation socialement acceptable de la production comme de la distribution des risques. Tout ceci nous amène à formuler l’hypothèse selon laquelle ce développement d’une sensibilité accrue aux risques exprime au premier chef une crise plus profonde de nos sociétés modernes dans leur rapport réel, imaginaire ou symbolique, à leur indétermination. Cette épreuve contemporaine de l’aléatoire, cette résurgence de l’indéterminé, l’axe ETE* se propose de l’étudier en circonscrivant différents espaces de production du risque social dans les sociétés contemporaines : les risques provoqués par le développement technoscientifique (approche socio-anthropologique des risques technologiques majeurs, danger nucléaire, artificialisation du vivant, bio et nanotechnologies...), et la vulnérabilité humaine en situation de production (psychologie cognitive, de l’évaluation et de la prise de décision en situation complexe ; psychologie du risque liée au monde du travail et à ses aspects interculturels).
Face à la crise du modèle de prévention des risques, le rôle des sciences humaines est d’apporter une connaissance des dangers qui menacent une communauté humaine en même temps qu’une expérience, socialement donc diversement constituée, de la vulnérabilité. C'est cette sensibilité à la vulnérabilité essentielle des hommes, des choses et du monde, à la fragilité de l'être-soi comme de l'être-ensemble que cet axe se propose de constituer en objet d'investigation.
* Anciennement, «Risques technoscientifiques pour l’environnement et la santé» (RITES).


