Séance “Intersectionnalités”

Lieu : Campus 1 - Salle SH 027 - Bâtiment F MRSH
Début : 14/05/2019 - 14:00
Fin : 14/05/2019 - 17:00
Responsable(s) scientifique(s) : Hélène Marche et Vassili Rivron

Séminaire de l’axe DIV / CERREV -

Le marché de la beauté et des cosmétiques dit “ethnique” en France et au Brésil : entre stratégies d’insertion et revendications d’un espace propre ? Daphné Bédinadé - Doctorante CESSP / EHESS

La communication entend présenter l’enquête en cours sur le marché et l’industrie de la beauté et des cosmétiques dits ethniques en France et au Brésil. On observe depuis quelques années l’émergence d’un segment « ethnique » de la beauté et des cosmétiques, qui se traduit par une offre croissante de produits et services spécifiquement adressés aux populations noires et dites métissées en France et au Brésil, longtemps invisibilisées dans ces espaces. En effet, ce marché, longtemps considéré comme de niche, a pris beaucoup d’ampleur et gagné en visibilité depuis les années 2010 et notamment via les réseaux sociaux et l’émergence d’un « mouvement naturel » porté par les consommatrices au travers de forums, blogs, chaînes YouTube, entre autres. L’étude vise à saisir les conditions sociales d’émergence de ce marché et se centre sur trois catégories d’acteurs : les entrepreneur.e.s noir.e.s qui proposent des produits et services de beauté destinés aux populations noires et métissées ; les consommateur.ice.s particulier.e.s que représentent les « bloggeuses » ou « influenceuses » ; l’industrie cosmétique, principalement par les responsables de développement de produits (chimistes, chargés de recherche et développement et responsables marketing).

Le positionnement des entrepreneur.e.s et consommateur.ice.s noir.e.s est conséquence de l’invisibilité dont ces dernier.e.s sont sujet.t.es : absence de produits cosmétiques adaptés, invisibilité médiatique, absence de spécialistes du « cheveu afro » ou de la peau noire. Ce positionnement oscille entre une volonté de résistance, de se bâtir un espace économique propre hors du marché de la beauté et le désir d’exister au sein de cet espace. D’autre part, on souhaite interroger, du côté de l’industrie, les conditions de production de la beauté « ethnique », de quelle manière l’élément culturel rattaché à l’identité Noire est mis en jeu pour être intégré dans une sphère capitaliste de marchandisation, et enfin, si, au-delà du discours, celle-ci a véritablement élargi les normes corporelles qu’elle promeut et impose. Il s’agit, au travers de l’étude du segment de la beauté dite ethnique, de mieux saisir les diverses structures de relations de pouvoir, de genre, de race, de classe et d’inégalités à l’œuvre.

“Paradoxes de la démocratie raciale et du métissage culturel : classe et race dans l’industrie musicale brésilienne”, Vassili Rivron - Maître de Conférences UNICAEN/CERREV

La spectaculaire valorisation symbolique du Brésil comme nation tout au long du XXe siècle est passée par l’élaboration d’un imaginaire politique où le stigmate d’une race métissée perçue comme inférieure ou dégénérée est remplacé par l’emblématisation de formes culturelles revendiquant l’hybridité à l’oeuvre dans le processus de formation d’un peuple. Le processus simultané d’individuation culturelle et d’accès à un idéal universel de nation s’opère, de façon singulière, par la production d’une culture qui, quoique perçue comme populaire et ancrée dans des traditions hétérogènes, résulte pourtant de pratiques et référents nouveaux, élaborés dans le cadre d’une industrie culturelle émergente.

Loin des projections formulées par les intellectuels du début du XXe siècle, la genèse d’une musique populaire “authentiquement nationale” s’est en fait cristallisée sur des formes identifiées comme “noires” (la samba), qui se sont vues reconnues autant au sein d’un marché et d’un État nationaux en formation, qu’au niveau international. Pourtant, la sociologie des acteurs de ce processus — observés à partir de deux moments clés de l’affirmation culturelle brésilienne : l’âge d’or de la radio (années 1930-50) et l’émergence d’une industrie du disque (années 1950-60) —montre comment les effets combinés de reproduction sociale et symbolique des hiérarchies racialisées permettent l’élaboration d’une production musicale extrêmement sophistiquée, qui prône le métissage mais ne valorise pas socialement le métis.