Émancipation et critique de la valeur

Lieu : Caen - Campus 1 - Bât. A AC143
Début : 24/04/2014 - 16:00
Responsable(s) scientifique(s) : Pauline Launay & Mathieu Uhel

Ce séminaire s'inscrit dans le cycle "Pratiques et pensées de l'émancipation", organisé par de jeunes chercheurs du CERReV et d'ESO-Caen, qui vise à interroger des pratiques ainsi que des pensées mues par le désir d'ouvrir de nouveaux possibles face à des formes de domination, d'exploitation ou d'aliénation.

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Émancipation et critique de la valeur

Le titre de la séance du jeudi 24 avril 2014 est "Comment penser les possibilités d'émancipation : autour de la critique de la valeur".

Intervenant(e)s : Gérard Briche, professeur de philosophie à l’École Supérieure d'Arts du Nord Pas-de-Calais (ESA) de Tourcoing. Il s'intéresse tout particulièrement à la critique radicale de la valeur, aux théories de Guy Debord, et à l'esthétique.
Discutant : Julien VIGNET
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La notion d’émancipation est habituellement comprise comme une libération de ce qui entrave la liberté des hommes. C’est ainsi qu’elle recouvre la libération de l’exploitation du travail et de l’aliénation humaine qu’a entraînées la société moderne. Le courant critique dit « critique de la valeur » (qui a été principalement représenté en Allemagne par Robert Kurz, et en France par Anselm Jappe) formule cela différemment. En effet, les sociétés modernes, qui ont en commun d’être des sociétés de travail (quel que soit le régime dont elles se réclament) ont cette caractéristique de courber leurs membres sous la « loi de la valeur » et le fétichisme de la marchandise (quelle que soit d’ailleurs leur position dans la société). Ce fétichisme de la marchandise a succédé à d’autres fétichismes (en particulier au fétichisme religieux), et on peut faire l’hypothèse, formulée par Robert Kurz, que plutôt que de dire que l’histoire est l’histoire de luttes de classes, il vaudrait mieux dire que l’histoire est l’histoire de formes de fétichisme (à chaque fois différentes). Ce qui jette une lumière originale sur la question de l’émancipation. En effet, celle-ci serait donc l’émancipation du fétichisme moderne (le fétichisme de la marchandise), mais ne garantit pas l’émancipation de tout fétichisme. On arriverait ainsi à l’hypothèse qu’au fétichisme marchand dont on serait émancipé, d’autres fétichismes pourraient succéder. Ce qui implique une reformulation de la notion même d’émancipation : comment, dans ces conditions, penser l’effort pour une émancipation humaine ?