Le berceau normand
Paul-Marie-Arsène Bigot naît le 20 octobre 1870 à Orbec (Calvados). La famille, qui compte cinq enfants (Paul, Raymond, Marguerite, Léon et Thérèse), est de vieille souche normande. Les parents exploitent un magasin de tissus. Son frère Raymond sera sculpteur animalier. Quant à Paul, interne à Rouen chez les Frères de la Doctrine Chrétienne, sa belle écriture le fait remarquer et, au moment de chercher un emploi, lui permet de trouver, à l'âge de seize ans, une place de copiste chez l'architecte attaché à l'entretien des biens immobiliers de la famille d'Orléans, rue Dupleix à Paris, près de l'École Militaire. Selon son biographe et confrère, Charles Lemaresquier, sa vocation se serait révélée à l'occasion des travaux de l'Exposition Universelle de 1889 - en particulier de la construction de la tour Eiffel.
Les études parisiennes
1889-1899
Paul Bigot est admis à 18 ans à l'école des beaux-arts à Paris. Il a préparé seul le concours, en dehors de ses heures de travail. Il devient l'élève des architectes Jacques André et Victor Laloux. L'appartenance à un "atelier" est indispensable pour qui veut réussir le Prix de Rome. Une première candidature, en 1896, se solde par une deuxième place.
1900
1er Grand prix de Rome, Paul Bigot part pour la Villa Médicis où le rejoindra l'année suivante son ami Tony Garnier, architecte-urbaniste. Jules-Léon Chifflot, Henri Prost et Léon Jaussely, également architectes, comptent parmi les autres pensionnaires. Ses amis d'alors sont les sculpteurs Paul Landowski, Henri Bouchard, et le compositeur Florent Schmitt.
Les années italiennes
(1904-1911)
Paul Bigot conçoit et réalise la première maquette de Rome antique. Vivant de bourses successives, il prolonge son séjour au-delà des quatre ans concédés. Il fréquente assidûment l'École française de Rome, créée en 1875, et installée au Palais Farnèse, et tisse des liens avec ses membres historiens, archéologues et latinistes, comme Jérôme Carcopino ou André Piganiol. Il dépouille là l'essentiel de la littérature archéologique qui lui permet d'élaborer sa maquette.
La Grande guerre
1912
L'architecte rentre définitivement en France. Il fera encore quelques courts voyages à Rome.
1913
Présentée au Salon des artistes français, la maquette obtient la médaille d'honneur. La transformation du relief en bronze est interrompue par le déclenchement de la première guerre mondiale.
1914-1918
Bien que trop vieux pour être immédiatement mobilisé, Paul Bigot est chargé au Bourget d'organiser des lignes de défense en tant qu'architecte.
Reconstruction et commémorations
(1919-1927)
Comme nombre de ses confrères, l'architecte participe à la reconstruction des villes du Nord et de l'Est, ravagées par la Grande Guerre. C'est le cas à Fargniers et à Saint-Quentin dans l'Aisne, où il construit la gare, restructure le quartier environnant et participe à la restauration du Musée Lécuyer. Tout comme ses collègues, il est appelé à réaliser des monuments aux morts, par exemple à Caen et à Saint-Quentin, où ses amis Henri Bouchard et Paul Landowski collaborent avec lui. Il exécute une copie de sa maquette destinée au Musée de Pennsylvanie aux États-Unis.
Les Beaux-Arts
(1921-1932)
Paul Bigot remporte le concours pour la construction du futur Institut d'art et d'archéologie, rue Michelet, qu'il va réaliser entre 1923 et 1932. Il poursuit une carrière d'architecte en chef du Grand Palais - dont il est aussi le Conservateur - et du Ministère des Affaires étrangères. En 1925, il est nommé professeur à l'École nationale supérieure des beaux-arts dans l'atelier Lambert, dont il prend la tête en 1929. Il y forme des élèves comme Henri Bernard et Paul Grillo qui joueront un grand rôle dans la transmission de son oeuvre. En 1930, avec Henri Bouchard, il crée le monument commémoratif de la victoire de la Marne (1914) à Mondement. La construction du menhir de béton sculpté dure huit ans. Élu le 28 novembre 1931 membre titulaire de l'Académie des beaux-arts (section d'architecture), au fauteuil d'Henri Deglane, lui-même ancien Prix de Rome, Paul Bigot aura dès lors la charge de choisir les futurs Prix de Rome et de juger à son tour leurs Envois. En 1932, Paul Bigot gagne, avec Henri Bouchard et Paul Landowski, le concours ouvert par la ville de Paris pour l'aménagement de l'axe de la Défense depuis l'Étoile. Seule la construction du pont de Neuilly sera réalisée. Cette même année sa femme, Casilda Golembiowska, meurt le 28 août à Paris.
Jusqu'au bout, des projets
1937
L'architecte crée, pour la durée de l'Exposition internationale de Paris, une porte d'honneur, place de la Concorde, tandis que sa maquette est exposée à Chaillot.
1942
Il meurt à son domicile parisien le 8 juin. Jusqu'au bout, il conçoit des projets monumentaux, comme celui du mausolée d'Atatürk (1941), où le symbolisme se combine au grandiose, et continue à travailler à sa maquette.