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Avril-juin 2008

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ditorial

par Carole Dornier, au nom de l'équipe de direction

En décidant d’organiser les troisièmes assises de la MRSH de Caen sur l’évaluation en sciences humaines et sociales, nous pensions proposer un thème de réflexion qui pouvait rencontrer l’intérêt des chercheurs. En effet la difficulté à appliquer à notre domaine scientifique des critères qui ne correspondent pas toujours à ses pratiques fait de l’évaluation un sujet « sensible ». Mais nous ne nous doutions pas qu’en lançant notre invitation à cette rencontre, nous allions raviver et alimenter par messagerie et sur le web un débat qui se répandrait comme une traînée de poudre et susciterait chez des chercheurs francophones des échanges dont le volume ne cessait de grossir. En quelques jours, l’invitation parvenue sur une liste de diffusion concernant les revues était l’occasion de relancer des échanges nourris sur les publications en accès libre et gratuit, l’édition électronique et les archives ouvertes, l’usage de la bibliométrie, la diffusion et le financement de l’édition papier, le rapport de l’évaluation et de la diffusion électronique, la place des publications francophones.Le débat rebondissait ensuite sur le site du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (LHIVIC) de l’EHESS sous le titre « qui a peur du gratuit ? » (http://www.arhv.lhivic.org/index. php/2008/03/11/656-qui-a-peur-du...). Cette effervescence souligne à quel point, dans nos disciplines, le débat autour de l’évaluation est indissociable des questions relatives aux supports de publication, aux types de travaux reconnus, à la langue de publication, aux enjeux économiques autour de la diffusion de la recherche. Si chacun admet que l’évaluation scientifique est indispensable, sa conception fait débat. L’évaluation se conçoit-elle comme un instrument de contrôle normatif dans le cadre d’un pilotage politique de la recherche ou comme une appréciation de résultats, qui, au regard d’objectifs définis par le monde scientifique, permet d’améliorer les pratiques ? Faut-il se satisfaire de la prédominance d’indicateurs, de chiffres et de données mesurables au risque de voir se développer des pratiques opportunistes épousant la logique de ces indicateurs qui n’est pas toujours une garantie de qualité ? Doit-on s’aligner sur des standards internationaux et applicables à l’ensemble des disciplines, au risque de voir ignorées des spécificités intéressantes, d’adopter des critères inadaptés, et de cautionner l’hégémonie de l’anglais dans des disciplines où le français résiste bien ? Quel rapport entre critères bibliométriques, facteur d’impact et logique économique de puissants groupes d’éditeurs de littérature scientifique ? Faut-il envisager le papier et le numérique comme concurrents ou complémentaires dans un contexte où nous n’avons pas de recul pour apprécier la longévité des supports numériques, où leur prise en compte par les experts et les instances d’évaluation demeure incertaine ? C’est sans doute en se tenant informés, en comparant les pratiques à un niveau européen et international, en s’appropriant ces questions et en faisant valoir leurs points de vue auprès de toutes les instances concernées et chaque fois que l’occasion s’en présente, que les chercheurs en SHS pourront s’affirmer, avec leurs spécificités, dans l’ensemble de la recherche nationale, européenne et internationale. Nos disciplines sont plus concernées que d’autres par les menaces que font peser sur la recherche non appliquée et la production des connaissances une conception utilitariste et à court terme de l’activité scientifique. Elles se sentent plus fragilisées par un financement grandissant sur projet et à la performance, par la recherche de la rentabilité dans la diffusion commerciale des ressources électroniques, par une standardisation des critères d’évaluation. Il importe donc que nous fassions entendre notre voix dans les processus en cours, pour ne pas nous faire imposer des modalités d’évaluation qui ne conviennent pas aux Lettres et aux Sciences Humaines et Sociales et ne correspondent pas aux valeurs intellectuelles et éthiques dont nos disciplines sont plus ou moins explicitement porteuses.

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