Séance n°1

 

6 Novembre 2014 : « Richesse et Vertu : les querelles du luxe », Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

 

La première séance de ces Ateliers : « Richesse et Vertu : les Querelles du Luxe » fait suite à l’organisation d’une session thématique, dans le cadre de la 18ème conférence annuelle de l’European Society for the History of Economic Thought (29-31 Mai 2014, Université de Lausanne), intitulée : « Wealth and Virtue: Luxury in Debate ».

Sur le plan de l’histoire des idées, le 18ème siècle se caractérise par des débats très animés et contradictoires, en Grande Bretagne comme en France, à propos de la moralité des sociétés commerciales naissantes. La publication de la Fable des Abeilles de Mandeville marque un moment important de cette querelle. En soutenant que les vices privés font la vertu publique ou, en d’autres termes, en faisant de l’immoralité une condition du développement économique, Mandeville s’oppose aux penseurs se réclamant du républicanisme classique, les « humanistes civiques », qui défendent la thèse selon laquelle l’enrichissement des nations est source de corruption individuelle (perte des vertus civiques et martiales) et d’instabilité politique et sociale, le déclin étant l’horizon final inéluctable de ces sociétés, comme le montre l’exemple romain (Ferguson). De l’autre, des « humanistes commerciaux » vont au contraire soutenir que le progrès économique ne va pas à l’encontre de la vertu des citoyens et que l’on peut même aller jusqu’à penser que les époques contemporaines sont les plus vertueuses (Hume). Dans tous ces débats, le luxe est un concept central et fait l’objet d’une vive controverse. D’aucuns affirment qu’il est source de corruption, de féminisation, d’oisiveté, et qu’il ruinera les civilisations modernes comme il a fait chuter les civilisations antiques. D’autres au contraire soutiennent que le luxe est nécessaire socialement car les dépenses des riches procurent la subsistance à de nombreux pauvres. En Grande Bretagne comme en France, le luxe fait l’objet d’une véritable querelle à l’origine d’une littérature très abondante et on observe un va-et-vient de part et d’autre de la Manche entre ses apologues et ses détracteurs, de Mandeville à Rousseau, de Hume à Mirabeau, en passant par Melon, Mably, Voltaire, Montesquieu ou Ferguson. Les arguments sont aussi bien d’ordre moral qu’économique pour justifier l’une ou l’autre position.

L’objet de cette journée est d’étudier :

  1. Comment les auteurs britanniques et français envisagent les mérites et les vertus des sociétés commerciales naissantes, et en particulier comment ils appréhendent le luxe, concept saisi dans toute son ambigüité, impossible à définir, insaisissable, et pourtant concept moral qui semble cristalliser les critiques, positives comme négatives, des sociétés modernes. Le débat sur le luxe vise à déterminer, en dernier ressort, si celui-ci est source de corruption ou, au contraire, de civilisation.

  2. Comment les auteurs opposent fermement les biens de luxe (« trinkets ») aux biens nécessaires. Mais ils distinguent parfois aussi une 3ème catégorie de biens, les biens de convenance (« conveniencies »), dans laquelle s’insère le progrès économique et social. Ces distinctions au sein de l’ensemble des biens et services sont aujourd’hui complètement oubliées. Peut-être à tort.