Édition critique des agendas de service de Heinrich Himmler, janvier 1943-mars 1945

Uhl Matthias, Pruschwitz Thomas, Holler Martin, Leleu Jean-Luc, Pohl Dieter (éd.), Die Organisation des Terrors. Der Dienstkalender Heinrich Himmlers 1943-1945, Munich, Piper, 2020, 1152 p.

Dans la brève histoire du IIIe Reich, Himmler a joué un rôle déterminant. Chef de la SS depuis 1929, à qui il a donné une idéologie propre et une ambition élitiste, il a cumulé de nombreuses fonctions au fil des années : chef de la police allemande au sein du ministère de l’Intérieur en juin 1936, commissaire pour la consolidation de la nation allemande en octobre 1939, ministre de l’Intérieur en juin 1943, commandant de l’Armée de réserve et de l’Armement en juillet 1944. Au cours des derniers mois de la guerre, il s’est par ailleurs vu confier des commandements militaires sur les fronts de l’Ouest de l’Est. Finalement capturé par les Britanniques, il se suicide en mai 1945.

Au-delà des titres et des fonctions, Heinrich Himmler a dirigé les organisations et institutions qui ont mis en place le système de répression, de persécution et de terreur à travers l’Europe occupée. C’est donc sous son égide que cinq à six millions de juifs ont été assassinés.

Cette brève présentation révèle toute l’importance de Himmler en tant qu’exécuteur des basses œuvres de l’Allemagne nazie. Cette fonction déterminante ne saurait toutefois occulter sa place prépondérante au sein du régime. L’accélération de son parcours politique au cours des deux dernières années du conflit, avec un contrôle de toutes les forces administratives, policières et militaires au sein du Reich à l’été 1944, témoigne de son ascension au sein de l’appareil d’État national-socialiste.

Notes manuscrites de Himmler sur ses échanges téléphoniques le même 1er avril 1943 (avec les horaires et les interlocuteurs dans la colonne gauche, les sujets abordés dans celle de droite). Bundesarchiv, NS 19/1440, folio 62.

Ce parcours permet de mieux comprendre l’importance des agendas de Himmler couvrant la période de vingt-sept mois allant de janvier 1943 à mars 1945. Considérés comme perdus, ils ont été retrouvés dans les archives militaires de la Fédération de Russie. Sous l’égide de l’Institut historique allemand de Moscou, une équipe de cinq historiens allemands et français1  a alors transcrit et compilé ces agendas, puis analysé les activités de Himmler à travers ses rendez-vous, ses déplacements et ses interlocuteurs. De volumineux fonds d’archives conservés en Allemagne et en Russie ont ainsi été dépouillés afin de pouvoir éclairer au mieux les motifs et les conséquences de chaque activité de Himmler en la replaçant dans son contexte militaire, politique ou privé. À chaque fois, il s’est agi d’éclairer les notes extrêmement brèves de ces agendas pour donner aux chercheurs et au public des clés de compréhension. Il en résulte une édition critique sous la forme d’un ouvrage de 1 152 pages. Ce projet vient ainsi compléter de précédents travaux portant sur les années 19402 et 1941-19423. Au final, cette édition constitue un outil incontournable pour les recherches sur l’Allemagne nazie dans la seconde partie de la guerre.

La presse en parle :

Site de l'éditeur : https://www.piper.de/buecher/die-organisation-des-terrors-der-dienstkalender-heinrich-himmlers-1943-1945-isbn-978-3-492-05896-4


1 Martin Holler (Berlin), Jean-Luc Leleu (MRSH Caen), Dieter Pohl (Université de Klagenfurt), Thomas Pruschwitz (Berlin), Matthias Uhl (Institut historique allemand de Moscou).
2 Moors Markus, Pfeiffer Moritz (éd.), Heinrich Himmlers Taschenkalender 1940. Kommentierte Edition, Paderborn, Schöningh, 2013, 510 p.
3 Witte Peter, Wildt Michael, Voigt Martina et alii (éd.), Der Dienstkalender Heinrich Himmlers 1941/42, Hambourg, Christians Verlag, 1999, 789 p. (Hamburger Beiträge zur Sozial- und Zeitgeschichte Quellen ; 3).

 

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