20 ans de recherche SHS à la MRSH

La MRSH fête son vingtième anniversaire en 2015-2016. À cette occasion, Robert Hérin, porteur du projet de création et premier directeur de 1995 à 2001, revient sur la construction puis les débuts de l’aventure ainsi que sur les voies et les pratiques qu’elle a ouvertes.

La construction s’achève en avril 1995. Un chantier rondement mené, grâce à l’implication diligente des partenaires : le Conseil régional, qui est le maître d’ouvrage, le cabinet d’architectes ATAUB de Rouen, qui est chargé de la maîtrise d’œuvre, l’entreprise Zanello responsable du gros œuvre, les services techniques de l’Université, le Rectorat qui a soutenu le projet auprès du Ministère de la Recherche et du CNRS, le CNRS et son délégué régional, le groupe d’universitaires porteur du projet scientifique qui suit au quotidien l’avancement des travaux. Que l’on me permette d’en remercier tous les acteurs. Ce fut une collaboration confiante et créative. Je continue de penser que cette collaboration, qui n’est pas allée sans frictions, a contribué à ce que l’architecture de la Maison corresponde, pour l’essentiel, au projet scientifique que les équipes de recherche en sciences humaines de l’Université avaient construit à partir de l’automne 1991. La création d’une maison des sciences humaines à Caen avait été annoncée une année plus tôt dans le cadre du Schéma Université 2 000 pour la Basse-Normandie.  Je me plais, avec les incertitudes des années qui passent, à penser que ce projet, inattendu à l’époque, s’est inscrit dans le dynamisme dont avaient fait preuve depuis les années 1970, sinon plus tôt, les sciences humaines à Caen.

Nous commençons à emménager dans les derniers jours d’avril 1995. La prise de possession des locaux se poursuit jusqu’à l’automne. Au fil des mois, la vie s’organise autour de quelques lieux forts : la direction de la Maison de la Recherche et son secrétariat qui ont tout à apprendre de la gestion matérielle et humaine d’une telle structure ; le Centre de Ressources informatiques de l’Université de Caen, dont la proximité sera une commodité inespérée pour nombre de chercheurs alors en cours de familiarisation avec l’informatique ; les Presses universitaires de Caen enfin au large dans des espaces conformes à leurs compétences et à leurs aspirations ; et la cafétéria opportunément placée au second étage, qui devient vite lieu de rencontres, de familiarité et d’échanges intellectuels et autres… Puis le Plan de Rome rapatrié après une année de restauration ; les pôles pluridisciplinaires et les confrontations inédites qu’ils ont facilitées ; des laboratoires et des chercheurs, sociologie, linguistique, transférés depuis Paris à l’initiative du CNRS, les équipes caennaises ou leurs antennes ; les premières expositions ; le centre de documentation ; les séminaires et les colloques ; etc.

Vingt années ont passé. La disposition des lieux a été peu modifiée. Mais le paysage scientifique a bien changé. Certes il y eut des frictions, des relâchements, des déceptions, des échecs même. Mais les lignes de force se sont consolidées, des projets nouveaux se sont affirmés, concourant à dessiner le profil de la Maison de la Recherche en Sciences humaines de Caen (MRSH) tant dans l’Université que dans le réseau national des Maisons des Sciences humaines, voire internationalement.

Un esprit des lieux imprègne la Maison

Sérénité. Attention aux autres. Accueil et intégration des nouveaux chercheurs, doctorants en début de recherche et chercheurs venus d’ailleurs. Ouverture sur le Monde par les séjours de chercheurs étrangers. Une façon de vivre la recherche dans ses dimensions diverses, depuis le plaisir de se retrouver pour un café (50 centimes depuis 1995) aimablement préparé, jusqu’aux bilans scientifiques les plus solidement argumentés. Une convivialité scientifique et intellectuelle qui ouvre le temps des possibles. L’anniversaire suggère de marquer un temps d’arrêt pour mesurer le chemin parcouru. Mais plus encore, en ces temps incertains d’interrogations sur le rôle des sciences humaines et les responsabilités sociales des chercheurs, il invite à poursuivre et développer avec détermination les recherches qui éclairent, pour aujourd’hui et pour les lendemains, les changements multiples et complexes auxquels nous sommes confrontés.

Robert Hérin