Accueil | Parcours | Œuvres | Chapitre |

Présentation des œuvres | Conventions d'édition |

Révélation concernant l’église de l’archange saint Michel sur le mont Tombe

Revelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte qui dicitur Tumba

Ici commence la révélation concernant l’église de l’archange saint Michel sur le Mont que l’on appelle Tombe, situé dans les régions d’Occident, au temps de Childebert [1] , roi des Francs, et de l’évêque Aubert [2] .

[A/f.180v] [B/f.5r] [C/f.128r] Incipit [1] revelatio ecclesiae Sancti Michaelis archangeli in Monte qui dicitur Tumba in occiduis partibus sub Childeberto rege Francorum et Autberto episcopo.

I.

I.

1. Sous le règne de Childebert, prince très pieux, qui, depuis que le peuple des Francs, marqué de la grâce du Christ, avait fait courber la tête des orgueilleux partout et en tout lieu à travers les provinces, gouvernait avec zèle le royaume [3] de l’Occident tout entier et les régions du Nord ainsi que celles du Sud, comme Dieu tout-puissant sollicite le concours des légions d’esprits qui lui sont soumis pour régner non seulement sur tous les peuples, mais aussi sur toutes les parties du monde qu’il a créé, le bienheureux archange Michel, l’un des sept qui se tiennent sans cesse en présence du Seigneur, lui qui, préposé à la garde du paradis [4] , est chargé également, comme on le lit, d’introduire dans le séjour de paix les âmes de ceux qui sont sauvés, après son apparition sur le Mont Gargan [5] pour montrer comment et de quelle manière il voulait y être vénéré et glorifié, ainsi qu’il est attesté dans des écrits [6] (cela fut accompli, comme on l’a bien compris, grâce aux interventions du bienheureux archange, quand tous les peuples établis dans les régions orientales du monde romain [7] eurent été illuminés par la grâce du Christ), – apprends [8] par quels signes ce bienheureux prince des citoyens célestes a voulu apparaître comme le protecteur des peuples d’Occident, afin que lui, qui jadis avait apporté le secours de sa protection au peuple d’Israël béni de Dieu dans ses Patriarches, soit aussi le gardien et le guide des hommes appelés fils par adoption [9].

1.[A/f.181r] [a'/f.5r] Postquam gens Francorum Christi gratia insignita longe lateque undique per provincias superborum colla perdomuisset, Childeberto, piissimo principe, monarchiam totius occidui [2] et septentrionis necnon et [3] meridiei [4] partes [5] strenue gubernante, quia omnipotens Deus non solum in omnibus gentibus [6], verum etiam in omnibus mundi partibus quem ipse fecit per subjectorum spirituum agmina principatur, beatus Michael [7] archangelus, unus ex septem in conspectu Domini semper assistentibus [8], qui etiam et paradisi praepositus salvatorum animas in pacis regione collocaturus legitur, [A/f.181v] post eam manifestationem qua se in Monte Gargano ad adorandum ac glorificandum quomodo et qualiter [B/f.5v] voluit, sicut in scriptis habetur, ostendit, his, ut comprehensum est, per beatum archangelum patratis, illuminatis Christi gratia cunctis gentibus in orientalibus Romaniae partibus, accipe quibus sese indiciis manifestare idem beatissimus princeps supernorum civium voluerit praesulem [9] occidentalium populorum, ut, qui quondam benedicto in Patri[a'/f.5v] archis populo Israhelitico defensionis attribuerat opem, ipse custos existeret ac praevius vocatis filiis per adoptionem.

2. On lit en effet dans la vision du prophète Daniel parmi les propos qu’un ange lui tint: « Nul ne me prête main-forte pour toutes ces choses, sinon l’archange Michel, votre Prince » [10]. Il dit « votre Prince », c’est-à-dire le Prince du peuple juif. Mais depuis que le Christ notre Seigneur est venu dans son pays et qu’il est retourné auprès de son Père, sans avoir été accueilli par les siens, qui osèrent même le livrer, l’admirable révélation du message évangélique s’est imposée en abolissant l’observance de l’antique loi, car, pendant que la voix des apôtres se répand par toute la terre [11], il revient aux anges de transmettre les rites du culte sacré.

2. Namque legitur in visione Danihelis prophetae dicente eidem angelo: « Nemo est adjutor meus in omnibus his nisi Michael archangelus princeps vester ». « Princeps », inquit, « vester », populi videlicet Judaeorum. Christo vero domino in propria veniente atque, a suis non recepto quin potius prodito, ipso ad Patrem [A/f.182r] remeante, dum aboletur observatio priscae legis, constabilitur adnuntiationis Evangelicae admirabile sacramentum, dum, exeunte per omnem terram sono apostolorum, caerimoniae transferuntur sacrorum per ministeria angelorum.

~

1   Childeberto, rege Francorum: on connaît trois rois mérovingiens ainsi nommés: Childebert Ier (511-558), Childebert II (env. 575-595) et Childebert III (695-711). Si l’on accorde crédit aux informations données par l’auteur, c’est vraisemblablement sous Childebert III que la fondation d’un sanctuaire à saint Michel fut réalisée: ce roi gouvernait alors les trois royaumes (Neustrie, Austrasie et Burgondie), sous le contrôle du maire du palais, Pépin II de Herstal; cf. Introduction, p. 68.

2   Autberto episcopo: aucun document contemporain ne confirme l’existence de cet évêque d’Avranches. C’est seulement dans des textes du XIe siècle que l’on rencontre les premières mentions d’Aubert; sur ce personnage, cf. Introduction, p. 71.

3   monarchia: terme de latin chrétien signifiant « monarchie », « gouvernement d’un seul »; en latin médiéval, monarchia adopte le sens concret de « territoire gouverné par un seul homme », d’où « principauté », « royaume ».

4   paradisi praepositus: expression habituelle dans les textes liturgiques pour désigner l’archange saint Michel, notamment dans les célébrations du 8 mai.

5   manifestationem: allusion aux apparitions du Mont Gargan en Apulie à la fin du Ve siècle.

6   in scriptis habetur: allusion au Liber de apparitione sancti Michaelis in Monte Gargano, qui présente un récit de la fondation du sanctuaire du Mont Gargan; sur les rapports entre le Liber de apparitione et la Revelatio, voir Introduction, p. 39-42, et l’Appendice, p. 113-135.

7   Romania: « l’Empire romain », cf. Orose, Histoires, III, 20, 11.

8   accipe: verbe principal de la longue phrase construite en anacoluthe, cf. note 91, p. 53.

9   vocatis filiis per adoptionem: expression biblique de l’apôtre Paul (Ep 1, 5: praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum, et Rm 8, 15: accepistis Spiritum adoptionis filiorum), employée couramment par les Pères de l’Église, en particulier Augustin (Cons. 2, 4, 11: per adoptionem efficimur filii Dei).

10   Nemo est… princeps vester: citation du prophète Daniel, Dn, 10, 21.

11   exeunte per omnem terram sono apostolorum: expression courante chez les Pères de l’Église, en particulier chez Jérôme (cf. Ez 13, 43: in omnem terram exiit apostolorum sonus), qui reprennent le texte du Psaume 18, 5, cité par Paul dans son Épître aux Romains (Rm 10, 18).

~

1   Pour les incipits, voir le recensement des manuscrits dans l’introduction, p. 85-87.

2   occidu(a)e PpESy occidentis iIMmHnW.

3   et… necnon et] necnon… et PpS necnon et… et iIMmnWN et… et E.

4   meridiae y meridianae Pp.

5   partis Ppy.

6   omnibus gentibus] omnes gentes iIMmPpEHnWNyS.

7   michael om. aa’AacKPpEQGYUyitaqueS.

8   assistentibus] omnes codd. assistentium sive adsistentium habent praeter HUy; adstantium P.

9   praesulem] omnes codd. praesuli habent praeter ABLPpEQFOS.