Accueil | Parcours | Œuvres | Chapitre |

Présentation des œuvres | Conventions d'édition | Programme éditorial | Partenaires | Contacts |

Revelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba

Introductio monachorum

De translatione et miraculis beati Autberti

Miracula sancti Michaelis

Baudri de Dol, De scuto et gladio sancti Michaelis

Liber de apparitione sancti Michaelis in Monte Gargano

Tableau de la répartition des textes fondateurs dans les manuscrits d’Avranches

Présentation des œuvres

Revelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba
« Révélation concernant l’église de l’archange saint Michel sur le Mont Tombe »

La Revelatio ecclesiae sancti Michaelis archangeli in Monte Tumba est le premier et le plus illustre de tous les textes montois. Cet opuscule fut rédigé par un chanoine du Mont ou de la cathédrale d’Avranches, au début du IXe  siècle, voire au milieu de ce même siècle. L’analyse linguistique révèle que la Revelatio est constituée de deux ensembles différents : la première partie présente une justification à la fois théologique et historique de la fondation d’un sanctuaire dédié à saint Michel sur le Mont Tombe, tandis que la seconde reprend un récit antérieur, oral ou écrit, relatant en détail les péripéties de la construction du sanctuaire par un évêque d’Avranches, du nom d’Aubert, après que celui-ci en eut reçu l’ordre par trois interventions de l’archange.

La Revelatio ne nous fournit aucune précision sur la date de cette construction. Une tradition montoise, remontant au XIe  siècle, la fixa au début du VIIIe  siècle et précisa même la date de la dédicace au 16 octobre 709. Nous ne savons rien non plus de l’évêque bâtisseur, qui n’est mentionné que dans ce seul texte de la Revelatio , ni des circonstances qui ont incité un clerc à dédier un sanctuaire à l’archange saint Michel. Quant à la date de rédaction de la Revelatio , on peut estimer qu’elle fut composée vers les années 820, lorsque l’empereur Louis le Pieux réforma l’ordre canonial en le soumettant expressément à l’autorité de l’évêque du lieu.

Ce texte constitue un document d’une valeur historique exceptionnelle, riche d’informations, à condition de ne jamais oublier que l’auteur a eu comme souci premier de montrer que c’est l’archange qui fut à l’origine de cette fondation et que c’est lui qui dirigea le chantier. En outre, conformément aux objectifs de la réforme canoniale entreprise par les empereurs carolingiens, l’auteur rappelle à ses lecteurs que le sanctuaire montois dépend nécessairement de l’évêché d’Avranches, puisque c’est Aubert qui eut en charge l’édification du sanctuaire et que c’est lui qui a installé sur le Mont Tombe un collège de douze clercs pour assurer le culte en l’honneur de l’archange et pour y accueillir les pèlerins éventuels.

Le texte a été établi à partir de trente manuscrits, dont cinq de la bibliothèque municipale d’Avranches : 1 de la fin du IXe s. (Paris, BnF lat. 2873 A), 1 de la fin du Xe s. (Avranches, BM 211, f. 156-210), 7 du XIe  s., 11 du XIIe  s., 3 du XIIIe  s., 3 du XIVe s. (dont Avranches, BM 213), 3 du XVe s. (dont Avranches, BM 212 et 211, f. 1-66v) et 1 du XVIe  s.

Cf. « Introduction » à l’édition de la Revelatio dans Pierre Bouet et Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Manuscrits d’Avranches – Textes fondateurs du Mont Saint-Michel – I , p. 29-87.

Consulter ce texte dans l'édition Bouet / Desbordes 2009

Introductio monachorum
« L’installation des moines »

L’Introductio monachorum est un traité composé au Mont Saint-Michel vers les années 1080-1095, pour défendre l’indépendance du monastère face au pouvoir temporel, qui, à cette époque, avait la mainmise sur la nomination des abbés, comme sur celle des évêques. Ce n’est pas un ouvrage historique, comme on l’entend aujourd’hui, mais un traité qui justifie des droits et qui, cependant, contient de nombreuses informations sur l’histoire montoise des Xe et XIe  siècles.

L’auteur est un moine de l’abbaye du Mont Saint-Michel. Dès la première page, il déclare qu’il a composé cet ouvrage à la demande de certains de ses frères. Il est difficile de connaître l’identité de cet écrivain, qui manifeste une réelle culture historique et une excellente connaissance de la langue latine. C’est, à l’évidence, un personnage de premier plan, qui a longtemps vécu au Mont : plusieurs indices nous incitent à considérer que l’auteur pourrait être soit l’abbé Renouf, qui à la fin de sa vie aurait présenté à Guillaume le Conquérant un plaidoyer en faveur de la libre élection de l’abbé, soit un moine qui, après la mort de l’abbé Renouf et l’installation autoritaire du nouvel abbé choisi par Guillaume, aurait repris le combat engagé depuis près d’un siècle par la communauté montoise pour son autonomie.

Bien que l’Introductio monachorum ait été rédigée par un abbé ou un moine du Mont qui cherchait à défendre la thèse de l’indépendance du monastère à l’égard du pouvoir temporel et à transmettre une certaine vision de l’histoire du Mont, ce document peut cependant nous livrer des informations importantes sur l’établissement des moines bénédictins sur le Mont Tombe et sur les destinées du monastère durant son premier siècle d’existence. Il raconte comment le duc Richard Ier , désespérant de réformer la communauté canoniale du Mont, prit la décision, avec l’accord du roi Lothaire et du pape Jean XIII, d’installer en 965-966 des moines bénédictins au Mont pour assurer le culte de l’archange et accueillir les nombreux pèlerins qui venaient solliciter son secours.

Ce texte était destiné, à l’origine, à former avec le De translatione et miraculis beati Autberti et les Miracula sancti Michaelis un ensemble cohérent au service des revendications de la communauté montoise, mais l’auteur n’a sans doute pas eu le temps de mettre la dernière main à son projet : la tradition manuscrite a traité ces trois textes de façon autonome sans les relier entre eux de façon systématique. L’Introductio monachorum n’est connue que par trois manuscrits montois conservés à la bibliothèque municipale d’Avranches : un du XIIe  siècle (ms. 210, dans le Cartulaire du Mont), un de la fin du XIVe siècle (ms. 213) et un du début du XVe siècle (ms. 211).

Cf. « Introduction » à l’édition de l’Introductio monachorum dans Pierre Bouet et Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Manuscrits d’Avranches – Textes fondateurs du Mont Saint-Michel – I , p. 149-200.

Consulter ce texte dans l'édition Bouet / Desbordes 2009

De translatione et miraculis beati Autberti
« La translation et les miracles du bienheureux Aubert »

Le De translatione et miraculis beati Autberti est un court opuscule qui relate de quelle manière furent redécouverts, au début du XIe siècle, dans la cellule du chanoine Bernier, les ossements qui furent aussitôt considérés comme ceux du bienheureux Aubert. Il s’agit plus précisément d’une inventio des reliques et d’une translatio de la cellule à l’intérieur de l’église abbatiale, auxquelles l’auteur ajoute deux miracles insignes accomplis par le saint fondateur. L’invention et la translation des ossements de l’évêque d’Avranches furent un événement important pour la communauté monastique, privée jusqu’alors des reliques du saint fondateur du sanctuaire. Les deux manuscrits 211 et 213 de la bibliothèque municipale d’Avranches insèrent le texte du De translatione et celui des deux miracles dans le corpus des Miracula sancti Michaelis. Cet opuscule a été rédigé en même temps que l’Introductio monachorum, c’est-à-dire vers 1080-1095, et par le même auteur.

Cf. « Introduction » à l’édition du De translatione et miraculis beati Autberti dans Pierre Bouet et Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Manuscrits d’Avranches – Textes fondateurs du Mont Saint-Michel – I, p. 229-246.

Consulter ce texte dans l'édition Bouet / Desbordes 2009

Miracula sancti Michaelis
« Miracles de saint Michel »

Les Miracula sancti Michaelis rassemblent les prodiges les plus remarquables accomplis par l’archange sur le Mont Tombe, depuis les origines jusqu’en 1050. L’auteur des Miracula est le même que celui qui composa l’Introductio monachorum et le De translatione et miraculis beati Autberti, vers les années 1080-1095. Le recueil se compose de dix récits de miracles accomplis par l’archange au Mont ou dans la baie. Il s’agit le plus souvent de châtiments infligés par saint Michel à des humains qui se sont rendus coupables d’une offense faite à Dieu ou à lui-même : comportement irrespectueux à l’égard des reliques ou de l’autel de l’archange, violation de l’espace sacré du sanctuaire réservé la nuit aux esprits célestes, oubli des engagements à son égard. Mais le miracle le plus célèbre est celui de la jeune femme qui, revenant du Mont, accouche sur la grève à la marée montante et qui est sauvée par l’intervention de saint Michel.

À ces dix Miracula nous avons adjoint le récit d’une guérison miraculeuse survenue en 1146 à un habitant de Fougères, pour compléter le dossier qui se trouvait à la disposition de Guillaume de Saint-Pair quand celui-ci entreprit de rédiger son Roman du Mont Saint-Michel au milieu du XIIe siècle.

Ces miracles ont été mis par écrit dans trois manuscrits des XIVe et XVe siècles de la bibliothèque municipale d’Avranches : ms. 211, 212 et 213.

Cf. « Introduction » à l’édition des Miracula sancti Michaelis dans Pierre Bouet et Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Manuscrits d’Avranches – Textes fondateurs du Mont Saint-Michel – I, p. 259-301.

Consulter ce texte dans l'édition Bouet / Desbordes 2009

Baudri de Dol, De scuto et gladio sancti Michaelis
Baudri de Dol, « L’épée et le bouclier de saint Michel »

Le De scuto et gladio sancti Michaelis de Baudri de Dol est une légende que l’archevêque de Dol recueillit au début du XIIe siècle de la bouche d’un prieur du Mont à propos de la présence d’un bouclier et d’une épée de petites dimensions, considérés comme les armes symboliques de saint Michel. Lors de son pèlerinage au Mont, Baudri fut intrigué par ces deux armes de petite taille, et il voulut, par amitié pour les bénédictins, les promouvoir au rang de véritables reliques en leur conférant une origine céleste. Il rédigea le De scuto et gladio sancti Michaelis vers 1112-1114.

Le De scuto et gladio sancti Michaelis raconte une histoire imaginaire, sans aucune base historique. Baudri tente, cependant, de donner une certaine historicité à deux objets qui, vraisemblablement, se trouvaient au Mont depuis peu de temps : ni la Revelatio , ni l’Introductio monachorum , ni enfin les Miracula sancti Michaelis n’évoquent ces reliques de l’archange, ce qu’ils n’auraient sans doute pas manqué de faire si celles-ci avaient fait partie du trésor du sanctuaire.

Le texte de Baudri est conservé dans trois manuscrits montois : à l’évidence, c’est une œuvre qui n’a pas eu de diffusion en dehors du Mont. Ces trois manuscrits cotés 211, 212 et 213 de la bibliothèque municipale d’Avranches datent de la fin du XIVe et du XVe siècle. La première édition, publiée seulement en 18721, fut celle de dom J. Huynes, réalisée en 1638 (BnF, fr. 18948), puis reprise définitivement en 1640 (BnF, fr. 18947) : cette dernière version, qui dérive majoritairement du manuscrit 213, met également à contribution les manuscrits 211 et 212. Le travail du révérend mauriste est déjà un véritable travail d’éditeur, puisqu’il a même proposé quelques corrections. C’est pour cette raison que ce texte de dom Jean Huynes, qu’E. de Beaurepaire a publié fidèlement2, est pris en compte dans l’apparat critique (Hyu ).

Cf. « Introduction » à l’édition du De scuto et gladio sancti Michaelis de Baudri de Dol dans Pierre Bouet et Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Manuscrits d’Avranches – Textes fondateurs du Mont Saint-Michel – I, p. 343-346.

Consulter ce texte dans l'édition Bouet / Desbordes 2009

Liber de apparitione sancti Michaelis in Monte Gargano
« Livre sur l’apparition de saint Michel sur le Mont Gargan »

Le Liber de apparitione sancti Michaelis in Monte Gargano est un récit hagiographique, connu également sous le titre de Memoriam (premier mot du texte), qui raconte les événements à l’origine de la fondation du sanctuaire du Mont Gargan, situé en Italie du Sud et consacré à l’archange saint Michel.

En raison de la fugue d’un taureau sur les pentes d’une montagne proche de la ville de Siponto en Pouille, un certain Garganus (qui allait donner son nom à la montagne à la suite de cet incident), riche propriétaire terrien, partit à la recherche de l’animal. Il le découvrit à l’entrée d’une grotte et, furieux de cette escapade solitaire, l’homme saisit son arc et décocha une flèche empoisonnée qui, à la surprise générale, se retourna sur celui qui l’avait lancée.

À la suite de cet incident, l’évêque de Siponto apprit par une intervention de saint Michel que ce dernier était le gardien de la grotte, où s’était réfugié le taureau, et qu’un culte devait lui être rendu en ce lieu singulier. Lors d’une visite à la grotte, l’évêque et les fidèles de Siponto découvrirent, d’une part, un manteau rouge recouvrant un autel et un rocher sur lequel on distinguait la marque d’un pied : ce manteau et ce rocher furent dès lors considérés comme des reliques de l’archange saint Michel.

Ce texte est daté traditionnellement de la fin du VIIIe siècle, voire du début du IXe. Mais il n’est pas impossible que ce récit ait été définitivement mis en forme dès la fin du VIIe siècle, au moment où les Lombards s’emparent du sanctuaire et décident de promouvoir ce culte. Un clerc de l’église de Siponto, qui entendait rappeler les droits de l’évêque de Siponto sur ce lieu de culte face aux prétentions des Lombards de Bénévent, aurait repris et développé une ancienne version des faits pouvant remonter au VIe siècle. L’auteur anonyme du Liber de apparitione évoque, en effet, l’existence dans le sanctuaire d’un libellus qui racontait les circonstances de la fondation. Ce libellus devait contenir l’essentiel du récit actuel : l’épisode du taureau, l’intervention de l’évêque de Siponto, la consécration de la grotte et les miracles opérés par la vertu de l’eau de la grotte.

Il existe de très nombreux manuscrits de ce texte célèbre au Moyen Âge à travers toute l’Europe, notamment des manuscrits des IXe et Xe siècles. L’édition présentée ici est la transcription fidèle qu’offre la partie du manuscrit 211 de la bibliothèque municipale d’Avranches que l’on date de la fin du Xe ou du début du XIe siècle.

Cf. « Introduction » à l’édition du Liber de apparitione dans Pierre Bouet et Olivier Desbordes, Chroniques latines du Mont Saint-Michel (IXe-XIIe siècle), Manuscrits d’Avranches – Textes fondateurs du Mont Saint-Michel – I, p. 113-121.

Consulter ce texte dans l'édition Bouet / Desbordes 2009

Tableau de la répartition des textes fondateurs dans les manuscrits d’Avranches

ms. 210
vers 1150

ms. 211 f. 156-210
fin Xe / début XIe s.

ms. 211 f. 1-66v
XVe s.

ms. 212
XVe s.

ms. 213
fin XIVe / début XVe s.

ms. B

ms. A

ms. a'

ms. D

ms. C

Revelatio 5-10

Introductio 10-19

Apparitio 156-161

Revelatio 180v-188v

Apparitio 1-4v

Revelatio 5-10v

Introductio 11-20

Miracula I et II 20-22v

De transl. 22v-26

Baudri 26-31v

Miracula III-XI 31v-42v

Revelatio 1-5 (résumé-abrégé)

Introductio 5-6 (résumé-abrégé)

Baudri 6v-10

Miracula VII-XI 10v-17v

III-VI 18v-27

En ancien français  :

Fondacion 45v-49

Baudri 49-54

Apparitio 95-97

Revelatio 128-132v

Introductio 133-138

Miracula I-VI 138-143v

De transl.

Miracula VII-XI 146-148v

Baudri 150-153

1.   Dom J. Huynes, Histoire générale de l’abbaye du Mont Saint-Michel , E. de Robillard de Beaurepaire (éd.), I, Rouen, Le Brument, 1872, p. 136-146.

2.   Il y a cependant dans l’édition de Beaurepaire (p. 136-146) quelques erreurs de lectures ou coquilles d’édition : p. 140, ligne 13 delibationibus pour delibutionibus  ; p. 141, ligne 4 tanquam pour quippe  ; ligne 11 omission de aliquid devant putaverunt  ; p. 142, ligne 1 prepugnator pour propugnator et excito pour existo  ; ligne 10 omission de ab devant inimico  ; ligne 23 quum pour quoniam  ; p. 143, ligne 23 diccatis pour dicatis  ; ligne 28 opportet pour oportet  ; p. 144, ligne 20 manserant pour manserunt  ; ligne 21 reducta pour redacta  ; p. 145, ligne 6 quum pour quoniam  ; lignes 20 et 21 conservationibus pour consecrationibus (bis).