Le fonds d’ouvrages anciens du Ministère de l’agriculture

 

Tout au long des 18ème, 19ème et 20ème siècles, les services responsables de l’administration de l’agriculture ont constitué un fonds de documentation réunissant ouvrages et périodiques destinés à l’origine à l’information du ministre et des grands commis de l’Etat en charge de cet important secteur. Cette bibliothèque a connu bien des vicissitudes, au gré des modifications de frontières opérées dans le découpage des institutions administratives et, jusqu’à la décision de Gambetta d’ériger l’agriculture en ministère de pleine autonomie le 14 novembre 1881, les ouvrages réunis, qui concernaient aussi bien les techniques agricoles, que les statistiques de population, les travaux publics, le commerce, la géographie ou les voyages, étaient partagés entre les utilisateurs. L’affectation de l’Hôtel de Villeroy aux services de l’agriculture inaugura une ère de stabilité géographique accompagnant la continuité politique et la montée en puissance du « ministère des agriculteurs » : la bibliothèque ne connut plus que des déménagements internes, certes toujours sources de disparitions et de dégradations d’ouvrages, mais bien moindres que les partages et ruptures antérieurs. En dépit de ces facteurs favorables, la gestion de la bibliothèque ne constitua jamais une priorité : en 1880 ou 1881, un « catalogue de la bibliothèque » fut ouvert, et rapidement abandonné. Depuis, au moins deux tentatives de création de fichiers connurent le même sort, si bien qu’aucun récolement n’était possible faute de fichiers à jour. Les ouvrages qui ne servaient plus à la documentation des agents, en particulier, stockés dans des réserves mal adaptées, étaient fort mal connus, et utilisés seulement par quelques rares curieux ou connaisseurs. En 2002, le ministre demanda à son inspection générale de lui présenter des propositions destinées à assurer l’entretien et la valorisation d’un fonds en déshérence. Un fichier complet a été constitué. Le rapport de mission [1] proposait de déposer les ouvrages dans une université ayant développé un secteur de recherche en histoire rurale. Le ministre a confié le fonds à la Maison de la recherche en sciences humaines de l’Université de Caen.

 

Par convention, les bornes chronologiques retenues pour identifier le « fonds d’ouvrages anciens » excèdent largement les normes en usage puisque ont été intégrés les ouvrages parus jusqu’en 1960. 13300 volumes ont été dénombrés, représentant 7800 ouvrages. Les monographies représentent près de 80% de l’ensemble et les 57 périodiques répertoriés sous la cote P rassemblent 2880 volumes. La distribution par siècles indique une très large prédominance des publications des 20ème (63%) et 19ème siècles (27%). Les 200 volumes datant des 17ème et 18ème siècles, sans révéler des ressources inconnues, rassemblent les œuvres des agronomes grands et petits, des récits de voyageurs précurseurs des géographes modernes, des ouvrages de droit et de jurisprudence, des almanachs.

 

Le champ le mieux représenté est celui de l’administration de l’agriculture depuis la Révolution. Almanachs, Annuaires, Bottins permettent de suivre l’organisation des services ministériels. Bulletins, Annales, Bulletins de l’Office de renseignements agricoles publient, expliquent, commentent l’abondante réglementation en matière d’agriculture, de viticulture, de sylviculture, d’hydraulique, d’élevage et de médecine vétérinaire, de propriété ou de fermage. Les séries statistiques produites depuis la Monarchie de Juillet par les services ministériels, par leur continuité, représentent un outil de travail encore trop peu exploité. Il convient ‘y ajouter les monographies départementales rédigées par les préfets du Consulat et de l’Empire, puis par les professeurs départementaux d’agriculture de la Troisième République. Les ouvrages des agronomes et praticiens décrivant les travaux, les techniques et les pratiques agraires constituent la seconde thématique, particulièrement riche pour le 19ème siècle : techniques de labours, assolements, jachère, culture des céréales, de la betterave, des légumineuses, de la vigne, élevage, production du lait et de la viande… Les manuels d’enseignement et les ouvrages rédigés par des professeurs de l’enseignement supérieur agronomique et des écoles d’agriculture tiennent une place importante du fait de l’articulation quasi organique pendant la période considérée entre l’administration du secteur agricole et l’enseignement de l’agriculture pour sa modernisation.

 

                                                                                                                      Edgar Leblanc



[1] Edgar Leblanc, inspecteur général de l’agriculture, La valorisation du fonds d’ouvrages anciens du ministère de l’Agriculture, de l’alimentation, de la pêche et des affaires rurales, rapport RAT 031 du 4 décembre 2003. (document disponible sur le site Internet du ministère de l’Agriculture : www.agriculture.gouv.fr/ressources