Histoire culturelle de l'Europe

Stanis Perez

Des corps en perspective : les enfants royaux sous l’œil de leurs contemporains (France, XVIe-XVIIIe s.)

Article

Résumé

La naissance d’un enfant royal est un événement à la fois politique, familial et symbolique. Immédiatement, le petit individu qui vient de naître est placé sous le regard d’une multitude d’acteurs de la vie curiale. Enfin présent, il est soumis à différents systèmes d’interprétation (quels signes ?), de communication (quel sens ?) et de représentation (quelle image ?) qui vont inaugurer une herméneutique princière. Marques sur la peau, phénomènes étranges ou élucubrations savantes exposent ce corps pas comme les autres à des commentaires plus ou moins bienveillants : cet enfant au destin hors du commun, au moins en théorie, est mis en perspective parce que son corps est déjà un problème politique.

Abstract

The birth of a royal child is at the same time a political, family and symbolic event. Immediately, the little being which has just born is placed under the glance of many curial life’s actors. Finally present, he is litterally subjected to many systems of interpretation (what signs?) communication (what sense ?) and representation (what image ?) that inaugurate a princely hermeneutic reading. Brands on the skin, strange phenomena or erudite wild imaginings submit this unusual body under more or less benevolent judgements: such a child with out of commun run destiny, at least in theory, is put into perspective because his body is already a political problem.

Texte intégral

Quelle fut nostre admiration ? Quel fut le sentiment universel à la première observation de sa personne, & de ses gestes ? Que nous marquoit son ton de voix, son air, sa démarche, son asseurance, & ce visage serieux, sur un corps enfantin, qui dans sa petitesse faisoit déjà respecter sa grandeur1 ?

1Quel corps plus exposé au regard d’autrui que celui de l’enfant d’une reine ? Cette affirmation tient tellement de l’évidence qu’elle risquerait, en préambule d’un article scientifique, de disqualifier son auteur par la banalité du propos. Dire ensuite que la cour est un microcosme ou la scène d’un spectacle permanent, relève également du truisme. Tout ceci, on le sait déjà, La Bruyère, Hippolyte Taine et Norbert Elias l’ont expliqué de façon convaincante. Pourtant, le sujet recèle un piège car il part du postulat selon lequel les enfants royaux sont d’emblée des souverains en puissance dont les premières années sont confisquées au profit d’un protocole rigide et aliénant. Ils n’auraient pas eu de véritable enfance, au sens où on l’entend aujourd’hui. Et puis, dans un second temps, ces êtres fragiles auraient pâti d’un excès de promiscuité, d’une nourriture inadaptée et de traitements dangereux qui, par un effet pervers, auraient raccourci leur espérance de vie : schématiquement, ceci correspond au modèle Louis XV, un chérubin sauvé in extremis car mis à l’abri des médecins et des saignées. En somme, on peut considérer qu’une grande partie de l’historiographie a balancé entre ces deux tendances. Ces petits princes auraient été pris en otage par le système monarchique et/ou curial ; ils auraient ensuite payé au prix fort l’excès d’attention dont ils étaient censé bénéficier plus que tous les autres. En un mot, ils n’auraient eu aucun espace de liberté, sinon aucune existence autonome tout dans leur quotidien étant assujetti à l’intérêt supérieur de la dynastie et de la Couronne.

2Cette lecture n’est pas vraiment satisfaisante. En réalité, on ne saurait tirer aucune règle générale en la matière. Ni l’espérance de vie, ni la morbidité, ni une certaine lecture « psychohistorique » - comme celle de Philippe Ariès2 après celle d’Alfred Franklin - ne peuvent décider si cette existence était heureuse ou malheureuse. Quant à déceler partout une forme de propagande ou d’aliénation pédagogique au profit d’un système politique ou d’une reproduction lignagère, là encore, on retombe dans la banalité3. La profusion et la diversité des représentations, utilisées de nos jours pour dénoncer les pesanteurs du protocole, une emphase totalitaire ou une symbolique scolastique, n’ont pas dit leur dernier mot. Dans le monde anglo-saxon, la plupart des travaux consacrés à ce sujet pointent du doigt un type d’éducation princière qui serait plus ou moins « libéral » selon le degré d’influence des références humanistes4. Or, l’éducation, qu’elle soit culturelle, religieuse ou gestuelle, n’est qu’une partie du problème et elle ne saurait résumer tous les aspects de l’irruption de ce nouveau personnage qu’est l’enfant royal. Ici, il ne s’agit pas de découvrir une énième allusion inédite à un Dauphin qui serait envoyé par le Ciel pour perpétuer la dynastie régnante ou à une naissance féminine qui, faute de mieux, impliquerait des réjouissances minimalistes. Il faut peut-être se contenter de voir dans les représentations non des moyens de « propagande » mais des outils de mise en perspective, c’est-à-dire des instruments censés insérer l’enfant dans un espace symbolique puis le soumettre à une grille de lecture dont le contenu, loin de convertir qui que ce soit à/en quoi que ce soit, est un mode de socialisation, sinon d’identification, à part entière. Et ce processus, avec ses étapes, sa sémantique et ses inévitables échecs, survalorise le sens du regard et, par voie de conséquence, une logique spectaculaire destinée à intégrer ce nouveau personnage dans une mise en scène instrumentalisée, peuplée de fictions ou de récits légendaires qui vont lui donner corps à partir du moment où il fait partie du décor. Ce n’est pas tant le corps physique pris dans sa matérialité organique qui importe, mais ce qu’on va dire de lui à la cour et ailleurs, et comment on va relier entre eux des signes, voire des signaux, reconstituant, tel un puzzle, le portrait d’enfants à la fois extraordinaires et banals.

Présenter et représenter le nouveau-né

3L’enfant royal doit tout d’abord être présenté et c’est à la sage-femme qu’incombe ce rituel important pour ne pas dire déterminant. Le cas le plus célèbre pour la France moderne est celui de la sage-femme de Marie de Médicis, Louise Boursier. Grâce à son Récit véritable de la naissance de Louis XIII, un mémoire dont les implications sémantiques vont bien au-delà de tout roman officiel, on peut mieux comprendre l’importance de l’accession du nourrisson à une forme de visibilité qui s’effectue par étapes5. De fait, l’intervention thérapeutique ou prophylactique de Boursier se retrouve tout à fait occultée par cette impérieuse nécessité : elle doit être la première à voir l’enfant, le privilège ultime étant de connaître son sexe avant quiconque et de transmettre ensuite la nouvelle aux parents. Au passage, focalisée sur le rôle qu’elle joue à ce moment-là, la sage-femme reconstitue l’accouchement en transformant son récit en une aventure personnelle au service de la monarchie6. En faisant passer l’acte lui-même (on aurait pu s’attendre à quelques lignes de médecine obstétrique7…) derrière la question du sexe de l’enfant et de sa proclamation, c’est moins à un problème de protocole auquel on est confronté qu’à la mise en évidence d’un mécanisme autrement plus complexe : il faut présenter l’enfant pour lui donner vraiment naissance.

4Présenter signifie rendre présent, à la fois pour identifier le genre du nouveau-né et lui assurer les premiers soins, les premières attentions. C’est l’entrée sur la scène curiale, la comparution rituelle et festive, quoique toujours progressive, faisant un lointain écho à la Nativité du Christ voire à la Présentation de la Vierge. C’est exactement ce cheminement que Boursier va choisir dans son mémoire. Elle sait on ne peut mieux que cette délivrance de la mère n’est pas vraiment publique : si tel était le cas, le sexe du bébé serait connu de tous au moment où il sortirait du ventre de sa mère. Non, un métalangage, fait de gestes calculés et de phrases codées, est instauré afin de filtrer l’information en toute discrétion. Ainsi, on s’est mis d’accord pour que la phrase « Ma fille, chauffez-moi un linge » signale un enfant mâle. Et c’est effectivement cette parole tant attendue par les parents que la sage-femme prononce. Toutefois, selon son témoignage, Henri IV n’aurait pu se résoudre à une aussi bonne nouvelle en considérant la mine étrangement défaite de l’intéressée :

Il luy disoit que c'estoit une fille ; qu'il le connoissoit bien à ma mine. Elle l'asseuroit bien que c'estoit un fils, que je luy en avois donné le signal.
Il luv disoit :
— Elle fait trop mauvaise mine.
— Sire, elle vous a dit qu'elle le feroit.
Il luy dit qu'il estoit vray, mais qu'il n'estoit pas possible qu'aiant eu un fils, je la peusse faire telle.
Elle luy répondit :
— Il est bien possible, puisqu'elle l’a fait.
Mademoiselle de la Renoüillère entra, qui vit le Roy se fascher avec Gratienne. Elle vint à moy ; je luy fis le signal. Elle me demanda à l'oreille ; je luy dis à la sienne que ouy. Elle détroussa son chaperon, et alla faire la révérence au Roy, et luy dit que je luy avois faict le signal, et mesmes luy avois dit à l'oreille. La couleur revint au Roy, et vint à moy, à costé de la Royne, et se baissa, et mit la bouche contre mon oreille, et me demanda :
— Sage-femme, est-ce un fils ?
Je luy dis qu'ouy.
— Je vous prie ! ne me donnez point de courte joye, cela me feroit mourir8.

5Cet étrange dialogue, entre communication dissonante, observation mutuelle et échange de signes ambigus, insère la naissance dans un montage sémantique qui tient lieu de naissance officielle tout en plaçant le roi dans une position délicate. Les regards se croisent, chacun se dévisage pour savoir ce qui se passe, personne ne croit ni à ce qu’il voit, ni à ce qu’il ne voit pas, en l’occurrence les organes génitaux du bébé. On n’est plus sûr de rien : et si, au dernier moment, la sage-femme, forte de son rôle de chef d’orchestre de l’accouchement et de première observatrice du sexe de l’enfant à présenter, avait décidé de rompre l’accord ?

6Un peu de suspens pimente le scénario. Il peut s’agir d’un effet de style ou d’une prise de parole du narrateur pour justifier, après coup, sa brillante carrière à la cour et instaurer un discours légitimant, ce qui reste somme toute banal. L’événement est mis en perspective en vertu du principe selon lequel un texte ne diffère guère d’une image : il prend une profondeur singulière (celle qu’a décidé Boursier) en bousculant l’ordre des hiérarchies au profit de sa fonction d’intermédiaire entre le signifiant (le ventre de la reine s’est ouvert sans trop de difficulté) et le signifié (voici le nouvel acteur, son sexe va déterminer le reste de l’histoire). Sans formaliser à outrance cette présentation des faits, sans rechercher de la littérature là où il n’y en a manifestement pas, on constate que la scénographie initiale a été court-circuitée par la sage-femme. Elle s’est arrangée pour monopoliser l’attention en se servant du nourrisson royal, alibi rêvé pour attirer tous les regards sur elle. A ce jeu, l’arrivée de l’enfant n’est plus qu’un élément traité à l’oblique, relégué un peu de côté avec les ornements factuels du décor aulique tandis que l’avènement de la sage-femme occupe exactement le centre du tableau.

7Précisément, cette prise de contrôle de l’événement est soulignée par une déclaration au contenu hautement symbolique : « Je développe un petit [peu] Monsieur le Dauphin, et luy fis voir que c’estoit un fils, que la Royne n’en vit rien. » En montrant le sexe du nourrisson, et en prenant soin de faire écran du côté de la reine afin quelle « n’en vit rien », Boursier fait irruption au premier plan. Elle s’intercale entre l’enfant dont elle connaît et révèle ensuite le genre, et la reine, personnage d’ores et déjà occulté par son précieux rejeton. En montrant cet enfant mâle, elle présente au Roi la continuité de son pouvoir dynastique, elle atteste sa contribution, par cette démonstration littérale, à la continuité d’un état-famille qui peut enfin se perpétuer grâce au petit garçon. Le choix du verbe est pertinent : d’ores et déjà emmailloté pour le protéger de l’air et de ses influences nocives, le petit corps du Dauphin est partiellement exposé dans un développement qui, au sens strict, soulève un coin de l’enveloppe textile qui dissimule ses organes génitaux. En dévoilant juste ce qu’il faut du bébé, Boursier lui confère sa toute-puissante présence d’héritier légitime. En montrant son sexe et son genre, par un geste anodin et complexe à la fois, elle désigne le Dauphin, proclame son identité publique et privée tout en célébrant sa présence en tant que successeur potentiel. Voilà, l’enfant a été présenté à son entourage, point inaugural de sa vie publique à la cour. Acte politique ? Manifestement. En septembre 1638, ce fut effectivement le cas lorsque la sage-femme prit soin de montrer à Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, que son rang dans la succession au trône était décalé : « Monsieur est demeuré tout estourdi lorsque madame Péronne luy a faict veoir, par raison phisique, que la reyne estoit accouchée d’un fils. Il luy faut pardonner s’il est un peu mélancolique »9.

8L’étape suivante, un peu plus banale, est celle de la représentation. Elle rime d’ailleurs avec communication ou information. Sachant désormais qu’il s’agit d’un garçon, la nouvelle doit être diffusée par différents canaux, il convient désormais de réitérer la présentation (et non la présence, comme des générations d’historiens de l’iconographie royale l’ont affirmé). Représenter ne signifie pas rendre présent à nouveau (qui confondrait un roi en deux dimensions et un être vivant ?) ou multiplier par deux, mais rejouer la scène de la présentation. Le Mercure françois s’en chargea pour ses lecteurs : « Le Roy se leva de table, & vint à la chambre de la Royne, où il apprit que Dieu luy avoit donné un Dauphin, qui luy fut presenté par Dame Peronne Sage-Femme, laquelle avoit assisté la Royne pendant son travail10. »

9La mise en scène, qu’elle soit originale ou de seconde main, doit être montrée, d’une façon ou d’une autre, à ceux qui étaient absents. Il faut annoncer la bonne nouvelle à ceux qui n’étaient pas présents. L’image n’est pas substitution mais procuration. Et l’on touche ici à un effet typique de toute représentation : du point de vue du spectateur, elle comble un manque ou remplace une absence ; du point de vue de l’objet, elle génère à la fois un spectacle forcément passé et un public sans doute absent au moment de l’événement. Elle permet à l’observateur d’acquérir lui-même une présence face à une image transitive qui s’adresse à lui et qui le désigne, par le geste ou le regard, comme témoin privilégié. La toile d’Antoine Dieu intitulée La Naissance de Louis de France accompagne le spectateur dans l’intimité de la famille royale tout en installant, par des lignes invisibles, un réseau de séparations déterminant trois ensembles : le roi montrant son petit-fils (Louis XIV est un peu plus grand que les autres), les hommes (à gauche) et les femmes (à droite, mais en compagnie de l’heureux géniteur)11.

La Naissance de Louis de France

Image 10000201000002DC000001CB63D338DD.png

Peinture destinée à servir de carton pour une tapisserie des Gobelins

Musée de Versailles

10Un léger effet de mise à distance, renforcé par les marches au premier plan, fixe le rang du spectateur alors que la composition, destinée à une tapisserie et non à un tableau décoratif, interdisait de regarder les personnages droit dans les yeux.

11La représentation présente à nouveau, elle réitère une deuxième fois en tant que support (une gravure, une peinture, un texte, etc.) et ensuite indéfiniment pour la postérité. L’expédient le plus courant est celui du portrait, re-présentation cardinale qui fait acte de présence, que ce soit par le biais de l’image ou de la description littéraire d’un visage reconnaissable. Dans de nombreuses gravures ou peintures, Anne d’Autriche montre son fils Louis-Dieudonné au spectateur, que ce soit par un geste de désignation indirect12 (« Je présente mon fils à la Vierge »), un contact direct en soutenant sa main ou son bras13 (« Je l’aide à tenir le sceptre en attendant sa majorité ») voire par l’ostentation d’un portrait encadré14 (« Ceci est un portrait du roi, mon propre fils »).

Louis XIV offrant sa couronne et son sceptre à la Vierge et à l’enfant Jésus, en présence d’Anne d’Autriche et de Philippe d’Anjou

Image 100002010000020E000002B327D6832F.png

peinture

Hambourg, Kunsthalle, bpx-Bildagentur 00032147

Anne d’Autriche et son fils Louis-Dieudonné

Image 10000201000001E800000267CF802993.png

Estampe

BnF

Anne d’Autriche présentant son fils, Louis-Dieudonné

Image 10000201000001CA00000267513DB6A7.png

Toile attribuée au cercle de Pierre Mignard

Alcudia, Fondation Yannick et Ben Jakober

12Dans les trois cas, la mère présente son fils et immortalise cette présentation publique, elle pérennise son sang et atteste que sa mission de reine – bien sûr, Louis XIII disparaît après 1643 - est parfaitement remplie. En montrant son enfant, ce que la nourrice goguenarde de Louis XIV s’empressera d’imiter, elle se soumet à un protocole qui est moins politique que maternel : à la cour et ailleurs, une femme accède complètement au statut de mère quand elle présente joyeusement son bébé à ses proches.

13Mais le lien mère-fils n’est pas le seul qui rende possible, sinon indispensable, la présentation du nouveau Dauphin : la marquise de Lansac, gouvernante attitrée des Enfants de France, adopte la même posture dans une œuvre conservée au château de Versailles. Elle tend son index vers Philippe et Louis, tous deux assis sur un trône plus large qu’il ne faut15... Un cartouche, peut-être ajouté plus tard, permet d’éviter la confusion avec Anne d’Autriche.

Louise de Prie, marquise de Lansac, gouvernante des Enfants de France, et les enfants royaux Louis et Philippe (vers 1643)

Image 10000201000001E200000267EB22F41B.png

peinture

Musée de Versailles

14Enfin, quand la plume prend le relais du pinceau, on décrit une fois encore le petit prince que tout le monde épie. Relisons, à ce sujet, ce que la princesse Palatine écrivait en novembre 1714 :

Le petit Dauphin a mauvaise mine lorsque les dents lui font mal, mais lorsqu'il se trouve bien, c'est un bel enfant ; il a de grands yeux très-noirs, le visage rond, une jolie petite bouche qu'il tient cependant un peu trop souvent ouverte, un nez si bien fait qu'il serait difficile d'imaginer mieux, de jolies jambes, ainsi que les pieds ; en somme, il est plutôt joli que laid, et il a toujours été plus beau que son petit frère, mais celui-là était plus vif et plus fort16.

15Ce portrait épistolaire, raccourci d’une existence frêle et remplie d’incertitudes, dessine les contours d’un corps placé au centre de tous les regards. En présentant l’enfant à sa correspondante, La Palatine ne fait qu’appliquer une mode qui consiste à transformer les principaux personnages de la cour en portraits en pied (on décrit le visage puis le reste du corps, exactement comme le font les peintres). Mais il n’est pas ici question d’une exigence de visibilité qui serait inhérente au protocole curial puisque les courtisans sont bien placés pour tout voir ; il s’agit seulement d’une illustration de quelques lignes insérée dans une correspondance qui en contient des dizaines.

16Dans certains cas, l’exigence de visibilité de l’enfant royal peut prendre des formes plus singulières : interroger l’historien sur le contexte d’une représentation peut s’avérer fort utile. Séjournant à l’abbaye de Vauluisant au cours du printemps 1548, Catherine de Médicis commande des portraits de ses jeunes enfants François, Elisabeth et Claude. Elle écrit au sieur d’Humières alors qu’une épidémie de petite vérole s’abat sur la capitale et ses environs : « Je vous prye Monsieur d’Humyères, de me faire paindre tous mes enffans, mais que ce soit d’un autre cousté que le painctre n’a accoustumé de les paindre et portraire, et m’envoyez les painctures incontinant qu’elles seront faictes17. » Après avoir reçu les portraits dessinés « d’un autre cousté » (par Clouet ou Le Mannier ?), elle exprime derechef sa satisfaction : « Monsieur de Humyères, j’ay receu les painctures de mes enffans que vous m’avez faict faire, lesquelles j’ay trouvées fort belles et bien faictes, et me semble advis par là que mes dictz enffans sont bien amendez depuis que ne les ay veuz (…)18. » Le changement de profil, donc de point de vue, a-t-il suffi à rassurer la reine sur la santé des bambins ?

17Le document n’est pas assez explicite et les portraits mentionnés n’ont pas été identifiés même si certains dessins datant de la même période permettent de se faire une idée19. Quoi qu’il en soit, Catherine semble avoir réclamé un effort d’objectivité dicté par l’éloignement et les circonstances : elle entendait disposer d’un instantané de ses enfants menacés et non d’une image idéalisée destinée à la postérité indifférente. Il va de soi que le rapport d’un médecin royal aurait pu suffire à attester la bonne santé des petits. Mais l’écrit n’a pas toujours la puissance affective de l’image. Et pourtant…

18Le rôle d’un praticien de cour ne se limite pas à régler les problèmes de santé de ses employeurs. Le journal de Jean Héroard, obsédante chronique du quotidien de Louis XIII, le démontre parfaitement. Le document s’ouvre d’ailleurs sur une description du nourrisson, un examen anatomique qui prolonge le témoignage de Boursier :

Puis elle vint à monseigneur le Dauphin, où l'on put voir alors un enfant grand de corps, gros d'ossements, fort musculeux, bien nourri, fort poli, de couleur rougeâtre et vigoureux tout ce que l'on peut penser pour cette petite âge il avoit la tète bien formée, de bonne grosseur, couverte de poil noirâtre, les yeux tannés ; le nez un peu enfoncé vers sa racine, épaté et relevé par le bout, les oreilles de moyenne grandeur et bordées, la bouche très-belle, petite et fort relevée, ayant le dessus du milieu de la lèvre haute par le dehors fort canelé, et le milieu de la basse aussi ; le menton fourchu, le tout fait comme d'un trait, et le bas du visage fort arrondi ; le col gros et fort, et les épaules larges ; la poitrine bien relevée, les bras grands, les mains aussi et d'une blancheur naïve par dessus l'ordinaire ; les parties génitales à l'avenant du corps ; les jambes droites et les pieds grands, fort larges par le bout, se rétrécissant en un talon fort pointu, les orteils presque de pareille longueur, les serrant en dedans, du gros au petit, comme on feroit du bout de la main20.

19Le registre d’énonciation n’est pas spécifiquement médical : n’importe quel courtisan, n’importe quel ambassadeur ou voyageur de passage à la cour, aurait pu écrire et décrire la même chose. Voici un premier portrait du Dauphin, un portrait littéraire qui, dans l’esprit du médecin, tient lieu de procès-verbal. Voici la description empirique du Dauphin (« où l’on put voir »), petit préambule à une longue biographie qui va durer des décennies et qu’Héroard va s’acharner à composer jour après jour. Le monumental manuscrit qui a été conservé, et jamais publié de façon intégrale, s’achève par un inévitable échec. A quoi bon vouloir consigner et archiver toutes les bribes de la vie quotidienne du Dauphin, puis du jeune roi ?

20Le motif réel de cette entreprise n’est pas connu et la thèse du manuel d’éducation princière en préparation ne convainc guère. Ce n’est ni de la médecine, ni de la littérature ; ce n’est ni un traité savant, ni un mémoire historique à part entière. C’est une forme de récupération du vivant dans un texte obsédant et aliénant, reflet d’une surveillance jamais achevée et d’un point de vue qui s’arroge le droit de tout capter ou presque. Le journal d’Héroard est, à sa manière, une utopie littéraire qui ne cherche ni à soigner, ni à dénuder le roi, mais qui tend à le transformer en archive vivante. Nostradamus, confie Pierre de L’Estoile, s’était contenté d’examiner une seule fois le corps dénudé du jeune Henri de Navarre lorsqu’il n’avait que dix ou onze ans21. Héroard est allé plus loin en soumettant son regard aux objectifs d’un invraisemblable journal intime derrière lequel l’auteur a fait le choix de se replier presque intégralement. Des milliers de pages autobiographiques, étrangement décalées et singulièrement orientées vers un point de fuite unique : le jeune Louis, enfant remuant et espiègle renvoyant le reflet en négatif d’un premier médecin rendu quasiment transparent.

Interpréter : marques et remarques

Marque : « Tache ou autre chose remarquable que l'homme, ou un autre animal apporte en naissant. Cet enfant a apporté cette marque du ventre de sa mere22. »

21L’attention portée au corps des enfants royaux fut-elle aussi exceptionnelle qu’on le croit ? Les différentes études consacrées aux comptabilités royales ne permettent pas de déterminer si, en dehors de certaines dépenses matérielles et de la nomination d’officiers rattachés à la Maison de la Reine ou des Enfants, ces derniers étaient considérés comme des enfants sortant de l’ordinaire. La reconstitution de la culture matérielle d’un groupe donné ne suffit pas toujours et, en 1601, lorsque Boursier s’interdit de traiter le petit Louis comme n’importe quel autre bébé, Henri IV eut un réflexe qui mérite d’être signalé :

Ainsi que j'entendois à ce que j'avois affaire, le Roy vint auprès de moy. Je regarde l'enfant au visage que je vis en une grande foiblesse de la peine qu'il avoit endurée. Je demande du vin à Monsieur de Lozeray, l'un des premiers valets de chambre du Roy. Il apporta une bouteille. Je luy demande une cuiller. Le Roy print la bouteille qu'il tenoit. Je luy dis :
— Sire, si c'estoit un autre enfant, je mettrois du vin dans la bouche, et luy en donnerois, de peur que la foiblesse dure trop.
Le Roy me mit la bouteille contre la bouche et me dit :
— Faites comme à un autre. J'emplis ma bouche de vin et luy en soufflay. A l'heure même, il revint et savoura le vin que je luy avois donné23.

22Pourtant, l’historiographie ancienne a entouré ces rejetons royaux d’une aura toute particulière. A force de les mettre en scène, on en venait à les remarquer, au sens littéral. Remarquer revient à marquer une seconde fois, donc à transformer une marque, par exemple corporelle, en signifiant par une observation empirique suivie d’une interprétation. A ce stade, cette dernière se confond avec l’identification. L’anecdote précédente rappelle ce qu’écrivit Beaumont de Péréfixe dans sa pompeuse biographie d’Henri IV : « L’on remarqua que l’enfant contre l’ordre commun de la nature, vint au monde sans pleurer & sans crier. Aussi certes ne faloit-il pas qu’un Prince, qui devoit estre la joye de toute la France, nasquist parmi des cris & des gemissemens24. » En 1638, à la naissance de Louis XIV, c’est encore la sage-femme qui inaugura le protocole puisqu’elle « le fit voir au Roy & luy fit remarquer sa beauté & grandeur extraordinaire25. » 

23Finalement, à quoi reconnaît-on un enfant de royale extraction ? Une vieille tradition – mais qui pouvait y croire ? – mentionnait l’apparition de signes singuliers sur le corps de certains rejetons issus d’une lignée prestigieuse26. Plutarque racontait déjà que les enfants de Python de Nisibe portaient tous la marque d’une hache, et ceux de Séleucos une ancre marine à la cuisse27. Plus tard, le thuriféraire André Du Chesne a improvisé un peu à partir de ces exemples et rétorqué :

Mais en la race des Lis & de ces odorans Lys de France, les anciens ont remarqué, qu’ils naissoient tous, & naissent encore la hache en la main, & la prudence en la teste, & la generosité au cœur, qui est l’ancre ferme pour [ré]sister au port des plus nobles Estats, & les tirer des plus perilleux destroits, où les jette la tempeste28.

24Pareille métaphore n’apporte rien de neuf. Toutefois, Héroard ne pouvait pas en rester là et après avoir soigneusement examiné le corps de Louis, il détecta certaines particularités :

Il porta sur lui ces marques : entre les deux sourcils, mais plus proche du droit, se trouva une tache rougeâtre ronde, de la grandeur d'un petit denier ; une autre au-dessus de la nuque, sous la racine des cheveux, de pareille couleur et de même figure, mais de grandeur semblable à un rouge double, et une autre petite de la même couleur à l'entrée de la narine gauche ; et la dernière ce furent trois poils noirs sur le sommet du cartilage de l'oreille gauche, et le croupion tout velu. Les poils de l'oreille et la forme du pied se trouvent être de même au Roi son père. Je lui fis laver tout le corps de vin vermeil mêlé avec de l'huile, et la tête de pareil vin et de l'huile rosat. Pendant tout cela il cria fort peu, mais par son cri fit bien paroître la force de ses poumons, ne criant point en enfant, qui est une des choses plus remarquables en lui29.

25La marque introduit la remarque. Le signe, qu’il soit une anomalie ou non, retient l’attention, attire le regard et suscite le commentaire. Ici, l’hérédité s’est rendue visible : Louis a trois poils noirs au sommet de son oreille gauche et un pied dont la forme prouve qu’il est bien le fils du roi Henri, ce qu’une gravure de Léonard Gaultier répétera30.

Henri IV et sa famille

Image 10000201000002D800000255BDC3CF9F.png

Estampe

BnF

26La puissance de son cri est également « une des choses les plus remarquables en lui » mais à l’inverse de ce qui s’était passé pour son père ! La remarque engendre à son tour du remarquable, banale alchimie d’un écrit où l’adjectivation fonctionne à plein régime mais loin de toute propagande mythologique ou politiquement conforme. L’enjeu n’est pas là. Par cet examen physique, où la médecine sert de prétexte, le caractère remarquable du bébé ne fait plus de doute. Le nourrisson porte des marques qui sont à la fois la marque de son origine (certaines particularités du père sont bien présentes sur son corps) et des signes qui, remarqués par le médecin, légitiment le commentaire, et par conséquent valident l’éloge le plus obséquieux.

27Mais cela ne suffit toujours pas et, un peu plus tard, la petite tache rouge permet à la reine d’attester sa contribution personnelle : « La Reine dit que la marque rouge qu'il a sur la nuque, à la racine des cheveux, pouvoit provenir d'une envie qu'elle eut de manger des betteraves, lesquelles on lui ôta et n'en voulut point demander31. »

28Marques du père (poils et forme du pied), marque de la mère (une tâche dite « de vin » trahissant une envie de betterave) : l’enfant est doublement relié à ses parents par des particularités physiques à la fois banales et exceptionnelles. Nul besoin de recourir à la métoposcopie (du type Cardan32) ou à la physiognomonie (du type Cureau de La Chambre33) dont les techniques n’ont rien à voir, au demeurant, avec une vague herméneutique des particularités physiques. Le fantasme d’une lecture exhaustive des signes dispersés sur la surface du corps est en grande partie une reconstruction historique diabolisant l’empirisme des sciences de l’Ancien Régime. Les textes sérieux attribuent les taches des bébés à l’imagination des mères (depuis Pline) ou à des processus physiologiques (Paré incrimine le rôle des menstruations ou du sperme dans l’apparition de ce qu’il appelle « Seings »34) tout à fait désenchantés. En juin 1642, une conférence du Bureau d’adresse de Renaudot était consacrée à ce thème très populaire. Après avoir rappelé l’importance du visage pour la connaissance du corps dans sa totalité, les différents interlocuteurs ont pu confronter leurs points de vue sur ces signatures qui découlaient, selon les uns, d’influences célestes, selon les autres, de particularités physiologiques rapportées sur la face, comme si cette dernière tenait lieu de carte géographique et anatomique35. A aucun moment, il n’est question d’anomalies corporelles ou d’une intervention du surnaturel. Toutes ces taches sont les marques de quelque chose de rationnel, de compréhensible et d’identifiable.

29La focalisation sur le visage des enfants de sang royal est un lieu commun de la littérature encomiastique. A distance, de simples évocations rappellent que le profil des héritiers du trône, qu’ils soient présomptifs ou non, fait l’objet d’une attention permanente. En novembre 1700, La Palatine décrit le jeune duc d’Anjou, futur Philippe V d’Espagne : « Il a l’air tout à fait Autrichien et tient toujours la bouche ouverte. Je le lui ai fait observer cent fois : quand on le lui dit, il la ferme, car il est bien docile ; mais, dès qu’il s’oublie, il la rouvre36. »

30Signe de prognathisme ou malformation de la mâchoire ? Le fait est que la comparaison avec l’ennemi autrichien n’est pas sans conséquence37. Pourtant, on le lui fait observer, énième truchement d’un regard qui fixe et normalise les conditions, les identités et les postures. Non seulement, on gourmande cet adolescent, mais on le force à se regarder en face, à considérer qu’à la cour de France, il est particulièrement malséant de tenir sa bouche ouverte. Surtout si une lèvre inférieure un peu proéminente peut faire penser aux ennemis Habsbourg. Tout ceci tiendrait de l’anecdotique si la numismatique n’allait pas dans le même sens : au cours des années 1640-1660, les graveurs de monnaie, et Jean Warin en particulier, se sont efforcés de diminuer le volume de la lèvre inférieure du jeune Louis XIV38. Au début, le petit Louis-Dieudonné ressemblait trop aux parents de sa mère Anne d’Autriche… La marque du sang autrichien devait être effacée comme ces « taches de vin », stigmates d’une imagination féminine débordante, que Françoise Fouquet conseillait de faire disparaître avec de la racine de bourrache et du vinaigre rosat39. En 1741, Nicolas Andry, dans sa fameuse Orthopédie, recommandait également de s’attaquer à ces verrues et autres boutons ayant pris la forme des fruits ou des légumes dont avaient rêvé d’insatisfaites parturientes40. En l’occurrence, il ne fallait pas que la marque fût trop présente et qu’elle fît écran, comme dans les cas de monstruosité, avec le reste du corps sinon l’identité du sujet. Si un Dauphin ou une petite princesse avait de quoi devenir remarquable, il fallait tout de même que les signes corporels restent à leur place.

Mettre en perspective : conjoncture et conjectures

Un Prince que sa beauté & proportion accomplie de toutes les parties de son corps ne rend pas moins aimable, que cette masle vigueur qui luit desja au travers de ses membres enfantins nous promet de trophées41.

31L’obsession de tout interpréter ou de voir des signes partout est caractéristique de la science classique. Les réflexions érudites se mêlent à une forme d’empirisme traditionnel qui tente d’établir des rapprochements pertinents notamment entre le naturel et le surnaturel. Tout a une signification ou, pour le dire mieux, tout est censé avoir un sens caché que n’importe qui peut découvrir en recourant à la technique adéquate. En 1601, à la naissance de Louis XIII, des tremblements de terre éveillent l’attention et suscitent l’inquiétude : « (…) dans le même mois il y avoit eu en ces divers endroits de l’Europe de grands tremblemens de terre ; d’où les spéculatifs concluent que puisque le ciel a fait naître ce prince d’un père qui a fait trembler l’Europe par son courage et ses exploits, il fera aussi trembler toutes les nations de la terre sous sa domination42. »

32Pas de hasard dans les affaires de première importance. Le feu follet aperçu au-dessus de Fontainebleau en mars 1607 annonçait-il la gloire du second fils de Marie de Médicis ? Pierre Dan pose la question en 1642 et termine par une conclusion pleine de sagesse :

Quelques iours apres, qui fut la nuict du dix-neuf au vingtiéme du mesme mois environ les deux heures du matin, fut veu venant comme de dessus la Chambre de la Reyne, la forme d’un Aigle environné d’une grande lumiere, qui passa sur le Iardin prés de l’horloge avec un grand éclat, comme d’un coup de tonnerre ou de canon (…). Ce qui fit advancer plusieurs beaux discours à l’advantage de ce ieune fleuron des Lys. Les uns disoient que cét Aigle estoit un presage de la future grandeur de ce petit Prince, auquel le Ciel sembloit promettre l’Empire, & que son nom, comme un coup de tonnerre éclatteroit par tout l’Univers. Les autres en faisoient diverses predictions non moins favorables : mais la fin a monstré assez qu’il ne faut rien s’asseurer sur tels & semblables signes & meteores ; car le quatriéme an & six mois de son âge, & le vingt-quatriéme iour de Novembre 1611 mourut ce petit duc d’Orleans à Sainct Germain en Laye43.

33La poésie de cour, l’astrologie et la complaisance des courtisans participent toujours, à leur manière, à l’encadrement symbolique d’un heureux événement dont le sens demeure en suspens : malgré tous les beaux discours, cet enfant allait-il survivre finalement ? Combien de temps ? Rien n’est certain, mais c’est immédiatement que ce corps chargé d’espoirs fait l’objet d’une inflation sémantique qui, d’ailleurs, ne doit pas entraîner de confusion avec la théorie des « deux corps » décrite par Kantorowicz. Nul besoin d’une fiction juridique venue de l’ère médiévale pour penser la continuité et l’hérédité. Tel le phénix renaissant de ses cendres, le petit Dauphin qui vient de naître est porteur d’une tradition et du sang d’un lignage qui, dans le cas français, le rattache aux Troyens et à des souverains légendaires comme Anthénor ou Pharamond44. Les célébrations consécutives aux naissances féminines sont moins pompeuses, on s’en doute, et c’est là un terrain que l’historiographie doit encore défricher.

34Lorsque la phase initiale de présentation est terminée, celle de l’interprétation des marques corporelles se prolonge mais dans une optique sensiblement différente de la précédente. Il ne s’agit pas d’effectuer un énième examen physique en face du principal intéressé, même sur le mode mineur du portrait littéraire, mais de tracer les lignes directrices d’une existence lisible en amont. Le thème astral, fort répandu dans les cours médiévales et modernes, va dans ce sens45. On se situe alors entre les vœux de circonstance (officiellement, on souhaite le meilleur) et l’examen des influences célestes (théoriquement, on anticipe au mieux) qui vont déterminer toute la vie du nouveau-né. Mais l’astrologie n’est pas le seul discours utilisé pour regarder vers l’avenir.

35Considérons le cas, resté célèbre, des « dents » du petit Louis XIV. Alors que Richelieu décrit le bébé en des termes plutôt flatteurs dans la lettre qu’il expédie à Louis XIII le 8 septembre 1638, il ne mentionne à aucun moment la présence de dents dans la bouche du nourrisson. Le cardinal se contente de remarquer les cheveux noirs du Dauphin et sa ressemblance avec son père46. Pourtant, soixante-dix ans plus tard, le chirurgien Pierre Dionis évoque les tourments infligés aux nourrices royales dans ses Cours d’opérations de chirurgie :

Il y a des enfans voraces qui ne trouvant pas suffisamment de lait pour les rasasier succent le mammelon avec tant de violence qu'il y vient des fentes & des crevasses à la base où il semble se vouloir séparer de la mammelle. Ce malheur est arrivé à plusieurs des nourrices du Roi, à celles qui n'avoient pas assez de lait pour contenter sa faim, il leur mordoit les bouts jusqu'au sang, & comme elles ne pouvoient pas y résister, on étoit obligé d'en changer souvent : heureusement il se trouva Madame Ancelin, natif de Montesson, qui ayant du lait en abondance, s'est trouvée la seule qui ait pu satisfaire au grand appétit de ce Prince. Elle l'a nourri pendant seize mois, & jusqu'à ce qu'il ait été en état d'etre sévré ; ainsi c'est elle qui a donné le fondement à cette forte santé qu'il a presque toujours eue47.

36Le nombre des éléments emblématiques a de quoi étonner : appétit précoce et démesuré (le roi glouton), multiplication des nourrices et incidemment des femmes (le roi galant voire satyre), morsures et blessures jusqu’au sang (le roi de guerre, le conquérant), explication d’une santé hors du commun (le roi guéri, longévité hors du commun). Tout est résumé par cette digression biographique qui passe de l’anecdotique à l’historique en opérant une mise en abyme tout à fait saisissante. Dionis connaissait sans doute les allusions, moins bienveillantes, que le juriste et diplomate Hugo Grotius avait faites au sujet de ce bébé vorace dont l’appétit annonçait, dès ses premiers mois d’existence, un épouvantable appétit de conquêtes : « futurae rapacitatis », « Caveant vicini sibi à tam matura rapacitate »48. Ces rumeurs, Limiers les a rapportées en faisant de son mieux pour les embellir :

Une circonstance remarquable, qui parut confirmer l’Horoscope de ce prince nouveau-né, fut qu’il nâquit avec des dents. Sur quoi les speculatifs firent divers raisonnemens selon leurs passions ou leurs intérêts. Les uns, sur ce qu’il metoit en sang le sein de ses Nourrices, croyaient entrevoir dès lors le pronostic de cette rapacité prematurée (comme ils l’apelloient) contre laquelle ils avertissoient ses voisins de se précautionner. Les autres, sur ce que Louïs XIII avoit été comparé à Hercule, disoient que ce jeune Heros iroit encore plus loin que son Père, & que les armes qu’il avoit aportées en naissant, étoient un presage de la force avec laquelle il domteroit un jour des monstres49.

37Certes, à cette époque, le souvenir des changelins, petits démons dentés du Moyen Âge, s’était dissipé50. Quel lettré se souvenait encore du septième fils de Mélusine, Geoffroy à la Grant’dent51 ? Le cas de Robert Le Diable, pourvu de toute sa denture dès le soir de sa naissance, était sans doute mieux connu des érudits. Et, de surcroît, le personnage mordait ses nourrices jusqu’au sang52… Il n’y avait pas loin de la voracité à la monstruosité, ce qui aurait donné un caractère subversif à la description du Dauphin Louis. Personne, à la cour, ne s’est aventuré jusque-là, mais certains y ont peut-être discrètement songé.

38En somme, le problème n’est pas tant cette tendance à la surinterprétation du moindre signe, de la moindre marque apparente, que la manière de tout mettre en perspective. L’enjeu dépasse le caractère « folklorique » de ces taches et de ces imperfections qui identifient l’enfant ou lui confèrent un caractère particulier. Le signe corporel joue avec le temps, avec la durée de vie, avec le futur d’un être à l’existence précaire mais à considérer à long terme.

39Si au XVIe et au XVIIe siècle, c’est un discours peuplé d’influences célestes et de caprices maternels qui assume l’herméneutique du corps des nourrissons, au XVIIIe siècle en revanche, le regard médical semble avoir pris le relais en reléguant l’astrologie du côté des élucubrations de circonstance53. Peu après la naissance du futur Louis XVIII, en 1755, le comte de Nicadom, ambassadeur de Saxe, découvre un enfant « si délicat et fluet du corps, des bras et des jambes, que je ne sais si on peut autant compter sur sa santé que sur celle de MM. les ducs de Bourgogne et de Berry54. » Et lorsque Madame Royale, la jeune fille de Louis XVI, est inoculée par Lassone et ses confrères en septembre 1782, les médecins rédigent un certificat attestant qu’elle jouit « d’une très-bonne santé à la suite de l’inoculation qu’on vient de lui faire avec succès et n’ayant aucun vice de conformation55. » La caution médicale exclut toute intervention du surnaturel en imposant une autre forme de rationalité, celle qui substitue les incidences cliniques aux vieilles correspondances ésotériques. Qu’en est-il d’ailleurs de l’origine des taches de vin ? En 1745, le docteur Isaac Bellet remet en cause le rôle de l’imagination féminine et préfère orienter ses recherches sur l’action des vaisseaux sanguins56.

40Il faut ensuite toute l’inspiration des révolutionnaires pour que le sort de Louis XVI soit revisité, en 1790, dans un pamphlet biographique qui ne laissait vraiment rien au hasard :

Quoiqu’il ne faille pas s’arrêter superstitieusement aux présages qui sont, pour la plupart, incertains & trompeurs (il ne laisse pas d’y en avoir quelques-uns, qui méritent une attention particulière, & desquels on peut tirer des conjectures solides & véritables. (…)
L’horoscope qu’on a tiré des circonstances critiques & déplorables, dans lesquelles Louis XVI est venu au monde, ne se trouve que trop vérifié dans le cours de sa vie. Cette chaîne désastreuse est composée d’une multitude d’anneaux malheureux qui se tiennent fortement, & qui sont comme inséparables, ainsi que je le montrerai dans la suite.
Il semble que les jours caniculaires ayent influé prodigieusement sur le caractère de Louis-Auguste, en pompant & dissipant sa cervelle, de manière qu’il n’a qu’un esprit épais, bourru, fantasque & inconstant.
2° Que sa mère, née princesse de Saxe, dont l’étymologie est pierre, roc, ou rocher, lui ait infusé en naissant, un cœur dur, comme un caillou.
3° Que la veille de la Saint-Barthellemi, jour de sa naissance, présageoit tous les fléaux qui devoient assiéger la France. On sait que le jour de la Saint-Barthellemi, Voltaire étoit attaqué d’un frissonnement involontaire, qui lui occasionnoit une fièvre périodique, tous les ans, pendant vingt-quatre heures, par le souvenir affreux de l’horrible massacre des Huguenots, ainsi il n’est pas étonnant qu’une époque aussi cruelle n’annonce de grands maux à la nation57.

41Dans ce dernier cas, la conjecture antiroyaliste a été à peine caricaturée, le style du pamphlet et la conjoncture politique expliquant assez aisément le point de vue de l’auteur. Certes, une prédiction astrologique demeure réversible et utilisable dans un sens ou dans l’autre. Il n’est guère question d’innovation en la matière : cet essai de biographie rétrospective n’a guère fait mieux que les thèmes astraux de la Renaissance qui prédisaient de grandes choses à des enfants vite emportés. Dire que l’histoire tragique du royaume était contenue dans les veines du roi, dans ses organes malades et dans le calendrier de sa naissance était d’un faible impact en 1790, si la date d’impression est bien authentique. C’est surtout l’image corporelle et morale du roi, ou ce qu’il en reste, qui est attaquée, pas tellement l’enfant né en août 1754. Les analyses de Lynn Hunt autour du roman familial de la Révolution sont connues, il est inutile d’y revenir58.

42La focalisation sur le corps du bébé puis de l’enfant royal inaugure-t-elle toujours une vie de cour rimant avec spectacle permanent ? Le problème est de savoir ce qui relie entre eux les représentations et les rituels quotidiens. En fait, on peut considérer que le style de vie curial imposé à un Dauphin ou à une petite princesse était largement conditionné, à ce que l’on peut connaître, par un ensemble de discours, de gestes et d’images faisant écran ou servant de paravent à leur banalité native. Ce n’est ni l’occultation, ni l’aliénation de cet enfant à des fins politiques qui constitue l’objectif, bien au contraire ; il s’agissait plutôt d’une forme d’intégration dans un microcosme au sein duquel, en théorie, « les Rois ne sont iamais enfans » comme plusieurs gravures du XVIIe siècle le proclamaient fièrement59.

Le jeune roi Louis XIV

Image 10000201000002CC000002C285B4E441.png

Illustration

BnF

43Le moyen terme entre la puérilité du pseudo-souverain et les symboles de son autorité virtuelle donnaient toujours lieu à un effort de la part des iconographes royaux. Mais c’était moins pour nier le stade de l’enfance que pour faciliter son intégration dans un monde adulte, morbide et violent où tout est sujet à rapport de force, éducation « libérale » ou non. Dès sa naissance, le rejeton subissait une double identification : on façonnait son identité par de l’acquis (éducation princière, rituels curiaux, etc.), tout en observant ce qui, de manière innée (anatomie, conjoncture prénatale, etc.), pouvait indiquer qui il était et surtout qui il deviendrait plus tard. L’objectif, si l’on peut dire, était de fabriquer une identité tout en identifiant une fabrication60. Bien sûr, il ne revient pas à l’historien de dire si cette forme d’éducation et de prise en charge était pertinente ou non pour l’épanouissement de l’enfant, un concept aussi incertain que celui de genre. Si le registre des émotions et des affects peut donner lieu à enquête, n’y a-t-il pas un fort risque de retomber dans un psychologisme daté ? Lorsqu’en 1551, Catherine de Médicis commande au tailleur de la connétable de Montmorency un corps (entendons, un corset) pour la petite Claude âgée de quatre ans, se soucie-t-elle avant tout de la silhouette de sa fille, de son apparence vestimentaire ou de sa colonne vertébrale déformée61 ? Peut-être des trois à la fois : la petite sera mariée sept ans plus tard au duc de Lorraine avec qui elle aura neuf enfants.

Notes

1 F. de Bretaigne, Le Roy mineur ou Panegyrique sur la personne et l’education de Louis XIV, Paris, J. Henault, 1651, p. 29-30.

2 Synthèse critique de son œuvre dans G. Gros, « Philippe Ariès, naissance et postérité d’un modèle interprétatif de l’enfance », Histoire de l’éducation, 125, 1, 2010, p. 49-72.

3 Après les travaux de M. Laget et J. Gélis, voir la récente synthèse de C. Pancino, La natura dei bambini. Cura del corpo, malattie e medicina della prima infanzia fra Cinquecento e Settecento, Bologne, Bononia University Press, 2015. J’ai opté pour une approche sensiblement différente dans mon article « Symbolique(s) de la naissance princière dans le système de la cour (XVIe-XVIIIe s.) », Naissance et petite enfance à la cour, Moyen Âge-XIXe siècle, P. Mormiche, S. Perez (éd.), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016, p. 125-138. Si l’on sait bien que l’enfant fait l’objet de discours et de pratiques normatives (gender studies), on sous-estime toutefois le fait qu’avant même la naissance, ce petit corps est associé à des éléments significatifs rapidement traduits en message symbolique par l’entourage. Pour les sociétés traditionnelles, l’identité relève prioritairement de l’inné et accessoirement de l’acquis : le symbolique transcende le sociologique.

4 Voir l’introduction de l’ouvrage d’A. Pollnitz, Princely Education in Early Modern Britain, Cambridge, Cambridge University Press, 2015.

5 L. Boursier-Bourgeois, Récit véritable de la naissance de Messeigneurs et Dames les Enfans de France, Fr. Rouget, C. H. Winn (éd.), Genève, Droz, 2000 ; W. Perkins, Midwifery and Medicine in Early Modern France : Louise Bourgeois, Exeter, University of Exeter Press, 1996.

6 Fr. Rouget, « De la sage-femme à la femme sage. Réflexion et réflexivité dans les Observations de Louise Boursier », Papers on French Seventeenth Century Literature, 48, 1998, p. 483-496 ; Kirk D. Read, « Staging the Competent Midwife: the Royal Birth Stories of François Rabelais and Louise Boursier », Birthing Bodies in Early Modern France: Stories of Gender and Reproduction, Londres, Routledge, 2016, p. 57-76.

7 Les règles, édictées par une tradition médicale remontant à Hippocrate et Galien, sont résumées dans Les Œuvres de chirurgie de Jacques Guillemeau, Rouen, J. Viret et alii, 1649, p. 307 sq.

8 Les Six couches de Marie de Médicis, éd. Chereau, Paris, Daffis, 1875, p. 116.

9 Extrait d’une lettre de Chavigny à Richelieu publié dans Lettres, instructions diplomatiques et papiers d’Etat du cardinal de Richelieu, Paris, Imprimerie impériale, 1867, VI, p. 149, note.

10 Mercure françois, 1638, p. 292. « Cette voix agreable qui résonnoit le nom d’un Dauphin, passa comme un esclair par tout S. Germain, & à peine midy fut sonné, que toute la ville de Paris fut avertie, & commença de témoigner quels estoient les premiers mouvemens de sa joye. Quantité de Messagers & couriers furent dépeschez à l’instant pour en porter les nouvelles en divers lieux » (ibid.).

11 MV 2094. Peinture destinée à servir de carton pour une tapisserie des Gobelins.

12 Peinture de Ph. de Champaigne, vers 1650, conservée à la Kunsthalle de Hambourg.

13 MV 7143 ; BnF, Estampes, Réserve QB-201 (170)-FT4 ; Jean Puget de La Serre, Le Portrait de la Reyne, Paris, P. Targa, 1644, préface, np. (la première vignette montre la reine tenant le bras de son fils le sceptre à la main).

14 Toile attribuée au cercle de Pierre Mignard, Alcudia, Fondation Yannick et Ben Jakober.

15 MV 3370.

16 Correspondance complète de Madame la duchesse d’Orléans, éd. Brunet, Paris, Charpentier, 1857, I, p. 152-153 (lettre du 18 novembre 1714).

17 Lettres de Catherine de Médicis, Paris, Imprimerie nationale, 1880, I, p. 23b-24a.

18 Ibid., I, p. 25a.

19 On consultera à ce propos la publication de la thèse d’A. Zvereva, Portraits dessinés de la cour des Valois : les Clouet de Catherine de Médicis, Paris, Arthena, 2011.

20 Journal de Jean Héroard, éd. Soulié, De Barthélémy, Paris, Didot, 1868, I, p. 4-5.

21 P. de L’Estoile, Registre-journal de Henri IV, éd. Michaud, Poujoulat, 1837, I, 2e partie, p. 5a.

22 Dictionnaire de l’Académie françoise, Paris, veuve J.-B. Coignard, 1694, II, p. 28.

23 Les Six couches, op. cit., p. 114.

24 Beaumont de Péréfixe, Histoire du Roy Henry le Grand, Amsterdam, L. et D. Elzevier, 1661, p. 16.

25 La Gazette de France, 1638, p. 506.

26 V. Dasen, « Autour du portrait romain : marques identitaires et anomalies physiques », Le portrait : la représentation de l’individu, Micrologus, 17, 2007, p. 17-33 ; M. Lentano, « La tache d’Auguste. Signes de la parenté et parenté par les signes dans la culture gréco-romaine », Images Re-vues, 9, 2011, en ligne.

27 Œuvres de Plutarque, éd. Amyot, Paris, J.-Fr. Bastien, 1784, X, p. 446.

28 A. Du Chesne, Les Antiquitez et recherches de la grandeur et maiesté des Roys de France, Paris, J. Petit-Pas, 1609, p. 594.

29 Journal de Jean Héroard, op. cit., I, p. 5.

30 « Du Roy son Père il à (sic) et les traitz et les marques » : Henri IV et sa famille, BnF, Estampes, Réserve Qb-201 (13)-Fol.

31 Ibid., I, p. 13.

32 Voir J. Cardan, Métoposcopie livre second, rééd., Paris, Th. Jolly, 1658, « Divination par les seings (ou marques naturelles) du Corps adressée au Roy Ptolémée, par Melapus Escrivain Sacré », p. 223 sq.

33 Cet auteur s’est d’ailleurs montré très critique à l’égard de la métoposcopie : L’Art de connoistre les hommes, Amsterdam, J. Le Jeune, 1669, notamment p. 355 sq.

34 Les Œuvres d’Ambroise Paré, Lyon, Veuve Cl. Rigaud, Cl. Obert, 1633, p. 702.

35 Recueil général des questions traittées ès Conférences du Bureau d’Addresse, Paris, C. Besongne, 1655, p. 369 (335e conférence).

36 Lettres inédites de la princesse Palatine, Paris, Hetzel, sd (1863), p. 219-220.

37 Mme de Motteville avait été plus diplomate dans son portrait d’Anne d’Autriche : « (…) ses lèvres n’avoient de la maison d’Autriche que ce qu‘il en falloit pour la rendre plus belle que plusieurs autres qui prétendaient être les plus parfaites. » Mémoires de Mme de Motteville, Paris, Colnet, 1822, I, p. 66.

38 S. Perez, « Les rides d’Apollon. L’évolution des portraits de Louis XIV », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 50, 3, 2003, p. 62-95.

39 Les Remedes charitables, Lyon, J. Certe, 1689, I, p. 343.

40 N. Andry, L’Orthopédie ou l’art de prevenir et de corriger dans les enfans les difformités du corps, Paris, Veuve Alix, 1741, p. 191-192.

41 La Gazette de France, 1638, p. 504.

42 P. de L’Estoile, Registre-journal de Henri IV, éd. Michaud, Poujoulat, 1837, I, 2, p. 328b.

43 P. Dan, Le Tresor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau, Paris, S. Cramoisy, 1612, p. 275-276.

44 Voir S. Perez, « Un lieu de mémoire dynastique ? Le corps du roi à l’époque moderne », Incorporation des ancêtres. Généalogie, construction du présent, dans I. Luciani, V. Piétri (dir.), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2016, p. 161-173.

45 E. Poulle, Astronomie planétaire au Moyen Age latin, Aldershot, Variorum, 1996, p. 63-77.

46 Lettres, instructions diplomatiques et papiers d’Etat du cardinal de Richelieu, op. cit., VI, p. 157.

47 P. Dionis, Cours d’opérations de chirurgie, 4e éd., Paris, D’Houry, 1740, p. 446.

48 H. Grotius, Epistolae quotquot reperiri potuerunt (…), Amsterdam, P. et J. Blaeu, 1687, p. 490-491 et 557 (trois lettres contiennent des remarques à ce sujet).

49 H.-P. Limiers, Histoire du regne de Louis XIV, 2e éd., Amsterdam, Compagnie, 1720, I, p. 2b.

50 Le changelin est un démon qui prend la place d’un enfant enlevé par le Diable : J.-M. Doulet, Quand les démons enlevaient les enfants. Les changelins : étude d’une figure mythique, Paris, Presses de l’université de Paris-Sorbonne, 2002.

51 Ce personnage à la dent de sanglier avait tout de même donné lieu à un roman souvent réédité au XVIe siècle : Les faitz et gestes des nobles conquestes de Geoffroy a la Grand Dent, Paris, N. Chrestien, sd.

52 L’Histoire terrible et merveilleuse de Robert Le Diable, Lyon, B. Rigaud, 1596, p. 12.

53 Intéressant exemple que celui de la gravure diffusée en 1782 pour représenter l’état du ciel le jour de la naissance du Dauphin, le 22 octobre 1781 : BnF, Estampes, Réserve Qb-201 (170)-FT 4 (Hennin 9848).

54 Lettre du 17 novembre 1755, citée dans C. Stryienski, La Mère des trois derniers Bourbons, Paris, Plon-Nourrit, 1902, p. 169.

55 Archives nationales, K 505, n° 13.

56 I. Bellet, Lettres sur le pouvoir de l’imagination des femmes enceintes, Paris, Frères Guerin, 1745.

57 Anonyme, Vie de Louis XVI, Paris, sn, 1790, p. 2-3. Tous les termes en italique apparaissent tels quels dans le texte original.

58 L. Hunt, Le Roman familial de la Révolution française, trad. fr., Paris, Albin Michel, 1995 ; compte rendu par A. de Baecque dans Annales ESC, 3, 52, 1997, p. 528-531. A prolonger par S. Desan, The Family on Trial in Revolutionary France, Berkeley-Los Angeles, University of California Press, 2004.

59 Bel exemple que la gravure de Moncornet figurant le jeune Louis XIV et sa mère : BnF, Estampes, Réserve Qb-201 (38)-Fol.

60 Voir S. Perez, « La fabrique du corps royal : les Maximes d’éducation pour le jeune Louis XIV », La Lettre de l’enfance et de l’adolescence, 4, 2004, p. 115-122.

61 Original : BnF, Ms. fr. 3116, fol. 81 r°. Voir également Lettres de Catherine de Médicis, op. cit., I, p. 41, notes.

Pour citer ce document

Stanis Perez, «Des corps en perspective : les enfants royaux sous l’œil de leurs contemporains (France, XVIe-XVIIIe s.)», Histoire culturelle de l'Europe [En ligne], Revue d'histoire culturelle de l'Europe, Regards portés sur la petite enfance en Europe (Moyen Âge-XVIIIe siècle), La petite enfance en représentation(s),mis à jour le : 13/03/2018,URL : http://kmrsh.unicaen.fr/mrsh/hce/index.php?id=594.

Quelques mots à propos de : Stanis Perez

MSH Paris Nord

Professeur agrégé et HDR en histoire moderne, Stanis Perez est coordonnateur de recherche à la Maison des sciences de l’homme Paris Nord (thème « Corps, santé et politique »). Chercheur, conférencier et membre de plusieurs sociétés savantes, il participe au DU d’histoire de la médecine à l’université Paris Descartes. Il est notamment l’auteur de Histoire des médecins – Artisans et artistes de la santé de l’Antiquité à nos jours, paru chez Perrin en 2015, et de La santé des dirigeants, chez Nouveau Monde en 2016. Avec Pascale Mormiche, il a codirigé les actes du colloque Naissance et petite enfance à la cour de France, Moyen Âge-XIXe siècle, un volume paru aux Presses universitaires du Septentrion en 2016.