CURR (Cultures des Révoltes et Révolutions)


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Depuis la grande crise démographique et économique du XIVe siècle qui traversa l’Europe à la fin du moyen-âge, et jusqu’aux premières secousses révolutionnaires du XVIIIe siècle, de nombreux soulèvements populaires ébranlèrent la plupart des principautés, royaumes et empires du vieux monde chrétien européen. Jacqueries paysannes, soulèvements antiseigneuriaux, émeutes urbaines et révoltes millénaristes, puritaines, voire prophétiques comme celle des camisards, mirent en mouvement des millions d’hommes qui prirent la parole, contestèrent et, parfois, s’armèrent et s’insurgèrent contre les pouvoirs établis : ils rompaient ainsi avec la norme politique, législative et parfois religieuse de leur société.

L’histoire les représente le plus souvent sous la forme de foules anonymes, sans visage et sans voix, et quand ces foules révoltées parlent et agissent, elles vocifèrent et crient, quelquefois elles détruisent et massacrent. Les deux principaux moteurs des révoltes résideraient dans la peur et dans la violence de ces masses sans nom.

A l’analphabétisme des révoltés qui n’auraient laissé que peu de témoignages écrits de ces révoltes répond la destruction des traces de la « sédition » par les autorités en place ; toutes souhaitent oublier et effacer le souvenir des rébellions, allant jusqu’à la damnatio memoriae.

Or, l’historien dispose de multiples indices pour retracer les soulèvements populaires et les analyser. Si la pratique de l’écrit était limitée, son usage était répandu, diffusé par les voies orale et iconographique. Dans les limites de l’alphabétisation, de très nombreux témoignages sont parvenus jusqu’à nous pour comprendre ces mouvements de révolte. Les apports de l’anthropologie historique offrent des angles d’approche différenciée (gestes, cris, comportements…)


Le projet d’étude des Cultures des Révoltes et des Révolutions vise à décrire, comprendre et analyser ces témoignages des révoltes par le biais de leurs productions culturelles. Ces productions apparaissent de nature variée : mises en scène, récits, monuments, proclamation, chansons, iconographies… Leurs supports sont autant de moyens de communication de la révolte, qu’il s’agisse de l’imprimerie, de l’oralité, ou de la culture visuelle.

Autour d’un groupe d’une trentaine de chercheurs, français et étrangers associés, le projet Cultures des Révoltes et des Révolutions vise à effectuer un panorama des productions et des moyens de communication  utilisés durant les révoltes et les révolutions non seulement dans le domaine français, mais aussi à l’échelle européenne, autour de 6 axes : l’iconographie, la narration, la mémoire, l’espace et les lieux de la révolte, les gestes et les comportements de la révolte et la propagande et la communication des révoltes.