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Les femmes dans l’histoire du duché de
Normandie
Women in the history of
ducal Normandy
Elisabeth VAN HOUTS
Emmanuel College, Cambridge
CB2 3AP, UK
emcv2@cam.ac.uk
Résumé: Loin de conclure que les femmes
normandes n’ont joué aucun rôle dans le processus de l’écriture de
l’Histoire, je voudrais suggérer qu’elles ont pu s’impliquer de
différentes manières dans l’histoire de leurs familles. Elles ont agi
comme des « canaux de communication historique » entre les
générations. Des femmes de l’aristocratie, s’occupant du passé, du
présent et du futur, ont stimulé la production de récits historiques
et prophétiques. Trois dossiers en particulier ont retenu mon
attention : le don du château du Homme (Cotentin) de la comtesse
Adeliza de Bourgogne aux religieuses de La Trinité de Caen en
1075; les deux versions du récit de la fondation de l’église de
Saint-Martin d’Auchy de la fin du XIe siècle et le manuscrit Paris BnF lat. 5390
(Raoul Glaber, Vie de Guillaume de Volpiano; Adson de Montier-en-Der,
L’origine et du temps d’Antéchrist et la prophétie sibylline) copié
entre 1060 et 1070.
Mots-clés: généalogie, prophétie, historiographie
médiévale, femmes, douaire, Aumale, Raoul Glaber, Adson de
Montier-en-Der, Guillaume de Volpiano, Mathilde de Normandie.
Abstract : Instead of
concluding that Norman women did not play any role in the process of
writing history, I should like to suggest that there were other ways
in which they could be involved with the history of their families.
They acted as channels of historical knowledge between the
generations. Aristocratic women, preoccupied with the past, the
present and the future, stimulated the production of historical and
prophetical narratives. Three dossiers in particular will be discussed
here : the
grant of the castle of Le Homme (Cotentin) by Countess Adeliza of
Burgundy to the nuns of Holy Trinity at Caen in 1075, the two versions
of the foundation narrative of the church of St Martin at Auchy dating
to the late eleventh century, and manuscript Paris BN Lat. 5390 (Ralph
Glaber, Life of William of Volpiano
; Adso of Montier-en-Der, The Origin and Time of
the Antichrist and the sibyline prophecy) copied between 1060 and
1070.
Keywords : genealogy, prophecy,
medieval historiography, women, dower land, Aumale, Ralph Glaber, Adso
of Montier-en-Der, William of Volpiano, Matilda of
Normandy.
Au Moyen Âge, connaître l’Histoire et la transmettre était avant
tout la tâche des clercs. Aux XIe et
XIIe siècles, les historiens normands
les plus fameux furent Dudon de Saint-Quentin, Guillaume de Jumièges,
Guillaume de Poitiers, Orderic Vital et Robert de Torigni. Tous
étaient des hommes [1].
Nous ne connaissons malheureusement pas d’historiennes normandes du
Moyen âge, quoique l’Histoire nous fournisse de nombreux exemples de
femmes qui s’intéressèrent à l’histoire du duché. Dudon de
Saint-Quentin suggère par exemple, que dans la production de son
histoire des premiers ducs normands, la comtesse Gunnor († 1031)
joua un rôle [2] ; Robert de Torigni laisse entendre
que l’impératrice Mathilde († 1167), fille du duc/roi Henri
(1100-1135), lui avait demandé de faire un ajout biographique aux
Gesta Normannorum Ducum de Guillaume de
Jumièges [3]. À son tour, Mathilde aurait pu
être inspirée, dans cette commande, par l’exemple de sa mère la reine
Mathilde II († 1118), qui demanda de l’information sur ses
ancêtres à l’historien anglais Guillaume de Malmesbury [4], et qui
avait reçu une biographie anonyme de sainte Marguerite d’Ecosse
(† 1095), sa mère, la grand-mère de l’impératrice Mathilde [5].
Ainsi la comtesse Gunnor, la reine Marguerite et les deux reines
Mathilde témoignent de manière très convaincante qu’il existait un
public de femmes nobles pour l’historiographie médiévale [6].
Les sœurs monastiques de ces femmes, les moniales, s’intéressaient
aussi à l’Histoire. Elles possédaient dans leurs bibliothèques des
livres historiques, des généalogies et des chroniques sur l’histoire
de leurs établissements [7].
Parmi les religieuses de Normandie, on trouve une femme écrivain,
l’abbesse Marsilia de Saint-Amand à Rouen, qui composa une histoire du
miracle opéré, sur une femme de son monastère, par saint Amand, patron
du lieu [8]. Ainsi, loin de conclure que les
femmes normandes n’ont joué aucun rôle dans le processus d’écriture de
l’Histoire, je voudrais suggérer qu’il y a d’autres manières où elles
purent s’impliquer dans l’histoire de leurs familles d’origine et de
celles où elles entraient. Si elles ne jouaient pas un rôle
d’écrivain, elles agissaient comme des canaux de communication
historique entre les générations, pouvaient mémoriser des événements
historiques et renseigner des historiens. Nous verrons aussi que leur
implication dans l’Histoire et dans l’écriture de celle-ci était
intimement liée au désir de contrôler leur présent et de connaître
leur futur. En résumé, des femmes de l’aristocratie, s’occupant du
passé, du présent et du futur, ont stimulé la production de récits
historiques et prophétiques.
Le passé
Je commencerai par le passé, en examinant deux documents normands
du XIe siècle qui prouvent que des
femmes de l’aristocratie furent parfois les uniques sources
d’informations historiques concernant leurs familles. Le premier
document est une charte de la comtesse Adeliza, fille du duc normand
Richard II (992-1026) et de Judith († 1018), veuve du comte
Renaud de Bourgogne († 1056) [9]. En 1075, la vieille
comtesse bourguignonne – elle avait alors plus de soixante-dix ans –
fit don aux religieuses de la Trinité de Caen de son château du
Homme (aujourd’hui l’Isle-Marie) dans le Cotentin. La charte fournit
de précieux détails sur les événements qui eurent lieu quarante ans
auparavant et qui ne se trouvent pas dans les chroniques ducales de
Guillaume de Jumièges ou de Guillaume de Poitiers. Adeliza dit
explicitement qu’elle acheta le château avec son or (de auro suo) à son frère le duc Robert le
Magnifique (1027-1035), donc avant la mort de celui-ci, quatre
décennies auparavant. À mon avis, l’achat du château par la comtesse
bourguignonne remonte probablement à la fin du règne de Robert, du
temps où il rassembla des fonds pour financer son pèlerinage à
Jérusalem [10].
L’acquisition du château serait aussi liée à la présence en
Normandie de son fils Gui, un cousin contemporain du fils du duc
Robert, Guillaume le Conquérant, qui fut élevé à la cour
normande [11]. Si le château du Homme fut conçu comme un
pied-à-terre pour Gui, il est très intéressant de voir que dans le
document caennais, sa mère Adeliza affirme explicitement qu’elle le
perdit à la suite de l’appropriation injuste par son fils Gui [12]. Nous avons ici, sans doute, une
référence explicite à la révolte de Gui contre son cousin Guillaume
pendant les années 1047-1050. Selon la version de l’histoire
d’Adeliza, Gui, à son tour, aurait donné le château à son ami et
collaborateur Néel II de Saint-Sauveur [13]. Celui-ci
revendiquait son droit sur le château qu’il avait gardé jusqu’à
présent, c’est-à-dire jusqu’en 1075. De son côté,Adeliza contrait
l’argument de Néel en soulignant que le père de Néel (Néel Ier)
avait conservé le château en tant qu’officier ducal, à titre de
vicomte, et non pas comme sa possession héréditaire [14]. La présence de la comtesse/reine Mathilde
Ière, femme de Guillaume le Conquérant, à
l’occasion du don du château à la Trinité de Caen, est lapreuve que le duc soutenait la version de
l’histoire du château racontée par sa tante la comtesse Adeliza, et
non pas celle présentée par son vicomte, Néel II de
Saint-Sauveur [15].
Mais pourquoi ce don du château au monastère de la Trinité
en 1075? Il me semble que la comtesse Adeliza essaya de contrôler le
destin du château du Homme avant sa mort, sans doute avec le
consentement de son cousin le duc Guillaume. Par ce don aux moniales
de Caen, comme Pierre Bauduin l’a signalé, elle retirait d’une
circulation future parmi les femmes de la famille ducale un domaine
anciennement donné en douaire [16]. Le domaine du Homme avait
probablement fait partie d’un douaire depuis la mère d’Adeliza,
Judith, car Le Homme se trouvait sans doute parmi des domaines du
Cotentin donnés par Richard II à sa femme, et après par Richard III
à sa fiancée Adèle de France [17]. Or, Adèle avait épousé en secondes noces Baudoin V
de Flandre et paraît avoir emporté son droit sur Le Homme avec
elle [18]. Toutefois, entre 1026 et 1075,
l’histoire du domaine du Homme n’est signalée que par la charte
d’Adeliza de Bourgogne. Dans ce contexte, il est très intéressant de
noter qu’ensuite notre information sur cette localité se trouve dans
une autre charte du monastère de la Trinité, datée de 1082, qui
déclare que Le Homme ne reviendra pas immédiatement aux religieuses,
mais passera d’abord à une autre femme de la famille ducale, en
l’occurrence la comtesse Adélaïde d’Aumale, fille de Robert le
Magnifique, sœur de Guillaume le Conquérant et donc nièce de la
comtesse Adeliza de Bourgogne, qui se vit garantir à titre viager la
possession du burgus [19]. Se pose alors la question: pourquoi la
comtesse Adeliza de Bourgogne essaya-t-elle de sortir le château du
Homme de la circulation des biens dévolus aux femmes de la famille
ducale à l’occasion des transactions matrimoniales ?
Peut-être la réponse a-t-elle été fournie par l’un des témoins du
don de 1075, Baudoin, fils du comte Gislebert, un autre membre de la
famille ducale de Normandie. Aux environs de 1050, il épousa une
femme issue de la famille ducale que nous n’avons pas identifiée,
mais qui est décrite par Orderic Vital comme une fille de la tante
(paternelle) du duc Guillaume le Conquérant [20]. Elle
serait soit une fille d’Adeliza de Bourgogne, soit une fille de la
sœur d’Adeliza (que les sources normandes ne nomment pas) qui épousa
Baudoin IV de Flandre [21]. Il est donc important pour nous de
réaliser que la femme inconnue de Baudoin, fils du comte Gislebert,
était une petite-fille du duc Richard II, qui aurait eu quelque
droit sur le château du Homme, soit parce qu’elle l’avait reçu en
douaire, soit parce qu’elle était parente directe de Robert le
Magnifique. Après la mort prématurée de cette épouse, Baudoin, fils
du comte Gislebert, se maria en secondes noces avec une femme nommée
Emma (après 1086). Il est possible que Baudoin ait été présent, à
l’occasion du don de la comtesse Adeliza, à cause des droits des
enfants que Baudoin avait eus de sa première femme, la nièce
d’Adeliza, et parce que son consentement au transfert du château aux
religieuses de la Trinité était nécessaire. Quoi qu’il en soit,
Le Homme n’arriva jamais aux mains des religieuses parce
qu’entre 1075 et 1082, la comtesse Adélaïde d’Aumale
exerça son droit sur le château, probablement comme fille du duc
Robert le Magnifique: plus tard en effet, au XIIe siècle, Le Homme figure comme le douaire
de sa petite fille, une autre Adélaïde d’Aumale. Par conséquent,
même si les femmes de la famille ducale normande ne pouvaient pas
toujours contrôler le destin de ces douaires tant qu’elles étaient
en vie, elles pouvaient faire rédiger des documents pour leur
transmission, dans lesquels elles fournissaient des détails
historiques qui expliquaient l’acquisition, l’histoire et le destin
des domaines dont elles avaient été dotées. L’information féminine,
qui est souvent de type privé, est pour nous une source parallèle à
l’information publique fournie par l’historiographie ducale.
Je voudrais à présent porter mon attention sur la comtesse
Adélaïde d’Aumale, un autre exemple de
femme dans ce rôle d’informatrice sur la connaissance du passé. La
comtesse Adélaïde, qui était la sœur du duc Guillaume par leur père
le duc Robert le Magnifique, naquit avant 1035 [22]. Elle est célèbre pour ses trois
mariages: le premier en 1053 avec le comte Enguerrand II de Ponthieu
(† 1054), qui lui donna une fille, également nommée Adélaïde
(II) [23], le second
avec le comte Lambert de Lens dont est issue une autre fille nommée
Judith, connue surtout par son mariage avec l’earl anglais Waltheof († 1076) [24] ; le
troisième et dernier, entre 1065 et 1070, avec le comte
Eudes de Champagne (après 1118), le père de son fils Etienne [25]. Elle avait donc trois enfants de trois époux:
deux filles et un fils. Adélaïde Ière a
été appelée Adélaïde d’Aumale en souvenir du comté d’Aumale au
nord-est du duché de Normandie, qui constituait peut-être un douaire
venu de son premier mari Enguerrand II de Ponthieu [26].
Elle le transféra à ses autres époux, une coutume rare, mais pas
unique dans l’histoire médiévale [27]. L’influence d’Adélaïde Ière sur deux de ses enfants, Adélaïde II et
Etienne, fut très forte à en juger par le dossier des documents
concernant l’église collégiale de Saint-Martin d’Auchy à Aumale, qui
nous fournissent de précieux détails sur le rôle d’Adélaïde Ière dans la transmission de l’histoire familiale
de son premier mari et sur celle du comté d’Aumale.
Le dossier est constitué de deux documents, qui représentent deux
versions racontant l’histoire de la fondation de l’église de
Saint-Martin d’Auchy, nommés A et B [28]: la version A présente le droit exercé par
Etienne, fils d' Adélaïde Ière, sur le
comté d’Aumale [29] et la
version B celui de la fille aînée d’Adélaïde, Adélaïde II [30]. Les
deux versions s’accordent sur le fait que l’église de Saint-Martin a
été fondée par le « vir nobilis
Guerenfridus », l’homme noble Guerenfroid, au temps du
duc Richard II – donc entre 996 et 1026 – et elles énumèrent des
dons d’Adélaïde Ière, de Judith, la sœur
d’Adélaïde, et d’autres seigneurs locaux. La version d’Etienne (A)
souligne que celui-ci confirme les dons de ses parents, sa mère, la
très noble comtesse Adélaïde, sœur du duc Guillaume, et son mari le
comte Eudes [31]. Sans date, mais remontant aux
années 1090, la version A n’indique que vaguement le lien d’héritage
entre Guerenfroid, Adélaïde Ière et son
troisième mari, le père d’Etienne. Cependant la version B,
c’est-à-dire la version d’Adélaïde II, est plus détaillée que la
version A en ce qui concerne le lien précis entre les générations et
surtout entre l’homme noble Guerenfroid et Adélaïde Ière. La charte B affirme que le premier mari
d’Adélaïde, le comte Enguerrand II de Ponthieu, est le fils d’une
femme nommée Berthe, et que cette Berthe est la fille de
Guerenfroid [32]. En détaillant
les liens de parenté entre Enguerrand et son grand-père Guerenfroid,
la fille d’Enguerrand, Adélaïde II, mettait l’accent sur son
ascendance directe, par son père Enguerrand, avec sa grand-mère
paternelle Berthe, l’héritière de Guerenfroid. En outre, le document
B donne à Adélaïde II le même titre que sa mère: comitissa, et se réfère donc à elle comme
comtesse Adélaïde, fille de la comtesse Adélaïde Ière, qui après la mort de ses parents succéda à
« l’imperium » d’Aumale [33]. Il est évident que
la charte remonte à une période où Adélaïde II avait été reconnue
comme l’héritière d’Aumale, une position semblable à celle de sa
grand-mère paternelle Berthe, fille de Guerenfroid.
Comment pouvons-nous concilier les deux versions du dossier
d’Aumale qui représentent les droits contradictoires des deux
enfants d’Adélaïde Ière? La question est
fascinante parce que nous savons qu’Etienne survécut à sa sœur aînée
et qu’il gouverna Aumale jusqu’à son exil en dehors de Normandie en
1127 [34]. Dans
quelle mesure et à quelle période Adélaïde II eut-elle besoin de
souligner sa position d’héritière? Nous savons qu’après la mort
d’Adélaïde Ière, entre 1086
et 1090 [35] ,
Etienne, peut-être avec son père Eudes, fut chargé de la défense
d’Aumale en 1089/1090 [36]. Nous savons aussi qu’il donna une
charte à l’abbaye Saint-Lucien de Beauvais en juillet 1096 avec
le consentement de sa sœur Adélaïde II [37] et qu’il gouverna Aumale après
son retour de Jérusalem en 1100 jusqu’à son exil. Je voudrais
suggérer qu’Adélaïde II profita de l’absence de son demi-frère
Etienne pendant la première croisade quand il accompagna le duc
Robert Courteheuse (1087-1106, 1134) à Jérusalem entre
septembre 1096 et 1100 [38]. Pendant cette période, Adélaïde II eut la
chance de gouverner le comté et de revendiquer son droit comme
enfant unique d’Enguerrand de Ponthieu, seigneur d’Aumale. Sans mari
et sans enfants, elle n’avait aucune chance de prolonger la dynastie
de sa mère, et elle n’aurait remplacé Etienne que temporairement
comme régente. Pendant sa régence, Adélaïde II eut l’opportunité de
réviser le document de la fondation de Saint-Martin d’Auchy pour
donner des détails sur son origine, en tant qu’héritière
d’Enguerrand II. L’information sur la généalogie de ses ancêtres,
fournie sans doute par sa mère Adélaïde I, témoigne de l’importance
qu’attachait Adélaïde II à son droit d’héritière sur Aumale et de
l’importance de la connaissance de l’histoire pour prouver ce
droit.
Nous ne savons pas quand Etienne revint de Jérusalem ni à quel
moment précis il reprit le gouvernement d’Aumale. Les sources
provenant des domaines anglais de l’héritage d’Adélaïde Ière suggèrent que mon hypothèse d’une régence
d’Adélaïde II n’est pas valide. En1095-96, le comte Eudes et son
fils Etienne furent impliqués dans une révolte contre le roi
Guillaume le Roux ; quelques Anglais proposèrent à cette
occasion le jeune Etienne comme roi (sans doute en qualité de
petit-fils de Robert le Magnifique) ; l’affaire provoqua
l’incarcération du comte Eudes et le départ d’Etienne pour la
croisade [39]. à cause de cette révolte, le roi donna
les domaines anglais, le comté d’Holderness en particulier, à Arnulf
de Montgommery, qui le gouverna jusqu’à sa propre révolte en
1102 [40]. Il existe donc une
possibilité réelle pour que pendant six ans, de 1096 à 1102, le
comté d’Aumale ait été aux mains d’Adélaïde II, pas en tant que
régente à la place d’Etienne, mais à titre personnel. Les
circonstances de la restitution d’Aumale à Etienne ne sont pas
connues [41].
Ironiquement, après la mort des deux Adélaïde d’Aumale, il
émergea une troisième Adélaïde, la petite fille d’Adélaïde I, fille
d’Etienne et de sa femme Hawise de Mortemer. Cette Adélaïde reçut un
douaire dont nous avons déjà parlé, en l’occurrence Le Homme en
Cotentin. Elle ne donna pas le château, mais l’église du Homme à
l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la fondation de la famille de
Néel de Saint-Sauveur, l’ancien adversaire de la comtesse Adeliza de
Bourgogne [42]. Le témoignage du douaire d’Adélaïde III
explique donc que si Adélaïde I fit honorer le don de Le Homme aux
religieuses de Caen par sa tante Adeliza de Bourgogne, elle ne l’a
fait que pour le château et pas pour l’église. Indirectement elle
avait contribué à rediriger la possession d’une partie du domaine du
Homme de la famille ducale et comtale vers l’abbaye familiale de la
famille de Saint-Sauveur, ennemie de longue date de sa tante.
Les deux exemples du château du Homme et du comté d’Aumale
montrent que la connaissance historique n’était pas seulement
importante pour les hommes, mais aussi, et peut-être surtout, pour
les femmes, parce que la connaissance de la généalogie familiale et
de la transmission des domaines familiaux était essentielle pour
connaître les droits des membres masculins et féminins de la
famille, et surtout, essentielle pour que les femmes exercent leurs
droits en l’absence des hommes. Mes deux exemples soulignent aussi
le fait que s’intéresser au passé n’était pas exclusivement du
domaine masculin. Au contraire, l’implication féminine dans
l’histoire et la généalogie familiale constituait une tâche qui
demandait la collaboration des hommes et des femmes au Moyen
Âge.
Le futur
Je terminerai sur l’engagement féminin vis-à-vis du futur. Par
rapport au passé, l’engagement féminin était directement lié à cette
implication dans le présent et le futur. L’angoisse du futur
s’inspirait des récits prophétiques qui sont en réalité des images
en miroir des récits historiques. Retournons à la Bourgogne du temps
de la comtesse Adeliza, de son mari le comte Renaud de Bourgogne et
aussi du temps de l’abbé Guillaume de Volpiano († 1031), dont
le colloque de Fécamp commémore la venue. Son contemporain l’abbé
Adson de Montier-en-Der [43] est l’auteur de
l’un des plus fameux textes prophétiques du Moyen âge, De ortu et
tempore Antechristi [44]. Composé à la demande de la reine Gerberge
de France, l’arrière-grand-mère du comte Renaud, le traité sur
l’Antéchrist est une petite histoire de l’ennemi de Dieu, et aussi
une tentative d’établir la date de la fin du monde. On peut
expliquer la requête royale et l’intérêt de la reine Gerberge pour
le problème de l’Apocalypse en considérant l’angoisse de la reine
pour l’avenir des enfants qu’elles avait eus de deux unions
différentes. Les enfants de son premier mariage avec le comte
Gislebert de Lorraine († 939) étaient menacés par le roi Louis
IV, le père de ses autres enfants [45]. Pour guider sa stratégie maternelle, la
reine Gerberge avait besoin d’information sur le futur. Grâce à sa
protection, l’abbé Adson lui fournit ce texte. Dans le contexte de
notre colloque sur Guillaume de Volpiano il est très intéressant de
constater que le manuscrit le plus ancien de texte sur l’Antéchrist
est aussi le manuscrit le plus ancien de la Vie de l’abbé Guillaume
composée par Raoul Glaber [46] et enfin pour un
troisième texte qui les accompagne, une prophétie sibylline [47].
L’importance de ce manuscrit (Paris, BnF, ms lat. 5390) est d’autant
plus grande si nous réalisons qu’il est une copie exécutée
entre 1060 et 1070 à Fécamp par ordre de l’abbé Jean de
Ravenne (1028-78) [48].
Sans doute l’autorité de Guillaume de Volpiano comme celle d’Adson
de Montier-en-Der et de l’abbé Jean de Ravenne, qui connaissait bien
Guillaume de Volpiano, soulignent la valeur des textes prophétiques.
La réputation spirituelle des trois abbés aurait donc donné une
valeur supplémentaire aux textes prophétiques composés et copiés
pour des reines et des femmes de l’aristocratie.
En considérant la date de la copie du manuscrit de Fécamp,
entre 1060 et 1070, je voudrais suggérer, comme je l’ai
fait il y a deux ans, au colloque sur la Tapisserie de Bayeux, que
les trois textes auraient été copiés pour la duchesse Mathilde,
femme du Conquérant, au temps de la conquête normande de
l’Angleterre [49]. La duchesse Mathilde, comme la reine Gerberge,
avait beaucoup de raisons de se faire du souci pour son mari, qui
préparait son invasion de l’Angleterre, pour ses enfants présents et
surtout à venir. Elle était particulièrement angoissée du fait
qu’elle était enceinte de sa fille Adèle, née au commencement de
l’année suivante (1067), même si la naissance à venir était vue
comme un présage favorable. Les femmes de l’aristocratie et surtout
les mères étaient toujours intéressées par le futur, appréciant
beaucoup les textes prophétiques et recherchant des conseils des
prophètes. Par exemple, selon Orderic Vital, la même duchesse
Mathilde consulta un prophète allemand pendant les périodes
prolongées de désaccord entre son mari Guillaume et son fils aîné
Robert Courteheuse pour connaître le futur de la dynastie
normande [50].
Les craintes de Mathilde pour son mari et pour son fils émanaient
de son impuissance à contrôler le présent et le futur. Dieu avait
charge du futur mais on avait besoin des prophètes pour expliquer
les signes de Dieu. La peur et l’angoisse du futur se cristallisent
sur les moments de changements dynastiques. L’année 1066 fut l’un
d’eux et il y en eut d’autres à la fin du XIe siècle et au début du XIIe siècle quand les fils du Conquérant,
Robert Courteheuse, Guillaume le Roux et Henri Ier, connurent des
désaccords. Le temps des fils du Conquérant fut marqué par une
crainte pour l’avenir avec notamment le danger réel d’un changement
dynastique. L’auteur de la Brevis Relatio, une petite histoire sur
Guillaume le Conquérant, composée entre 1114 et 1120,
avait inclus la prophétie suivante : le lignage ducal, qui
s’était étendu sur sept générations, de Rollon à Henri Ier
(1106-1135), devait subir une période de mésaventures pendant la
génération suivante [51].
Ces indications avaient aussi de l’intérêt pour les hommes de la
cour d’Henri Ier pour la connaissance du futur, surtout après la
mort du fils de ce dernier, Guillaume Adelin, en 1120. L’absence
d’héritiers nés de son épouse brabançonne, Adeliza de Louvain,
constituait un sujet d’angoisse profonde [52].
Mais les témoins les plus anciens des horoscopes se réfèraient à la
génération suivante, pendant le règne du roi Etienne en Angleterre
et le principat du duc Geoffroy d’Anjou en Normandie [53]. L’idée des sept générations heureuses
est aussi présente dans les Gesta Normannorum
Ducum, l’histoire des ducs normands, de Rollon à Guillaume le
Conquérant, qui est en effet divisée en sept livres, un livre pour
chacun des ducs. La division posa un problème monumental à Robert de
Torigni, le rédacteur des Gesta, à qui l’impératrice Mathilde
demanda d’ajouter un livre sur son père Henri Ier. Pour éviter
d’écrire un livre sur la huitième génération ducale et d’encourager
ainsi la prophétie d’une future catastrophe pour ces ducs, Robert
porta le nombre de livres de huit à sept, en considérant le premier
livre comme une introduction non numérotée. Par conséquent, le
second livre devenait le premier livre et le livre supplémentaire,
sur Henri Ier, le septième [54].
La peur d’une catastrophe dynastique après la septième génération
n’était pas une frayeur exclusivement normande, parce qu’une
semblable angoisse est constatée parmi des membres de la famille
capétienne au XIIe siècle. Il est
très intéressant que cette peur soit déjà présente, bien que sous
forme implicite, dans la prophétie sibylline recopiée dans le
manuscrit de Fécamp. Ce texte contient de longs passages sur les
lignages dynastiques d’empereurs, de rois et de princes anonymes.
L’anonymat des lignages transformait le texte en un support idéal
pour des interprétations spécifiques à chaque type de public. Toute
femme et tout homme qui avait une copie de la prophétie sibylline
pouvait donc identifier de vagues événements mentionnés dans le
texte à des faits de son propre temps. Par conséquent, cette femme
ou cet homme pouvaient croire qu’ils connaissaient le futur et agir
pour le mieux sur lui. Depuis les temps classiques, les Sibylles
avaient toujours été associées aux changements dynastiques [55]. Un Père de l’Eglise
comme saint Augustin a même considéré ces prophéties comme plus
importantes que les prophéties bibliques. Au XIIe siècle, le philosophe Abélard affirme
explicitement que les Sibylles devaient leur autorité prophétique à
leur virginité [56]. L’insertion de la prophétie sibylline
Tiburtienne (Sibylla Tiburtina) dans le manuscrit de
Fécamp représente donc un témoignage important de l’acceptation par
la cour normande de l’autorité de Sibylle, soutenue par l’abbé Jean
et indirectement par Guillaume de Volpiano.
En conclusion, les démarches historiographiques d’Adeliza de
Bourgogne et des deux Adélaïde d’Aumale signalent que la
préservation de l’information historique n’était pas exclusivement
une tâche masculine. Le processus de collecte et de
conservationdes informations sur le passé
découle d’une interaction entre les deux sexes. De la même manière,
la connaissance et l’interprétation du futur résultent d’une
collaboration entre les hommes et les femmes. Les femmes de
l’aristocratie, et parmi elles surtout les mères, avaient besoin de
renseignements fiables sur le futur. Bien que le futur fût dans la
main de Dieu, des abbés se faisaient les sincères interprètes de
prophéties destinées à ces femmes. Guillaume de Volpiano, pour sa
part, connaissait l’importance de la prophétie. Selon son biographe,
Raoul Glaber, il dut son destin d’ecclésiastique à sa mère Perinza
qui, à la suite d’un rêve prophétique, décida que Guillaume était
destiné au service de Dieu [57]. Ce thème est un lieu commun de
l’hagiographie, mais il souligne la croyance de la femme
aristocratique aux prophéties aussi bien que le rôle des mères en
tant qu’informatrices, et parfois de prophètes, de l’histoire de
leurs enfants.
Bibliographie
Adso Dervensis de ortu et tempore
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Daniel Verhelst, Corpus Christianorum continuatio Mediaevalis,
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1 | Shopkow, 1997. Pour l’histoire du genre, voir
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moribus et actibus primorum Normanniae ducum, éd. Jules Lair, Caen, Mémoires de la
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Gesta Normannorum Ducum of William of Jumièges, Orderic Vital and
Robert of Torigni, éd. Elisabeth Van
Houts, Oxford, Clarendon Press (Oxford Medieval Texts), 1992,
I, p. LXXXIII-LXXXIV [ci-après GND]. | 4 | Guillaume de Malmesbury, Gesta Regum
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1991, p. 144-147 sur l’éducation et les bibliothèques en France
médiévale ; il manque une étude sur les nonnes et
l’historiographie en Normandie. Pour l’Allemagne ottonienne,
voir Corbet, 1986. | 7 | Van Houts, 1992, p. 53-68. | 8 | Van Houts, Elisabeth, « L’oralité dans
l’hagiographie normande au XIe et XIIe siècles », in Les
Saints dans la Normandie médiévale, Actes du colloque de
Cerisy-la-Salle (26-29 septembre 1996), éd. Bouet Pierre, Neveux Francois, Caen, Presses Universitaires
de Caen, 2000, p. 83-94; Platelle,
1967, p. 83-106. | 9 | Bates, David, Regesta Regum Anglo-Normannorum. The Acta of William I
(1066-1087), Oxford, Clarendon Press, 1998, n° 58,
p. 270. [Ci-après Regesta…] | 10 | GND, II, p. 80-81 ; sur le
financement du pèlerinage, voir Musset, 1962, p. 149-150. | 11 | GND, II, p. 120-123 ; The Gesta Guillelmi of William of Poitiers, éd.
Ralph Henri Carless Davis, Marjorie
Chibnall, Oxford, Clarendon Press
(Oxford Medieval Texts), 1998, p. 8-13, p. 32-35,
p. 42-43. | 12 | Bates, Regesta…,
n° 58, p. 270 : Quod postea
Guido, filius suus iniuste sibi auferens, dedit illud Nigello
vicecomiti. | 13 | | 14 | Bates, Regesta…, n° 58, p. 270 : Si autem prefatus Nigellus dixerit se hoc iure
hereditario habuisse, sciendum est quia pater eius hoc aliter minime
habuit, nisi quia vicecomes erat eiusdem patrie, et precepit sibi
comitissa Adeliz ut sibi inde veluti minister serviret ;
Delisle, 1867,
p. 4-6. | 15 | Pour la
présence de Mathilde, voir Bates,
Regesta…, p. 92-93. | 16 | Je remercie Pierre Bauduin de m’avoir fourni une copie de son
article avant publication. | 17 | Fauroux, Marie, Recueil des actes des ducs de Normandie de 911 à 1066
i, Caen, Mémoires de la Société des Antiquaires de
Normandie, t. xxxvi, 1961
[ci-après Recueil…], n° 11,
p. 82-85 (Brix, p. 85 « Bruet ») et n° 58, p. 180-182
(p. 182 : castella que ibi habentur,
videlicet Carusburg cum eo quod dicitur Holmus et eo quod dicitur
Brusco cum iis que ad hec aspicere videntur) ; Bauduin, à paraître, [p. 8,
12]. | 18 | Bauduin, à paraître
[p. 13]. | 19 | Bates, Regesta…, n° 59, p. 271-86 à la
p. 278: donavimus burgum de Hulmo cum
reditibus suis Adelissa amita mea [sc. Rex Willelmus I] benigniter
annuente, cuius hereditas erat, sed et comitissa A (delissa) de
Albemarla concedente, eo videlicet pacto ipsa teneret in vita sua,
post obitum vero suum ad victum sanctimonialium sancta possideret
ecclesia. On peut noter, avec P. Bauduin, que Le Homme
est cité parmi les biens usurpés à la Trinité de Caen sous le
règne de Robert Courteheuse (Walmsley,
Charters, p. 127 : et Hulmum aufertur Sancte Trinitati
iniuste). | 20 | The Ecclesiastical History of
Orderic Vitalis, éd. Marjorie Chibnall, Oxford, Clarendon Press (Oxford
Medieval Texts), 1969-1978, IV, p. 208 [ci-après Orderic vital, H. E.]: et filiam
amitae suae uxorem dedit [sc Guillemus dux]. Elle fut la
première femme de Baudoin, nommée Albreda
dans un document de v. 1340, voir Dugdale, V, p. 377. | 21 | Fauroux, Recueil…
n° 59, 61 ; Musset, 1967,
n° 2, 8, 11 ; Domesday Book,
I, f. 107 : uxor
Balduini. | 22 | Il n’y a aucun doute qu’Adélaïde fut une
fille de Robert le Magnifique et donc une demi-sœur de Guillaume le
Conquérant, voir, Orderic vital, H. E. II, 264 : filiam scilicet Rodberti ducis. Elle a été
identifiée comme sœur utérine (soror
uterina) – dans le sens de demi-sœur paternelle – par Robert
de Torigni (GND, II, p. 272). Cf.
aussi Robert de Torigni sur Guillaume d’Eu, frère utérin de Richard
II par leur père, Richard I (GND, II,
p. 128). Dans sa Chronique, Robert de Torigni (Chronicle…, éd. Richard Howlett, p. 24) identifie Adélaïde
comme unam filiam nomine Aeliz de alia
concubina. | 23 | | 24 | Vita
Waldevi, éd. D. Giles,
p. 10 : Juettam, filiam comitis
Lamberti de Lens. Cette source est le seul témoin pour
l’identification du second époux d’Adélaïde. | 25 | GND,
II, p. 270 ; Orderic vital,
H. E., II, 264-4 ; IV,
182-183. | 26 | Pour l’histoire d’Aumale, voir Bauduin, 1998, p. 404-431. Je remercie
Pierre Bauduin de m’avoir fourni une copie de sa thèse en
microfiche. Pour une histoire anglaise, voir English, 1979, p. 14-17. | 27 | Le Jan, 1995,
p. 369 ; p. 371 et Bauduin, à paraître
[p. 13-15]. | 28 | Je suis Pierre Bauduin pour les sigles utilisés pour
ces documents. | 29 | Musset, 1961, p. 32-35 ; Bauduin, 1998, p. 405. | 30 | Stapleton, 1836, p. 358-60 ; Bauduin, 1998, p. 406. | 31 | Musset, 1961, p. 32 : jussu Addelidis nobillissime comitisse sororis
sicilicet Willelmi regis anglorum que ideo apicibus commendari
voluit, confirmante viro suo, videlicet Odone comite, una con filio
suo Stephano… | 32 | Stapleton, 1836, p. 358 : jussu Enguerrani consulis qui filius Bertae
supradicte Guerenfridi filie et Delidis comitisse uxoris sue,
sororis scilicet Willelmi regis… | 33 | Stapleton, 1836, p. 358 : Et quicquid beneficii eidem ecclesie supradicti
antecessores concensserunt, Addelidis comitissa supradicti
Engueranni et supradicte Adelidis filia, que post obitum illorum in
inperio successit, confirmat. | 34 | | 35 | Adélaïde Ière était encore
en vie en 1086 (Farley (éd.), Domesday Book II, fol. 91b [Essex] and 431b
[Suffolk]), mais morte en 1089/1090 quand son fils Etienne (Orderic vital, H. E., IV, p. 182) ou son mari Eudes
(The Chronicle of John of Worcester, éd.
Reginald Ralph Darlington, Patrick
McGurck, Jennifer Bray, Oxford, Clarendon Press (Oxford
Medieval Texts), 1995-1998 [ci-après Jean de
Worcester], III, p. 57) sont dits être en possession
d’Aumale. Elle est de manière certaine décédée en 1096 quand sa mort
est mentionnée dans une charte de son fils pour Saint-Lucien de
Beauvais (voir ci-dessous, note n° 37). | 36 | | 37 | Gallia
Christiana, XI, Instr. XV, col.19-20 : consensu simul et corroboratione sororis meae
Adelidis. | 38 | David, 1920,
p. 228 ; English, 1976,
p. 15. | 39 | Jean de Worcester, III,
p. 76-77. | 40 | English, 1976, p. 13-14 et Farrer, 1916, III, p. 26-32, avec une
généalogie familiale à la p. 87. | 41 | David, 1920, p. 158 signale qu’en 1104,
Etienne, en tant que comte d’Aumale, salua le roi Henri Ier pendant sa visite en Normandie (Orderic vital, H. E., VI, p. 56). | 42 | Bauduin à paraître [p. 12, n. 76]
et Round, 1899, n° 971,
p. 346-347. | 43 | Il
n’est pas certain que les deux hommes, Guillaume et Adson, se soient
rencontrés. Je remercie Neithard Bulst
pour l’information donnée sur ce point. | 44 | Adso Dervensis de ortu et tempore antichristi necnon
et tractatus qui ab eo dependunt, éd. Daniel Ver–helst, Corpus
Christianorum continuatio Mediaevalis, xlv, Turnhout, Brepols, 1996,
p. 20-21. | 45 | Le Jan, 1995,
p. 369-370. | 46 | Rodulfus Glaber Opera,
éd. John France, Neithard Bulst, Paul Reynolds, Oxford, Clarendon Press (Oxford
Medieval Texts), 1989, p. 254-299, [ci-après Rodulfus]. | 47 | Sackur, 1898, p. 177-187. | 48 | Ibidem, p. XCIV-XCV et Bulst, 1974, p. 453-454. | 49 | Van Houts, à paraître ; je voudrais
mentionner le fait que Neithard Bulst
n’est pas d’accord avec ma suggestion parce que les trois textes
mentionnés ont été réunis dans un livre manuscrit intitulé In Omeliis Gregorii, c’est un ensemble purement
monastique et donc, selon Neithard Bulst, pas opportun pour une
reine. | 50 | Orderic vital, H. E., III,
p. 104-108. | 51 | Van Houts, 1997, p. 42-44. | 52 | Wertheimer,
1995, p. 100-115 ; Stafford, 2000, p. 4-27. | 53 | | 54 | | 55 | | 56 | Abelard, Epistola, éd. Jacques-Paul Migne, PL 178,
c. 246-7. | 57 | |
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