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Les chartes originales de l’abbaye de Jumièges
jusqu’en 1120
The original charters of Jumièges before
1120
Benoît-Michel TOCK
Université Marc Bloch-Strasbourg II - UMR
7002-ARTEM (Nancy II)
tock@umb.u-strasbg.fr
Résumé: Les chartes de l’abbaye de Jumièges sont
un des plus riches fonds d’archives pour la Normandie du XIe siècle. Un grand nombre d’entre elles sont
conservées en original. Grâce à une nouvelle base de données sur les
chartes originales antérieures à 1121 conservées en France (Artem,
CNRS-université de Nancy 2), il est possible de mieux étudier cette
documentation, en elle-même et par rapport aux autres chartes
françaises contemporaines. Il y a entre les actes divers liens
textuels, qui témoignent d’une rédaction commune, mais la diversité
formelle est très grande. La validation se fait essentiellement par la
souscription non autographe, renforcée par des croix autographes.
Jumièges maîtrise sa diplomatique de manière largement autonome;
l’influence de Tours et de Marmoutier, réelle, n’est pas
écrasante.
Mots-clés: Jumièges, chartes, XIe
siècle, diplomatique, datation, paléographie, souscription.
Abstract: The archives of Jumièges abbey are
one of the richest in 11th cent. Normandy. Most of the charters of
Jumièges are preserved as originals. Thanks to a new database of the
original charters prior to 1121 preserved in France, it is possible to
study these charters and their connections to other French charters.
Many of the Jumièges charters have same formulas, and this proofs that
they were drafted by the monks of Jumièges. But there is a great
formal diversity. The only validation of those charters is the
subscription, which is not autograph, with the exception of the
subscription crosses. Generaly speaking, Jumièges is master of its own
diplomatics; the influence of Tours and Marmoutier isn’t
overwhelming.
Keywords: Jumièges, charters, XIth century,
diplomatic, dating, palaeography, subscription.
Rouen, Arch. dép. Seine-Maritime ; 9 H 1747 (Artem
2693). Cliché Artem, reproduit avec l'aimable autorisation
des Archives départementales de la Seine-Maritime. |
Rouen, Arch. dép. Seine-Maritime ; 9 H 29 (Artem
2691). Cliché Artem, reproduit avec l'aimable autorisation
des Archives départementales de la Seine-Maritime. |
Si les chartes de Jumièges ont fait l’objet, dès 1916, d’une
édition [1], elles n’ont pas
encore vraiment été étudiées du point de vue de la diplomatique, en
dépit de l’introduction de l’édition de Vernier [2]. Le vaste et prometteur
projet de traitement des sources normandes médiévales est l’occasion
d’un réexamen de ces actes, à la lumière d’une base de données
relatives aux chartes originales antérieures à 1121 conservées en
France [3].
1. Le groupe des actes de
Jumièges
Jusqu’en 1204, l’édition de Vernier comprend 247 documents,
édités d’après des originaux (155), des cartulaires (67), des
vidimus ou autres copies (20) et des éditions (5) [4]. 55
de ces actes sont antérieurs à 1121, mais nous n’en avons, dans
notre base de données, que 36: la différence vient de ce que nous
n’avons pris en compte que les seuls actes conservés en original.
Parmi ces actes originaux, quatre actes royaux seulement: un acte de
Charles le Chauve daté de 862 [5],
d’ailleurs conservé aux Archives Nationales; un acte de Robert le
Pieux daté de 1027 [6] et deux actes du roi d’Angleterre, l’un de
Guillaume le Conquérant (1066-1087) [7], l’autre de Henri Ier
Beauclerc, datable de 1100-1107 [8]. On constate ainsi
que le nombre de diplômes conservés en original est faible, en
regard du nombre total des diplômes reçus par Jumièges et conservés
en copie (sans compter, éventuellement, d’autres actes qui auraient
entièrement disparu): 4 originaux sur 12 diplômes, soit 33 % des
diplômes antérieurs à 1121, alors que dans la même période, la
proportion moyenne d’actes conservés en original à Jumièges, hors
diplômes, s’élève à 75 %.
Encore n’est-il pas sûr que l’acte de Charles le Chauve ait été
conservé dans les archives de Jumièges. Cet acte, en effet, notifie
un échange intervenu entre l’abbé de Jumièges, Gauzlin, et un
certain Garnier, vir inluster. Or cet
acte est, au moins depuis la fin du XVIIe
siècle et son édition par dom Mabillon [9], conservé dans les archives de
l’abbaye de Saint-Denis. Qu’en était-il auparavant? Quand et comment
ce diplôme a-t-il intégré les archives de Saint-Denis? Il existe
trois éléments de réponse. On peut d’une part noter que puisqu’il
s’agit d’un échange, le document a pu être conservé par Jumièges ou
par Garnier [10]. D’autre part, remarquer qu’après
862, le nom d’Heubécourt (le bien reçu par Jumièges dans le cadre de
cet échange) n’apparaît plus jamais dans les chartes de Jumièges,
qui a sans doute perdu tout droit sur ce bien. Enfin, relever qu’il
n’y a aucune trace de conservation de ce diplôme à Jumièges: pas de
vidimus, pas de copie dans un des nombreux cartulaires, pas non plus
de copie d’érudit au XVIIeou au XVIIIe
siècle, qui aurait pu être faite d’après un autre état du document.
Dernier indice: à part ce diplôme de Charles le Chauve, il n’y a pas
d’autre original de Jumièges conservé avant 984: c’est-à-dire qu’il
n’y a plus d’original de Jumièges avant la réforme de l’abbaye en
940-945 [11].
Dès lors, le plus probable est que le diplôme de Charles le Chauve,
soit a été conservé par Garnier, puis est entré, d’une manière
inconnue, dans les archives de Saint-Denis; soit, peut-être, a pu
être conservé dans des archives palatines au sujet desquelles nous
savons très peu de choses, et qui ont pu être soit conservées, soit
transférées à Saint-Denis. Hypothèse trop audacieuse, peut-être [12].
Quoi qu’il en soit, les diplômes n’ont pas fait l’objet d’une
forte volonté de conservation à Jumièges [13]. Laissons-les donc de côté, de même que les
bulles pontificales, puisque de toute façon, on n’en connaît aucune
pour Jumièges avant celle d’Eugène III en 1147 [14]; concentrons-nous sur les actes dits privés, au
nombre de 33.
Il est difficile d’en étudier la répartition chronologique, parce
que beaucoup ne sont pas datés. On doit donc travailler avec des
périodes larges, et en attribuant les actes non datés à la période
dans laquelle se situe leur terminus ante
quem. Comme il n’y a qu’un acte pour le Xe siècle, un acte donné par l’évêque de Chartres
Eudes en 984, on peut se concentrer sur le XIe et le début du XIIe
siècle. Si on isole cette période, on peut observer la
répartition suivante:
|
Jumièges |
France |
| |
Nb d’actes |
Pourcentage |
Nb d’actes |
Pourcentage |
| 1001-1050 |
11 |
35,4 |
556 |
17,1 |
| 1051-1100 |
14 |
45,1 |
1676 |
51,6 |
| 1101- |
6 |
19,3 |
1022 |
31,5 |
| Total |
31 |
100 |
3244 |
100 |
On constate une place particulièrement importante de la première
moitié du XIe siècle. Beaucoup d’abbayes
ont d’ailleurs une période de leur histoire au cours de laquelle
elles comptent de nombreux actes: à Cluny, c’est le Xe siècle; à Marmoutier les années 1060-1100.
Les actes émanent rarement d’autorités: on ne compte que deux
actes épiscopaux. L’un est le plus ancien original conservé dans les
archives de l’abbaye: il s’agit d’une donation de terre par l’évêque
de Chartres Eudes en 984 [15]. Dans la
charte donnée en 1020-1030 par Hugues, évêque de Bayeux, ce n’est
pas vraiment l’autorité épiscopale qui est en cause: l’évêque, qui
précise dans sa titulature qu’il est le fils du feu comte Raoul
[d’Ivry], donne à l’abbaye une terre à la demande d’un de ses
proches (quidam meus miles vehementer michi
carissimus) qui était entré comme moine à Jumièges et
souhaitait que la terre qu’il tenait de Hugues alors qu’il était
dans le siècle entre dans le patrimoine de l’abbaye.
S’il n’y a que deux actes épiscopaux, il n’y a, du moins en
original, aucun acte ducal [16]. Il y a bien cinq actes
comtaux, mais ils émanent de comtes de second niveau (Montgommery,
Talou, Meulan, Evreux). Il y a surtout sept actes monastiques, dont
4 actes de l’abbaye de Micy, au diocèse d’Orléans. Les autres actes
ont comme auteur des particuliers.
Mais qu’entend-on par « auteur »? En diplomatique, il s’agit de
celui au nom duquel l’acte est établi, qui déclare assumer la
responsabilité de l’acte. Mais il n’y en a pas toujours. Parfois,
l’acte est rédigé à la troisième personne: il décrit donc simplement
une action juridique; on l’appelle alors « notice ». Or, à cet égard
les choses sont nettes: jusque 1069, tous les originaux conservés
sont des chartes, sauf l’acte notifiant un échange avec l’abbaye de
Bourgueil en 1012. Après 1070, apparaissent les notices, qui sont
majoritaires jusqu’à la fin de la période considérée.
24 des actes concernés consignent une donation, 6 concernent un
accord, le dernier est un plaid. Mais ces catégories sont fragiles,
car les donations se font généralement en contrepartie, non
seulement de prières, mais aussi d’argent, ce qui peut en ce cas les
faire assimiler à des ventes [17]. Et les accords portent sur l’acceptation d’un
quidam de donner à l’abbaye un bien que celle-ci estime lui
appartenir, et sur le montant de l’indemnisation qu’elle accepte de
verser. De sorte que la limite avec la donation est bien mince.
2. L’élaboration des actes de
Jumièges
Qui a élaboré les actes de Jumièges? On dispose de très peu
d’éléments à ce sujet. Rares sont les actes souscrits par un scribe.
C’est le cas de la charte de l’évêque de Chartres, Eudes (984),
souscrite par un certain Froggerius,
inconnu par ailleurs [18]. L’autre acte concerné est la charte de
Richard d’Evreux en 1038, revendiquée par un certain Guillaume, dont
le nom est trop fréquent pour permettre une tentative
d’identification: Ego Willelmus, hujus cartule
notarius, horum testis existens, posteris conscripta
relinquo.
Où les actes de Jumièges ont-ils été rédigés et écrits? Peut-on
mettre en évidence un style de Jumièges, ou au contraire un certain
nombre d’influences?
Le premier acte, celui d’Eudes de Chartres, n’a sans doute pas
été élaboré à Jumièges. La mise en page de cet original, avec
notamment une très longue invocation symbolique initiale, qui couvre
toute la hauteur du texte de l’acte, correspond tout à fait à la
pratique tourangelle du Xe siècle. Le seul
autre acte chartrain contemporain conservé, une donation d’un
certain Vivien pour Saint-Père de Chartres, montre la même longue
invocation symbolique initiale [19].
Un autre élément montre une influence tourangelle: l’utilisation,
dans trois actes, du mot monarchia: les
accords avec Roger de Montgommery en 1028-1035 et le comte de Meulan
en 1031-1035, et la donation du comte d’Evreux en 1038. C’est un
terme rare (on ne le trouve que 14 fois parmi les quelque 5000 actes
de la base de données de l’Artem). Il est donc étrange de le trouver
aussi fréquemment dans les archives d’une seule abbaye. Il est
encore plus étrange de constater qu’on le trouve aussi dans un acte
de Robert le Pieux pour Cormery datable de 996- 1006 [20], et dans deux actes de Saint-Julien de
Tours, l’un datant de 1037, l’autre étant antérieur à 1037 [21]. Et il
n’est peut-être pas sans importance de relever que le terme figure
également dans la charte de fondation de Cluny, dont on sait qu’elle
a été influencée par Tours [22].
Tout cela pourrait révéler influence tourangelle sur la
diplomatique chartraine, et par là sur Jumièges.
Il n’y a pas en revanche d’influence tourangelle sur le deuxième
acte privé de Jumièges, une notice de la donation de Longueville,
faite au profit de Jumièges par Bourgueil, et souscrite par Richard
II. Il est écrit entièrement en lettres allongées, ce qui est un
phénomène très rare, et fait de ce document une sorte d’unicum [23].
Les actes de Roger de Montgommery et du comte de Meulan, cités
ci-dessus, sont de toute façon liés, parce qu’ils possèdent une même
clause comminatoire, assez particulière: Ceterum
si quis ex meis posteris auctore diabolo et avaritiæ facibus
accensus hanc conventionem quocumque modo corrumpere presumpserit,
sub Patris et Filii et Spiritus Sancti maneat anathemate, et ab
omnibus sanctis Dei reprobatus et condempnatus de libro vitæ
deleatur, et cum illis inscribatur qui diris vocibus acclamabant:
Crucifigatur, diabolo traditus eternis incendiis æternaliter
urendus. Cette clause elle-même est proche de celle de
l’évêque de Bayeux en 1020-1030 (Quam vero
donationem, si furiosus quisquam diabolicæ nequitiæ veneno tumens,
quoquo conamine ausu temerario infringere presumpserit, pontificali
anathemate excommunicatus persistat, et a sanctorum omnium cœtu
semotus, cum illis dampnetur qui dixerunt Domino « Recede a nobis,
scientiam viarum tuarum nolumus » et sicut Dathan et Abiron viventes
terra obsorbuit, sic gehennalibus averni cruciatibus perenniter
multetur cum diabolo urendus) [24].
Il ne s’agit pas de la seule identité que l’on peut trouver dans
les chartes de Jumièges. Le préambule et le début du texte de la
charte de l’évêque de Bayeux Hugues (datable 1020-1030), se
retrouvent dans la charte de donation de Robert (1037-1038): Divinæ scripturæ nobis ad paradisi sedem de qua per
premi parentis lapsum decidimus remeandi iter ostendunt, quatinus,
dum vivimus, bona operari studeamus, et ex his quæ nobis Dei
omnipotentis miseratio bonis contulit, suorum fidelium indigentiam
relevare non onerosum sit. Namque ibi thesauros nostros recondere
jubemur, ubi erugo et tinea quæ de moliri eos possint penitus non
inveniuntur. Quod tunc denique fit, cum ex bonis a Deo nobis
attributis pauperum inopiam reficimus aut æcclesiis Dei ea perpetim
possidenda contradimus. Quod ego, Hugo, Baiocassinæ urbis episcopus
et Rodulfi quondam comitis filius, mentis industria revolvens, et
presentis seculi gloriam, si pro ea æterna vita neglegitur, non nisi
ad nostrum interitum profuturum considerans, notum volo fore tam
presentibus quam futuris quod quidam meus miles vehementer.
Dans l’acte de Robert, l’expression meritis
industria revolvens est remplacée par mentis archano revolvens… Or arcanum se retrouve dans l’acte de Richard,
comte d’Evreux, en 1038 ( sagaci consideratione
cordis archano perlustrans). Le seul autre texte, dans la
base de données de l’Artem, qui utilise arcanum au singulier est une charte d’un
chevalier Suavis pour Saint-Mesmin de
Micy en 1028-1036 [25].
Les deux actes de l’évêque de Bayeux et de Robert ne sont
d’ailleurs pas seulement liés par ce préambule, mais aussi par une
disposition identique, caractérisée par une première ligne
entièrement écrite en caractères allongés, et par une écriture
identique: on la reconnaît aux « g » dont la boucle est large et
ouverte, aux « s » et « f » très droits, au haut des hastes tracé en
biais… Cette même écriture se trouve dans deux autres actes, la
charte du comte de Talou datable de 1035-1043, et la notice d’un
accord avec Hugues de Montfort, non datée, et qu’on datera donc de
1020-1045 environ. L’acte de Guillaume de Talou commence par
ailleurs lui aussi par une première ligne en lettres allongées.
La corroboration de l’acte de Robert en 1037-1043 (Et ut hæc cuncta perpetim firma permaneant, propria
manu subterfirmavi dominoque meo Ricardo firmanda tradidi)
est très proche de celle de l’acte de Roger II de Montgommery en
1043- 1048 (Et ut haec mea donatio firma semper
perseveret, manu propria eam firmavi dominoque meo comiti ac ejus
fidelibus firmandam tradidi).
On peut aussi relever dans l’acte de Richard, comte d’Evreux, en
1038, le mot sejunctus, dans la clause
comminatoire (ac demum a coetu sanctorum
sejunctus Judæque traditoris consortium indeptus): on ne le
trouve que dans trois autres actes en France jusque 1120, deux fois
à Cluny, et une fois à Saint-Ouen de Rouen, dans une charte d’un
certain Drogon entre 1006 et 1017 [26].
Une autre caractéristique intéressante est la date en début
d’acte. Ce n’est pas un procédé inconnu (c’est ainsi que se
présentent beaucoup d’actes synodaux ou épiscopaux du IXe siècle), mais c’est quand même quelque chose
de rare. Or on le trouve à Jumièges dans les actes de Gautier Païen
en 1077, de l’abbé de Micy en 1086, de Raoul, fils d’Anserède en
1088, de Gilbert, fils de l’archidiacre d’Evreux Robert en 1099,
d’Ursus, abbé de Jumièges, en 1109 et du même en 1112 et en 1119. On
peut y ajouter deux actes où la datation initiale se fait non par
année de l’incarnation, mais par référence à un principat (acte du
clerc Renaud à la fin du XIe siècle) ou un
règne (acte du comte de Meulan, Galeran, en 1031-1060).
Deux autres actes ont une même écriture, caractérisée par des « g
» à la boucle largement ouverte, mais terminée par un petit trait
vertical, par des « a » à la haste haute et très oblique… Il s’agit
de la charte de donation de Roger de Montgommery en 1043-1048 et de
la charte de donation de Gilbert Crespin en 1046-1066. Toutes deux
commencent d’ailleurs par une première ligne en lettres allongées;
celles-ci débordent même sur le début de la deuxième ligne dans la
charte de Roger de Montgommery.
D’autres actes ont une écriture qui se rapproche plus ou moins de
l’une de celles qu’on a évoquées ci-dessus. En particulier, on est
étonné du grand nombre d’actes dans lesquels la boucle des « g » est
ouverte. Mais rien de cela ne suffit à caractériser un style «
Jumièges ».
Au total, on ne constate pas d’influence particulièrement forte.
L’acte de l’évêque Eudes en 984 a sans doute été élaboré à Chartres,
mais nous sommes alors aux débuts de la diplomatique de Jumièges.
Les autres traces d’influence que l’on a pu mettre en évidence sont
minces: l’influence était donc légère, secondaire. On est très loin
d’une dépendance culturelle de Jumièges par rapport à Saint-Mesmin
de Micy ou à Tours.
Peut-on parler d’un « style de Jumièges »? Non, en ce sens qu’il
n’y a pas, comme à Marmoutier à la même époque [27],
un formulaire utilisé dans presque tous les actes. Mais il y a
plusieurs formules qui sont répétées dans quelques actes, ce qui
montre que ceux-ci ont été rédigés au même endroit, donc à
Jumièges.
En ce qui concerne l’écriture, on ne peut pas vraiment parler
d’un « style de Jumièges », mais on relève néanmoins la même main
dans plusieurs actes.
3. La diplomatique des actes de
Jumièges
Le XIe siècle, âge d’or de la
diplomatique de Jumièges, est une époque très importante dans
l’histoire de la diplomatique médiévale. Sans entrer dans les
détails, on peut dire que la diplomatique héritée de Rome et
conservée au Haut Moyen Age, caractérisée par l’existence de scribes
professionnels, extérieurs aux abbayes, et par l’utilisation de
formulaires à l’évolution très lente, disparaît en une centaine
d’années à partir d’environ 950 [28]. La diplomatique est enfermée dans les
monastères, et chacun de ceux-ci est libre de choisir le style
d’acte qui lui plaît. Marmoutier, par exemple, choisit la notice
narrative [29], tandis que Saint-Victor de
Marseille reste largement fidèle à l’acte traditionnel. Bien
entendu, il y a des influences régionales, les centres culturels
importants rayonnant sur les établissements plus modestes.
Aucune étude spécifique n’a encore été consacrée à la Normandie
dans ce cadre [30]. D’un premier survol se dégage l’impression d’une
région tiraillée entre l’influence tourangelle, et plus largement
ligérienne d’une part, et d’autre part l’existence d’un pouvoir
central fort. La conquête de l’Angleterre en 1066 ajoute à ce schéma
une influence supplémentaire.
Qu’en est-il à Jumièges? Il faut tout d’abord remarquer qu’il n’y
a aucune unité en la matière. Toutes sortes d’actes coexistent dans
le chartrier de Jumièges, sans autre justification sans doute que
l’inspiration du rédacteur. On peut simplement relever, mais c’est
normal pour la Normandie du XIe siècle,
qu’il n’y a pas d’acte de type mérovingien ou carolingien. On note
toutefois, dans la charte de l’évêque de Chartres en 984, une
sanction qui commence de manière assez traditionnelle (Si de hoc censu negligentes fuerint, legaliter
emendent et terram non perdant), même si le fait qu’emendent et perdant
ont tous des sujets non exprimés, mais différents, gêne un peu),
mais se termine de manière plus inattendue (Sed
jugiter pro nobis et pro Hugone duce Francorum Deum exorent).
Dans l’acte de Richard d’Evreux en 1038, la présentation de
l’attitude des moines est conforme à la tradition: adientes me Gemmeticensis loci venerabiles monachi,
supplici devotione petierunt quatinus…
Une autre forme d’acte, entre autres, est la charte simple, par
laquelle l’auteur exprime sobrement et clairement sa volonté. C’est
le cas de l’abbé de Micy, Albert, en 1023-1027 [31].
En 1077, avec la renonciation de Gautier Païen, apparaît le
premier cas de notice de donation. Il s’agit d’une notice très brève
et très peu narrative. L’influence de Marmoutier n’apparaît donc pas
évidente. Une autre innovation de cet acte réside dans le fait que
sur le même parchemin, et en même temps que la renonciation de
Gautier, une autre action juridique, la donation d’Hugues, fils de
Gautier de Tessancourt, a été notée. Ultérieurement, un troisième
acte a été écrit. On trouve la même chose dans l’acte de Raoul, fils
d’Anserède, en 1088 : une autre main a apporté trois additions,
relatives ici à l’action juridique en question. Il s’agit à chaque
fois des actions accomplies par l’abbaye pour entrer en possession
du bien reçu. Ces additions ont une forme objective, alors que
l’acte lui-même est une charte.
C’est dans la notice ajoutée au plaid de 1086 qu’on voit pour la
première fois un des traits constitutifs de la diplomatique de
Marmoutier: la notice où s’exprime une première personne (plurielle)
qui n’est pas l’auteur de l’action juridique, mais l’abbaye
bénéficiaire de celle-ci: Ut memoriæ posterorum
nostrorum innotesceret quid quantumque de Curtuvadham post nostram
vestituram habuimus, subscribere curavimus… On trouve la même
pratique dans l’acte écrit sans doute la même année pour rappeler la
donation d’Albert: Abbas Albertus in hoc cœnobio
cum fuisset monachus… C’est la même chose dans la notice,
datable de la fin du XIe siècle, relative
à la restitution de biens par Roger Rufus (…ad
testificabilem confirmationem earum rerum quam nos Gemmeticenses
recuperavimus…).
L’autre trait constitutif, la narrativité des actes, dont les
rédacteurs s’étendent longuement sur les tenants et les aboutissants
d’une action juridique, se trouve en 1081-1084 dans la donation du
clerc Renaud: l’acte commence au temps du duc Richard III. Même
principe dans la notice de Gilbert de Gauville avant 1109, dans la
charte relative au même sujet donnée en 1109 par l’abbé Ursus et,
dans une moindre mesure, dans la notice d’un accord avec Herbert de
Lisieux en 1119. Ce fait reste cependant rare, et ne caractérise
même pas toutes les notices, comme en témoignent celles de la
donation de Thibaud de Gauville avant 1109 ou de la donation de
Renaud de Sainte-Hélène en 1112.
Un révélateur très précieux de la « monachisation » de la
diplomatique se trouve dans les clauses comminatoires. Au XIe siècle, celles-ci ne possèdent plus guère de
sanctions civiles [32], comme des amendes, mais uniquement des
sanctions spirituelles. Qui ne sont nullement nouvelles, mais leur
longueur, le caractère réaliste et précis des menaces agitées devant
les contrevenants, montrent bien qu’il s’agit de textes
monastiques [33]. Le
premier cas dans notre corpus (en 1020-1030) en est un bon exemple
(cf. supra).
Enfin, à la fin de la période, certains actes sont très brefs;
sous influence anglaise sans doute, encore que la rareté des brefs
conservés ne permette pas de l’affirmer.
Au total, s’il ne fait pas de doute que les actes étaient en
général rédigés à Jumièges, ils ne s’alignent que tardivement, et
partiellement, sur l’exemple venu de Marmoutier. Peut-être parce que
l’autonomie des deux abbayes par rapport aux pouvoirs laïcs et
ecclésiastiques n’était pas la même.
4. La validation des actes
La validation des actes se faisait essentiellement par
l’indication du nom de l’auteur et des témoins. Cette indication
n’est jamais autographe: au XIe siècle, de
toute façon, c’est en France une pratique extrêmement rare. Elle est
présente dans presque tous les actes: seuls font exception la notice
de la donation d’Albert [34], la donation de Robert (1037-1043), celle du
clerc Renaud (1080-1084, peut-être une copie), la donation à Hugues
de Montfort (1020-1045), validée par un chirographe et celle faite à
Robert de Haia (1101-1127). 5 actes sont
sans témoins, soit 16,3 %: on n’est pas loin des 20 % constatés pour
l’ensemble de la France jusque 1120. Ces absences peuvent
s’expliquer par le fait que certains actes sont en fait des copies,
dans lesquelles on n’a pas jugé utile de recopier les noms. Plus
vraisemblablement, parce que les noms des témoins étaient destinés à
être inscrits un peu après le texte: pendant la cérémonie solennelle
de donation, ou après. D’ailleurs, dans l’acte de Robert en
1037-1043, s’il n’y a ni témoin, ni validation, il y a annonce d’une
souscription d’auteur et d’une souscription ducale.
Quels sont les témoins? On ne peut écrire ici une étude
prosopographique et sociale complète. On notera simplement qu’en 984
les témoins sont exclusivement des proches de l’auteur, comme c’est
le cas au Haut Moyen Age, et cette pratique se retrouve en
1020-1030, vers 1030, 1031-1035, en 1043-1048, sans doute en
1035-1043, 1069. Mais dès 1012 on trouve aussi bien des proches du
duc que des moines de Jumièges. Dans d’autres actes il y a des
témoins extérieurs, a priori indépendants des deux parties, comme
les clercs de l’archevêque dans la donation de Gilbert en 1099.
L’importance du duc en Normandie se mesure notamment à la
fréquence de sa souscription au bas des actes privés. Il souscrit en
1012, 1023-1027, 1038, 1035- 1043, 1043-1048, 1046-1066, 1088,
1091-1095, c’est-à-dire davantage au début qu’à la fin de la période
considérée. Le duc n’est cependant pas la seule autorité: le roi de
France est mentionné comme témoin en 1023-1027 (avec même un
monogramme), l’archevêque de Rouen en 1035-1043.
Si le nom des témoins n’est jamais autographe, il n’en va pas de
même des croix de souscription [35], qu’on trouve
dans plusieurs actes: charte de l’évêque de Chartres Eudes en 984,
notice du plaid devant Robert de Bellême en 1086. Les croix peuvent
aussi être allographes, c’est-à-dire ne pas avoir été tracées par
celui dont elles flanquent le nom, comme en 1023-1027, 1020-1030,
1028-1035, 1040, environ 1077 et 1001-1100.
Quand écrivait-on les noms des témoins? Pendant la cérémonie
solennelle de donation, avant, ou après? Cette question est liée à
celle de l’écriture de l’acte: avant, pendant ou après la cérémonie?
Dans certains cas, les noms des témoins ont clairement été écrits à
un autre moment que le texte de l’acte, comme en témoignent des
différences d’encre ou d’écriture. On constate ce phénomène en
1028-1035, 1043-1048, 1046-1066, en 1091-1095 et dans l’acte de
Guillaume datable du XIe siècle,
Dans l’acte de Guillaume, comte de Talou, en 1035-1043, la chose
est plus complexe: le texte de l’acte a été écrit, puis les témoins
ont apposé des croix autographes, tandis qu’un scribe légendait ces
croix. Les différences d’écritures et d’encre tendent d’ailleurs à
montrer que ces croix n’ont pas toutes été apportées en même temps.
On renvoie aussi à l’acte de Raoul fils d’Anserède en 1088. L’acte
de Pierre de Paris en 1069 est étrange: certaines croix semblent
avoir été tracées avant leur légende, d’autres après. Dans l’acte de
Gautier Païen en 1077 aussi, il y a plusieurs strates de croix et de
souscriptions. Dans la notice de Roger Rufus en 1067- 1100, le nom
de certains témoins a été écrit dans le corps même du texte de
l’acte, tandis que d’autres témoins ont souscrit d’une croix
autographe à laquelle on a ensuite ajouté leur nom. Dans la notice
de Gilbert de Gauville avant 1109, de la place a été ménagée dans le
corps du texte pour des croix d’apparence autographes, mais en fait
allographes, tandis que le frère du donateur défunt souscrivait
d’une vraie croix autographe.
L’acte de Galeran de Meulan en 1031-1035 est un des rares
exemples français d’une pratique étrange: ce sont d’abord (sans
doute lors de la cérémonie solennelle) les souscripteurs qui ont
tracé leurs croix de souscription, qui sans doute ont été
immédiatement légendées, et ensuite seulement le texte de l’acte a
été écrit.
L’acte de donation à Hugues de Montfort (1020-1045) a été établi
sous la forme d’un chirographe, le plus ancien de Jumièges [36] (légende: cirographum testimonii istius scripturae). Un
exemplaire était donc conservé par Jumièges, l’autre par Hugues
(factum est ambarum partium testimoniale
scriptum, unum eandemque rationem habens, unum in loco Sancti Petri
servatur, alterum supradictus Hugo secum retinens). Mais le
texte de l’acte ajoute ici une clause inusuelle, ou du moins
rarement exprimée: si Hugues perd son exemplaire, il perd aussi sa
terre (tali modo ut si ipse illud perdiderit,
perdet similiter et terram de qua loquimur). On trouve
d’autres chirographes dans la donation de Thibaud de Gauville avant
1109, la notice de la donation de Renaud de Sainte-Hélène en 1112,
la notice de l’accord avec Herbert de Lisieux en 1119 et l’acte de
l’abbé Ursus en 1101-1127, mais le texte de ces actes n’explicite
pas le chirographe [37].
Si l’acte écrit jouait donc sans doute un certain rôle dans la
cérémonie, il n’était pas le seul. Souvent, il y avait remise, par
le donateur au bénéficiaire, d’un objet symbolisant le bien donné ou
la donation en tant que telle. C’est ce qu’évoque l’acte de Raoul
fils d’Anserède en 1091-1095. Une petite bandelette de parchemin y
est attachée, avec le texte: Donationem de
Stablis Robertus dux Northmannorum per hoc lignum misit ad sanctam
Mariam Gemmeteci. Testes autem hujus rei sunt Engelrannus filius
Ilberti, Raulfus de Mortuomari, Vualterus de Quercu, Robertus filius
Anschetilli, Vualterius Broc. Hæc denique facta sunt apud Lexovium
per ejusdem loci abbatem Guntardum. Ces témoins ont également
souscrit l’acte de Raoul. La bandelette en question accompagnait
donc le morceau de bois par lequel le duc Robert avait
solennellement cédé la villa à
l’abbaye.
Validation par la souscription, non autographe sauf dans les
croix; absence du sceau; apparition timide du chirographe: les actes
de Jumièges présentent, en la matière, les mêmes caractéristiques
que ceux de la France de l’Ouest.
5. La datation des actes
La plupart des actes ne sont pas datés. C’est le cas des actes de
l’abbé de Micy en 1023-1027 et vers 1030, de l’évêque de Bayeux en
1020-1030, de Roger de Montgommery en 1028-1035 et en 1043-1048, de
Galeran de Meulan en 1031- 1035, de Raoul Havoth vers 1040, de
Guillaume de Talou en 1035-1043, de Robert en 1037-1043, de Gilbert
Crespin en 1046-1066, du clerc Renaud en 1081-1084, de Raoul fils
d’Anserède en 1091-1095, de Richard en 1001-1100, de Guillaume en
1001-1100 et de l’abbé Ursus en 1101-1127; des notices de la
donation à Hugues de Montfort en 1020-1045, des fils d’Hubert de
Roseio vers 1077, de la donation d’Albert
en 1086 (?), de la restitution de Roger Rufus en 1067-1100, de la
donation de Thibaud de Gauville avant 1109 et de la restitution de
Gilbert de Gauville avant 1109. Soit au total les deux tiers des
actes. La non datation des actes est un phénomène assez fréquent au
XIe siècle, surtout dans l’Ouest de la
France [38]. Cette pratique est sans
doute liée à l’élaboration de la diplomatique à usage interne d’une
abbaye, avec une moindre attention à la forme.
Mais une dizaine d’actes sont datés. Le critère le plus fréquent
est celui de l’année de l’incarnation, utilisée en 1012, 1038, 1069,
1077, 1099, 1109, 1112 et 1119. En 984, seule l’année de règne du
roi est mentionnée: c’est effectivement aux alentours de l’an mil
que l’usage de l’année de l’incarnation va commencer à s’étendre
dans les actes privés.
Le règne du roi de France est mentionné aussi en 1012, 1031-1035,
1038, 1069 et 1077 : faut-il y voir un affaiblissement des liens
entre la Normandie et le pouvoir royal français dans le dernier
quart du XIe siècle?
Un acte, la donation de Raoul d’Anserède en 1088, renvoie non au
chiffre d’une année, mais à un événement tellement important qu’il
est facilement déchiffrable par tout un chacun: il est donné anno ipso quo gloriosissimus atque reverentissimus
Deoque amabilis Guilelmus, rex Anglorum, comesque Normanniæ de ista
vita nequam assumptus est et, ut credimus, cælestem patriam
consecutus est, III kalendas aprilis…
Les autres critères de datation sont très rares: l’indiction est
mentionnée en 1012, 1038, l’épacte et le concurrent en 1012
seulement.
6. Problèmes d’authenticité.
Aucun des originaux en question n’éveille de soupçon particulier.
Une étude paléographique approfondie serait cependant
nécessaire.
Mais au passage, un acte conservé seulement en copie pose
problème. Il s’agit d’une notice de transfert par l’abbé Robert d’un
droit de duel de Vieux-Verneuil à Tillières. Cette décision a été
prise avec l’accord de Gilbert Crespin, qui déclare n’avoir aucun
droit sur ce duel. L’acte est daté par Vernier de 1048-1078 [39].
L’original est perdu. L’acte est connu par sa copie dans un
cartulaire du début du XIIIe siècle. Le
problème vient de ce qu’un sceau de Gilbert Crespin est annoncé:
Hec scripta Gillebertus Crispinus adsignavit et
sigillo suo inscrixit. Ce n’est pas normal, parce que c’est
beaucoup trop tôt pour un sceau seigneurial: à cette date, en
France, même les évêques n’ont pas encore de sceau [40]. D’ailleurs, on l’a vu, aucun des actes de Jumièges
conservés en original jusque 1120, sauf bien sûr les diplômes, n’est
scellé.
7. Conclusion
Avec 55 actes antérieurs à 1121, dont 36 originaux, le fonds de
Jumièges est un fonds d’archives plutôt petit. Les moines de
Jumièges écrivaient leurs actes eux-mêmes. Dans la première moitié
du XIe siècle, ils utilisent largement un
stock de formules qu’ils réactualisent régulièrement. Par la suite,
ils s’en tiennent à quelques caractéristiques communes comme la
place de la date. Comme toute la Normandie, Jumièges subit
l’influence de la diplomatique de Marmoutier, mais finalement, assez
peu et assez tard. Jusque vers 1070 Jumièges reste fidèle à la
charte, même si le formulaire est nouveau. Après cette date, la
notice se fait fréquente, mais elle n’a que rarement les mêmes
traits qu’à Marmoutier.
Comme beaucoup d’abbayes, Jumièges a donc trouvé elle-même les
moyens de répondre à cette question: comment garder, des actions
juridiques, une mémoire fiable et valide?
Annexe: Liste des actes privés de
l’abbaye de Jumièges antérieurs à 1121 conservés en
originaux
984: Eudes, évêque de Chartres, donne à l’abbaye de Jumièges la
terre du Trel, à Vaux, près de Meulan, moyennant une rente annuelle
de 10 sous (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H27; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 5, p. 14-15; Artem 2661; Acte
traduit et commenté par Manoury,
Nathalie dans La Normandie vers l’an mil,
éd. de Beaurepaire, François et Chaline, Jean-Pierre, Rouen, Société de
l’Histoire de Normandie, 2000, p. 116-119.)
1012 : Notice d’un échange de terres entre l’abbaye de Bourgueil
et celle de Jumièges (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 906; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 7, p. 16-19; Fauroux, Recueil des
actes des ducs (cit. n. 6), n˚ 14bis, p. 91-92; Artem
2666).
1023-1027: Albert, abbé de Micy, notifie qu’il avait donné un
alleu à Jumièges où il avait pris l’habit monastique (Arch. dép.
Seine-Maritime, 9 H 1433; Vernier,
Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 9, p. 23-25; Artem 2684).
1020-1030: Hugues, évêque de Bayeux, donne une terre à Jumièges
(Arch. dép. Seine-Maritime, 9H27; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 8, p. 20-23; Artem 2687).
vers 1030 : Albert, abbé de Micy, donne à Jumièges sa terre de
Verneuil (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1787; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 17, p. 56-57; Artem 2686).
1028-1035: Roger Ier de Montgommery restitue à Jumièges le marché
de Vimoutiers contre le droit d’organiser un marché à Montgommery
(Arch. dép. Seine-Maritime, 9H30; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 13, p. 43-46; Fauroux, Recueil des
actes des ducs (cit. n. 6), n˚ 74, p. 214-216; Artem
2690).
1031-1035: Galeran, comte de Meulan, s’engage à ne plus porter
préjudice à l’abbaye (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H29; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 16, p. 53-56; Artem 2691).
1038 : Richard, comte d’Evreux, donne à Jumièges un moulin (Arch.
dép. Seine-Maritime, 9H29; Vernier,
Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 55,
p. 145-148; Fauroux, Recueil des actes des ducs (cit. n. 6), n˚ 92,
p. 242- 244; Acte traduit et commenté par Brunterc’h, Jean-Pierre, Le Moyen Âge (Ve– XIe siècle), tome I de Archives de la France, Favier, Jean (dir.), Paris, Fayard, 1994, p.
414-417; Artem 4744. Lors du passage de l’équipe de l’Artem à Rouen,
ce document avait disparu.
vers 1040 : Raoul Havoth donne à Jumièges son fils, une terre et
des dîmes (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1747; Vernier, Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚
21, p. 66-67; Artem 2693).
1035-1043: Guillaume, comte de Talou, donne à Jumièges une part
d’une forêt (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H30; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 20, p. 63-66; Fauroux, Recueil des
actes des ducs (cit. n. 6), n˚ 100, p. 256-257; Artem
2694).
1037-1043: Robert donne une terre à Jumièges (Arch. dép.
Seine-Maritime, 9 H 1514; Vernier,
Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 18,
p. 58-60; Artem 2695).
1020-1045: Jumièges donne à Hugues de Montfort, à titre viager,
une terre située à Lilletot (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H31; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 42, p. 126-127; Artem 2757) [41].
1043-1048: Le comte Roger II de Montgommery, donne à Jumièges un
fief tenu par son fidèle Geoffroi, devenu moine à l’abbaye (Arch.
dép. Seine- Maritime, 9H30; Vernier,
Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 22,
p. 68-69; Fauroux, Recueil des actes des ducs (cit. n. 6), n˚ 113,
p. 274-275; Artem 2698).
1046-1066: Gilbert Crespin donne à Jumièges le fief qu’il tient
du duc Guillaume (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 812; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 25, p. 72-76; Fauroux, Recueil des
actes des ducs (cit. n. 6), n˚ 188, p. 370-371; Artem
2704).
1069 : Le chevalier Pierre de Paris confirme une donation
effectuée par son père (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1750; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 28, p. 79-81; Artem 2710).
1077 : Notices de la renonciation par Gautier Païen à différents
droits qu’il exigeait de l’abbaye de Jumièges, et d’une donation de
Hugues, fils de Gautier de Tessancourt (Arch. dép. Seine-Maritime, 9
H 136; Vernier, Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 30, p.
83-86; Artem 2712).
vers 1077 : Notice de la renonciation à une dîme par les fils
d’Hubert de Roseio (Arch. dép.
Seine-Maritime, 9 H 136; Vernier,
Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 30,
p. 85-86; Artem 4858).
1080-1084: Notice de la donation de biens à Bayeux par Renaud,
clerc du duc-roi Guillaume (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1819;
Bates, David, Acta
of William I (cit. n. 7), n˚ 162, p. 530-533; Artem
2738).
1086, 31 mai: Notice d’un jugement rendu par Robert de Bellême en
faveur de Jumièges contre Saint-Mesmin de Micy. Une main très proche
a écrit une addition selon laquelle les quatre deniers et l’as
donnés comme cens par Gautier de Coulonces ont été distribués pour
boire à des hommes de l’abbaye (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1433;
Vernier, Chartes
de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 34, p. 110-113; Artem 2719).
1086?: Notice rappelant la donation de la terre de Dame-Marie par
Albert (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1433; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 35, p. 113-114; Artem 2720). Deux
exemplaires sont conservés.
1088, 30 mars: Raoul, fils d’Anserède, donne à Jumièges un alleu
à Beaunay (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1739; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 37, p. 116-119; Artem 2722).
1091-1095: Raoul, fils d’Anserède, et son épouse Girberge,
donnent à Jumièges la moitié de la villa d’Etables (Arch. dép.
Seine-Maritime, 9 H 1764; Vernier,
Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 38,
p. 119-121; Haskins, p. 292; Artem 2729 et 4957).
1099 : Gilbert, fils de Robert, archidiacre d’Evreux, donne
l’église de Rouvray à Jumièges (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1703;
Vernier, Chartes
de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 40, p. 123-125; Artem 2733).
1067-1100: Roger Rufus et son neveu restituent à Jumièges
plusieurs biens situés à Saint-Martin (Arch. dép. Seine-Maritime, 9
H 1576; Vernier, Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 46, p.
132-133; Artem 2737) [42].
1001-1100: Richard donne à Jumièges tout ce qu’il possède à
Verneuil (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1787; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 43, p. 127-128; Artem 2735).
1001-1100: Guillaume donne à Jumièges tout ce qu’il possède à
Verneuil (Arch. dép. Seine-Maritime, 9 H 1787; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 45, p. 131-132; Artem 2736).
avant 1109 : Thibaud de Gauville donne à Jumièges la dîme de
Gauville (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H31; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 51, p. 138-140; Artem 2743).
avant 1109 (mais après, et sans doute bien après, l’acte
précédent): Gilbert de Gauville rend à Jumièges la dîme de Gauville
(Arch. dép. Seine-Maritime, 9H31; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 52, p. 140-142; Artem 2744).
1109 : Ursus, abbé de Jumiège, notifie la restitution de la dîme
de Gauville par Gilbert (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H31; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 53, p. 142-144; Artem 2745 et 2751).
Acte conservé en deux exemplaires.
1112 (n. st.), 16 janvier: Notice de la donation d’une terre par
Renaud de Sainte-Hélène (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H31; Vernier, Chartes de
Jumièges (cit. n. 1), n˚ 54, p. 144-145; Artem 2746).
1119 : Notice d’un accord entre l’abbaye de Jumièges et Herbert
de Lisieux au sujet de la terre de Hauville (Arch. dép.
Seine-Maritime, 9H31; Vernier, Chartes de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 55, p.
145-148; Artem 2751).
1101-1127: Ursus, abbé de Jumièges, cède une terre à Robert de
Haia (Arch. dép. Seine-Maritime, 9H31;
Vernier, Chartes
de Jumièges (cit. n. 1), n˚ 50, p. 138; Artem 4560).
1 | Vernier, Jules-J., Chartes
de l’abbaye de Jumièges (v. 825 à 1204), 2 vol., Rouen-Paris,
Société de l’Histoire de Normandie, 1916. | 2 | Il est vrai que d’une manière générale, au contraire
de la diplomatique royale désormais bien connue, la diplomatique
privée n’a, en France, suscité que très peu d’études spécialisées. Ont
été étudiés les fonds de Marmoutier et Saint-Aubin d’Angers (Barthélemy, Dominique, « Une crise de l’écrit?
Observations sur des actes de Saint-Aubin d’Angers (XIe siècle) », Bibliothèque de
l’Ecole des Chartes, 155 (1997), p. 95-11; repris dans
Id.,La mutation de l’an mil a-t-elle eu
lieu? Servage et chevalerie dans la France des Xe et XIe siècles,
Paris, Fayard, 1997, p. 29-56, sous le titre « De la charte à
la notice à Saint-Aubin d’Angers »; Id.,
La société dans le comté de Vendôme de
l’an mil au XIIIe siècle, Paris,
Fayard, 1993), de Redon, de Saint-Martin de Tours (Gasnault, Pierre, « Les actes privés de
l’abbaye de Saint-Martin de Tours, du VIIIe
et XIIe siècle »,
Bibliothèque de l’Ecole de Chartes, 112 (1954), p. 24-66) et
Saint-Bertin (Lemarignier,
Jean-François, « Les actes de droit privé de Saint-Bertin au haut
Moyen Age. Survivances et déclin du droit romain dans la pratique
franque », Revue internationale des droits de
l’antiquité, 4 (1950), p. 35-72). Il faut ajouter à ces
monographies une très belle synthèse régionale (Belmon, Jérôme, « In conscribendis
donationibus hic ordo servandus est. L’écriture des actes de la
pratique en Languedoc et en Toulousain (IXe-Xe siècle) », in Auctor et auctoritas. Invention et conformisme dans
l’écriture médiévale [Actes coll. Saint-Quentin-en-Yvelines,
1999], Zimmermann, Michel (éd.),
(Mémoires et documents de l’Ecole des Chartes, 59), Paris, 2001, p.
283-320) le classique d’Alain de Boüard,
Manuel de diplomatique française et pontificale,
t. 2: l’acte privé, Paris, Ecole des chartes, 1948, et de
nombreuses remarques dans des publications plus partielles ou des
introductions à des éditions. Présentation dans Tock, Benoît-Michel, La
diplomatique française du Haut Moyen Age vue à travers les
originaux, in Courtois, Michèle
et Gasse-Grandjean, Marie-José, La diplomatique française du Haut Moyen Age, 2
vol., Turnhout, Brepols, 2001, tome 1, p. 1-37. Sur Jumièges, voir
aussi les contributions de Mathieu Arnoux, « Disparition ou conservation des
sources et abandon de l’acte écrit: quelques observations sur les
actes de Jumièges », Tabularia « études »,
n˚ 1, 2001, p. 1-10 et Jacques Le Maho,
« La production éditoriale à Jumièges, vers le milieu du Xe siècle », Tabularia «
études », n˚ 1, 2001, p. 11-32. | 3 | Sur ce projet, Tock, La diplomatique
française (cit. n. 2). Il s’agit d’une base de données de
l’ensemble des originaux conservés dans la France actuelle, et
antérieurs à 1121. Cette base comporte, pour chaque acte, une fiche
d’analyse, le texte directement édité depuis l’original, et une
reproduction photographique. La date de 1120 comme terminus ad quem a été choisie de façon
arbitraire. Le projet est soutenu et mené par l’ARTEM (Atelier de
recherches sur les textes médiévaux, composante de l’UMR "Moyen Age",
CNRS/Université de Nancy 2). | 4 | Vernier, Chartes de Jumièges…, p. XVII. | 5 | Vernier, Chartes de Jumièges…, n˚ 4, p. 11-14; Artem
2033 [l’indication « Artem », suivie d’un numéro, renvoie au numéro
de l’acte dans la base de données de l’Artem]. Exceptionnellement,
alors que tous les actes de Jumièges sont conservés aux archives
départementales de la Seine- Maritime, celui-ci est conservé aux
Archives Nationales. Vernier, qui n’a édité que les actes conservés
à Rouen, a néanmoins repris ce diplôme, sans doute d’après une
édition antérieure. Sur cet acte voir ci-dessous. | 6 | Vernier, Chartes de
Jumièges…, n˚ 11, p. 27-29; Artem 2685. Cet acte, considéré
comme un original par Vernier, est en réalité une copie de la fin du
XIe siècle (Fauroux, Marie, Recueil
des actes des ducs de Normandie (911-1066), Caen, 1961
(Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 36) n˚ 59, p.
182-184). Il est néanmoins repris dans la base de données de
l’Artem, de même qu’un grand nombre de copies indépendantes (c-à-d.
non reprises dans un cartulaire, liber
traditionum ou un autre volume relié) réalisées avant
1121. | 7 | Vernier, Chartes de Jumièges… , n˚ 32, p. 90-109; Artem
4558. Consulter désormais l’édition de Bates, David, Regesta
regum Anglo-Normannorum: the Acta of William I: 1066-1087,
Oxford, Clarendon Press, 1998, n˚ 164, p.
535-547. | 8 | Vernier, Chartes de Jumièges… , n˚ 47, p. 134-135; Artem
2741. Sur cet acte, le plus ancien bref original normand, voir Bates, David, « The Earliest Norman Writs »,
English Historical Review , 100, 1985, p.
266-284, en particulier p. 270-271. | 9 | Mabillon, Jean, De re diplomatica, Paris, 1681, p. 535, qui
l’édite ex autographo
Dionysiano. | 10 | Depreux, Philippe, « The Development of
Charters Confirming Exchange by the Royal Administration
(Eighth-Tenth Centuries) », Charters and the Use
of the Written Word in Medieval Society, éd. Heidecker, Karl, Turnhout, Brepols, 2000, p.
43-62, a récemment attiré l’attention sur les diplômes royaux de
confirmation d’un échange. Il est tout de même intriguant de
constater que le diplôme mentionne bien le fait que deux actes
[privés], de même teneur, ont été établis et échangés entre les
partenaires, mais ne signale qu’une seule expédition du diplôme,
sans préciser à qui elle était destinée. Il devrait normalement
s’agir de l’abbaye. | 11 | Sur la conservation
des actes à Jumièges, voir Arnoux,
Mathieu, « Disparition ou conservation des sources et abandon de
l’acte écrit: quelques observations sur les actes de Jumièges »,
Tabularia, 1, 2001, p. 1-10. | 12 | Les archives palatines
carolingiennes restent très peu connues. Fichtenau, Heinrich, « Archive der
Karolingerzeit », in Mitteilungen des
Österreichischen Staatsarchivs, 25, 1972, p. 15-24, ne croit
pas vraiment à leur existence, mais il en existe une indication pour
829-830 (Tock, Benoît-Michel, « L’acte
privé en France, VIIe — milieu du Xe siècle », Mélanges de
l’Ecole française de Rome. Moyen Age, 111 (1999), p.
499-537). | 13 | C’est étonnant parce que beaucoup d’archivistes au
Moyen Age conservaient prioritairement les diplômes. C’est par
exemple le cas dans deux des trois fonds d’archives étudiés par
Morelle, Laurent, « The Metamorphosis
of Three Monastic Charter Collections in the Eleventh Century
(Saint-Amand, Saint-Riquier, Montier-en-Der) », Charters and the Use… (cit. n. 10), p.
171-204. | 14 | Vernier, Chartes de Jumièges…, n˚ 68, p.
168-176. | 15 | Pour
ne pas alourdir l’apparat de notes, les références aux actes de
Jumièges se trouvent dans une liste en annexe. | 16 | Mais après 1066, comme on l’a déjà vu, il y a des
actes du duc-roi. D’autre part, du fait de la souscription ducale,
certains actes antérieurs à 1066 peuvent en un sens être considérés
comme des actes ducaux, et c’est en ce sens que Marie Fauroux les a
intégrés dans son recueil. | 17 | Ainsi, en 1077, Gautier Païen donne à l’abbaye
différents biens (un poteau pour attacher le bateau monastique, le
droit de modifier l’emplacement du poteau en question, un tonlieu,
une dîme), en échange d’un cheval d’une valeur de 4 livres. A une
date inconnue au cours du XIe siècle,
Guillaume Consors donne à l’abbaye le
tiers de Verneuil, et reçoit 100 sous. Toutes les donations
cependant ne mentionnent pas de contrepartie: celle de Raoul, fils
d’Anserède, en 1091-1095, bien qu’elle porte sur la moitié d’une
villa, ne prévoit rien de ce
genre. | 18 | Ce Froggerius ne se trouve pas dans Lépinois, Eugène de Buchère (de), et Merlet, Lucien, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, 3 vol.,
Chartres, Société archéologique d’Eure-et-Loir, 1862- 1865, ni dans
Guérard, Benjamin, Cartulaire de l’abbaye Saint-Père de Chartres,
2 vol., Paris (Collection de documents inédits sur l’histoire de
France), 1840. | 19 | Guérard, Benjamin,
Cartulaire de l’abbaye de Saint-Père de
Chartres, 2 vol., Paris, 1840, au t. 1, p. 84-86; Artem
2382. | 20 | Bourasse,
Jean-Jacques, Cartulaire de Cormery,
Mémoires de la société archéologique de Touraine, 12, 1861, n˚ 31;
Newman, William Mendel, Catalogue des actes de Robert II, roi de
France, Paris, Librairie du Recueil, 1937, n˚ 25, p. 31-32;
Artem 1419; precipue totius regni nostri
primoribus quia adiit regiam culminis nostri monarchiam Fulco
comes. | 21 | Denis, Louis-J., Chartes
de Saint-Julien de Tours (1002-1227), 2 vol., Le Mans,
Société des Archives historiques du Maine, 12, 1912-1913, n˚ 15, p.
23-24; Artem 1560 et 1561. Dans les deux cas le texte est: Alano Britannorum monarchiam… | 22 | Bernard, Auguste et
Bruel, Alexandre, Recueil des chartes de l’abbaye de Cluny, 6
vol., Documents inédits sur l’histoire de France, Paris, imprimerie
nationale, 1886-1903, n˚ 112, t. 1, p. 124- 128; Atsma, Hartmut et Vezin, Jean, Les plus
anciens documents originaux de Cluny, t. 1, Turnhout, Brepols
(Monumenta paleographica medii aevi, series gallica), 1997, n˚ 4, p.
33-39; Artem 1581. Sur l’acte et ses liens avec Tours, Atsma, Hartmut et Vezin, Jean, Cluny et
Tours au Xe siècle. Aspects diplomatiques,
paléographiques et hagiographiques, in Die Cluniazenser in ihrem politisch-sozialem
Umfeld, éd. Constable, Giles,
Melville, Gert et Oberste, Jörg, Munster, LIT (Vita regularis,
7), 1998, p. 121-132. | 23 | On ne peut pas vraiment rapprocher ce phénomène de
deux actes de Saint-Ouen de Rouen, donnés l’un en 996-1026 par
Hugues, fils de Turold, l’autre en 1017-1024 par Richard II (Fauroux, Recueil des
actes des ducs de Normandie (v. n. 6), n˚ 37, p. 141-142 et
n˚ 44, p. 150-151): ils sont écrits dans des lettres un peu plus
hautes, mais pas vraiment allongées. | 24 | Elle se retrouve d’ailleurs largement dans celle de
Guillaume de Talou en 1035-1043 (Ceterum, si
furiosus quisquam et diabolice perversitatis veneno tumens, hoc
donum quocumque modo infringere presumpserit, primum Dei
omnipotentis iram incurrat, et sic a sanctorum omnium societate
exclusus, aeternalibus incendiis æternaliter urendus nisi resipuerit
tradatur). Voir aussi les actes de Richard d’Evreux en 1038
et de Robert en 1037-1043. | 25 | Busson, Gustave et Ledru, Ambroise, Actus
pontificum Cenomannensis in urbe degentium, Le Mans, Société
des Archives historiques du Maine, 1901, p. 360-362. | 26 | Fauroux, Recueil…, n˚ 19, p. 102-103: a consortio omnium christianorum sit sejunctus et
separatus. | 27 | Barthélemy,
La société dans le comté de Vendôme (cit.
n. 1). Sur les liens entre Jumièges et Micy, v. Le Maho, Jacques, « La production éditoriale
à Jumièges vers le milieu du Xe siècle »,
Tabularia, 1, 2001, p. 11-32. | 28 | Sur cette évolution, voir Les
actes privés, VIe-XIIIe siècles, que je prépare pour la collection
Typologie des sources du Moyen Age
occidental. | 29 | Par notice
narrative, on entend une notice où non seulement l’action juridique
est décrite, mais où cette description est accompagnée du récit des
épisodes précédents: donations antérieures, contestations,
revendications, abandons… | 30 | Voir Bates, David, « Re-ordering the Past and
Negotiating the Present in Stenton’s First
Century », Reading (The Stenton Lecture 1999),
2000. | 31 | Albert ajoute quand même quelques indications
biographiques. Mais elles sont justifiées d’une part par la
nécessité de justifier qu’un moine puisse effectuer une donation (ce
qui suppose qu’il possède un bien) et d’autre part qu’il y ait un
long laps de temps entre la donation (sans doute antérieure à
l’entrée dans la vie monastique) et la mise par écrit. L’acte du
même Albert vers 1030 est d’ailleurs parfaitement sobre. Comme
l’est, par exemple, l’acte de Robert en 1037-1043. | 32 | Exceptions
dans les actes de Richard d’Evreux en 1038 et de Gilbert en
1046-1066. | 33 | Sur les clauses
comminatoires, Zimmermann, Michel, «
Protocoles et préambules dans les documents catalans du Xe au XIIIe siècle:
évolution diplomatique et signification spirituelle », Mélanges de la Casa de Velazquez, 11 (1975), p.
51-79 (et 10 (1074), p. 41-76 pour les préambules). | 34 | Cette
notice fut établie plus d’un demi-siècle après les faits; les noms
des témoins, certainement tous décédés, étaient donc entièrement
inutiles. | 35 | Sur le phénomène voir Parisse, Michel, « Croix autographes de
souscription dans l’Ouest de la France au XIe
siècle », Graphische Symbole in
mittelalterlichen Urkunden. Beiträge zur diplomatischen
Semiotik, éd. Rück, Peter,
Sigmaringen, Thorbecke, 1996, p. 143-155. | 36 | La notice de la restitution de
Roger Rufus, également datable du XIe
siècle, déclare être un chirographe (placuit confirmabile cyrographum facere), mais
ce n’est pas visible sur le parchemin recoupé. On ne sait donc si
celui-ci a été recoupé, si c’est un acte établi en deux exemplaires
mais sans légende chirographique, ou si chirographum est utilisé ici au sens de «
document diplomatique ». Sur les chirographes, Parisse, Michel, « Remarques sur les
chirographes et les chartes-parties antérieures à 1121 et conservées
en France », Archiv für Diplomatik, 32
(1986), p. 546-567. | 37 | La notice
de 1119 annonce simplement le chirographe (Herbertus cirographum hoc fieri
rogavit). | 38 | Et en particulier en
Normandie. Voir à ce sujet Gazeau,
Véronique, « Recherches sur la datation des actes normands aux
Xe-XIIe siècles
», Dating Undated Medieval Charters, éd.
Michael Gervers, Woodbridge/Rochester,
Boydell Press, 2000, p. 61-79. | 39 | Vernier, Chartes de
Jumièges…,n˚ 24, p. 71-72. | 40 | Bautier,
Robert-Henri, « Le cheminement du sceau et de la bulle des origines
mésopotamiennes au XIIIe siècle occidental
», Revue française d’héraldique et de
sigillographie, 54-59 (1984-1989), p. 41-84; réimpr. dans
Id., Chartes,
sceaux et chancelleries. Etude de diplomatique et de sigillographie
médiévales, 2 vol., Paris, Mémoires et
documents de l’Ecole des Chartes, 34, 1990, t. 1, p. 123-
166. Tock, La
diplomatique française…, p. 28-30. Voir, au sujet de cet acte
de sa datation, Bates, David, « La «
mutation documentaire » et le royaume anglo-normand (seconde moitié
du XIe siècle — début du XIIe siècle) », in Les actes
comme expression du pouvoir, éd. Marie-José Gasse-Grandjean et Benoît-Michel Tock, Turnhout, Brepols, sous presse, n.
7. | 41 | La fourchette de datation résulte
de la proximité entre l’écriture et celle d’autres actes; cf. supra. | 42 | La
fourchette de datation résulte de l’examen de
l’écriture. |
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