Le 20 mars 2007, 477 étudiants et personnels de l’université de Caen ont participé à une expérimentation-pilote de deux nouveaux modes de scrutin : le vote par note et le vote par approbation, appliqués aux candidats à l’élection présidentielle de 2007.
Compte-tenu de la date à laquelle le test a été réalisé, nous comptions alors 13 candidats à la candidature, que nous avons classés dans l’ordre alphabétique.
L’expérimentation a eu lieu dans le Restaurant Universitaire A du campus 1. En 2h30 de présence dans la salle de « la Croisée », nous avons recueilli 447 bulletins, dont un faible nombre de bulletins nuls.
D'après la façon dont les bulletins ont été remplis et le faible nombre de bulletins nuls, nous pouvons juger que les électeurs ont bien compris les procédures.
Pour consulter les tableaux de résultats :
L’analyse des résultats |
L’analyse des questionnaires
Ce que nous enseigne les bulletins exprimés :
Les résultats du dépouillement sont à la fois prévisibles, très surprenants et conformes aux résultats de la théorie du vote.
Prévisibles car nous savions que le campus 1 était sociologiquement plutôt à gauche.
Ségolène Royal arrive en effet première selon les deux modes de scrutin : 52,25% d'approbation et 19,32% des scores (soit 505 points en tout).
Par ailleurs, les votes pour les partis d'extrême gauche sont également assez bien représentés, notamment par une forte approbation à Olivier Besancenot : 17,23% des électeurs lui ont accordé leur approbation. Il a recueilli plus de 10% des points attribués dans le vote par note.
Surprenants ensuite.
D'abord du fait d'un résultat plutôt ambivalent. Selon la méthode par note, le score de Ségolène Royal est à exacte égalité avec François Bayrou. La candidate socialiste et le candidat centriste sont donc dans ce cas tous les deux vainqueurs.
Cela dit, la structure de ce résultat ex-aequo est différent pour les deux candidats. François Bayrou bénéficie en effet d'un plus grand nombre de vote « 1 » (166 « 2 » contre 173 « 1 ») alors que Ségolène Royal réussit surtout son score avec des « 2 » (190 « 2 » contre 125 « 1 »).
En outre, Dominique Voynet, qui est à peine visible dans les sondages nationaux, réunit 17,90% d'approbation sur le campus 1, ce qui l'a fait arriver 3ème dans le vote par approbation après les deux premiers ex æquo, pas loin devant Olivier Besancenot avec 17.23%). Les résultats de la candidate du parti Vert dans le vote par note sont encore plus spectaculaires : seulement 46,09% des électeurs la dédaignent ; si seuls 11.63% d'entre eux lui donnent un « 2 », 42,28% lui donnent un « 1 ».
Enfin, Nicolas Sarkozy qui arrive troisième selon le vote par approbation est relégué à la cinquième place dans le vote par note.
Cela étant dit, ces résultats ne surprennent que parce qu’ils sont différents de ce à quoi nous sommes habitués par notre mode de scrutin habituel, le scrutin uninominal à deux tours.
Car ils confirment des résultats théoriques connus en théorie du vote.
Les scrutins de pluralité (dans lesquels on s’exprime sur plus qu’un seul candidat) avantagent les partis plus consensuels, souvent au centre, par rapport aux scrutins uninominaux.
En contrepoint, ils désavantagent les candidats moins consensuels et qui font l’objet d’avis plus tranchés, souvent aux extrêmes.
Par ailleurs, en réduisant dans une certaine mesure le « vote utile » qui conduit à ne pas exprimer un vote de conviction dans un scrutin uninominal, les électeurs hésitent moins à soutenir les petits partis dans les scrutins à la pluralité. Dans le vote par note notamment, il est même possible d’exprimer son soutien à une cause sans pour autant exprimer une adhésion complète.
Ces modes de scrutin favorisent donc les candidats dont les programmes intéressent les électeurs, quand bien même ces candidats n’ont pas la capacité de convertir une approbation – ou une note positive – en une voix dans le scrutin uninominal.
Les résultats expérimentaux semblent bien confirmer ces différents résultats théoriques.
Pour consulter les tableaux de résultats :
Ce que nous enseigne les réponses aux questionnaires :
Après les informations relatives aux votes, en voici concernant les réponses aux questionnaires (plus de 300 réponses).
Les participants qui ont accepté d'aller jusqu'à répondre aux questionnaires sont évidemment les plus enclins à nous faire des compliments. Cela devrait expliquer le ton globalement très positif des remarques exprimées.
Les points négatifs les plus représentatifs (dans l'ordre d'importance) :
- l'impossibilité de voter blanc par candidat a été mal perçue, de même que, ce qui est équivalent, l'impossibilité de distinguer entre une désapprobation et une indifférence. Cette possibilité d’expression a été ajoutée pour le vote par note dans le scrutin expérimental du 22 avril.
- l'accès aux résultats, promis trop tardivement.
- le fait que l'information sur la réalisation de l'expérience a été aussi tardive et peu diffusée (la veille) ;
- pour une personne seulement : le sentiment d'obligation de participer à l'expérience ; le questionnaire-surprise et un "ça fait encore parler des élections : c'est du bourrage de crâne".
Les éléments appréciés les plus représentatifs :
- l'idée même, l'initiative ;
- l'organisation et l'équipe d'organisation :
- l'accueil des organisateurs : sympathiques, gentils, sérieux, disponibles, aimables, à l'écoute…
- l'organisation d'un vote en conditions officielles a été très appréciées : "les conditions de vote sont optimales"; "les conditions réelles de vote (isoloirs)..."
- l'organisation en général, notamment le fait que cela se déroule au RU ;
- la bonne ambiance et l'aspect ludique de l'expérience ;
- la simplicité et la rapidité de l'opération, les explications claires des documents ;
- le fait que ce soit organisé par des chercheurs ;
- le fait de s'adresser à eux, les étudiants :
- l'expérience leur permet de s'exprimer, mais surtout, on leur a demandé leur avis, on prend au sérieux les opinions politiques des étudiants :"qu'on s'intéresse à notre avis", "prendre nos idées en considération" ;
- l'expérience enseigne aux étudiants l'intérêt du vote ou, simplement, leur donne envie d'aller voter, voire leur redonne l'envie de se préoccuper de politique : "cette année, je vote pour la première fois et cette expérience me donne déjà envie d'être au 22 avril"
- la participation à l'expérience conduit chaque participant à s'interroger à l'avance sur ce qu'ils vont voter le 22 avril : "faire réfléchir les étudiants avant d'aller voter"
- cette expérience conduit chacun des étudiants à s'interroger sur quelque chose qu'ils n'avaient jamais remis en cause auparavant, le rôle des modes de scrutin. Cela est apparu comme une nouvelle problématique, source de débats : "je n'avais jamais pensé à remettre en cause le mode de scrutin", "j'ai bien apprécié le fait de questionner l'institution qu'est le scrutin" ;
- l'originalité des modes de scrutin :
- les modes de scrutin eux-même, qui donnent plus de possibilité aux électeurs de s'exprimer : "il n'est plus question de vote utile et on peut ainsi voter réellement comme on l'entend", "j'ai apprécié de pouvoir donner mon avis sur plusieurs candidats"; "se sortir un petit peu de la peur du scrutin en permettant d'approuver plusieurs personnes"
- les modes de scrutin qui fournissent plus d'informations aux journalistes pour les analyser : ils permettent de "rendre le vote moins silencieux" ;
- le fait de remettre en cause le mode de scrutin uninominal à deux tours : "un système qui répondrait plus aux attentes de gens"
Parfois, l'expérience a été considérée comme une autre façon de réaliser un sondage d'opinion, mais, grâce à l'anonymat garanti par les urnes et les isoloirs, dans des conditions plus satisfaisantes que celles qui sont suivies par les instituts privés (sic), les sondages par téléphone conduisant par exemple à sous-estimer certains votes.
Il y a quelques personnes qui expriment une forte désapprobation face à ces nouveaux modes de scrutin. Il faut toutefois préciser qu’une bonne partie d'entre eux se caractérise en même temps par une mauvaise compréhension du fonctionnement des modes de scrutin (ils ont coché les cases : « les modes de scrutin proposés ne nous semblent pas clairs »). Or, le pourcentage d'étudiants qui ne les ont pas compris (et qui n’ont pas apprécié) sont assez peu nombreux. J'en déduis donc que ceux qui n'appréciaient pas l'idée ont surtout décidé de ne pas participer à l'expérience ou, au moins, de ne pas répondre aux questionnaires.
Beaucoup aimeraient voir appliquer ces modes de scrutin ou rappellent leur attachement à la proportionnelle (y compris pour les présidentielles).
Certains doutent toutefois de la possibilité de le réaliser à plus grande échelle et attendent donc les résultats de cette expérience avant de se prononcer.
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