Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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La valeur des sagas comme documents historiques

par Micael Allainguillaume - publié le , mis à jour le

Séminaire commun de recherche (Équipes CRAHAM et ERLIS)

C’est dans le cadre de la chaire d’excellence de Matthew J. Driscoll que s’est tenu le 17 février 2012 un séminaire de recherche organisé par les équipes du CRAHAM et d’ERLIS. Cette rencontre s’est déroulée autour de la question de l’intérêt documentaire des sagas pour la recherche historique. Ces récits sont généralement considérés comme le fleuron de la littérature scandinave médiévale, mais leur usage comme sources historiques a tout de même suscité de nombreuses discussions parmi les spécialistes. Les trois
intervenants conviés à ce séminaire ont ainsi été invités à s’exprimer sur ce sujet.

Tout d’abord, Matthew J. Driscoll, professeur à l’Université de Copenhague, a ouvert cette séance en présentant un bilan historiographique de la question. Il a ainsi indiqué que les historiens ont depuis longtemps apprécié les informations apportées par les sagas. Dès les XVIe et XVIIe siècles, des érudits comme Arngrímur Jónsson et Þormóður Torfason avaient en effet recours à ces textes pour écrire l’histoire de la Scandinavie. Il a néanmoins fallu attendre le XIXe siècle pour voir émerger de véritables débats sur leur
valeur historique. Andreas Heusler distinguait d’ailleurs deux grands courants de pensée : d’un côté, les spécialistes se réclamant de la théorie de la Freiprosa considéraient que la matière des sagas était le fruit d’une transmission orale immuable, ce qui en faisait des sources fiables, tandis que les tenants de la Buchprosa insistaient davantage sur la subjectivité de leurs auteurs et nuançaient alors l’authenticité de leur contenu. Enfin, M. J. Driscoll a mentionné l’influence majeure jusqu’à nos jours de l’École islandaise qui affirmait que les sagas étaient avant tout des constructions propres à des auteurs et à des contextes politicoculturels donnés et ne pouvaient donc fournir qu’une image imparfaite des temps anciens.

La parole a ensuite été laissée à Hans Jacob Orning qui est quant à lui professeur à l’Université de Volda. Notre intervenant s’est plus particulièrement intéressé au cas des fornaldarsögur Norðurlanda ou « sagas légendaires » et à leur traitement dans le cadre de la recherche historique. Cette catégorie se caractérise notamment par la très large part de fiction insufflée aux récits qui la composent, c’est pourquoi elle a principalement suscité l’intérêt des spécialistes de la littérature, de la linguistique ou de la philologie.
Cependant, H. J. Orning a mis en avant le fait que les sagas légendaires pouvaient elles aussi constituer des documents utiles aux historiens. Il a ainsi démontré que ces textes, au-delà de la non-historicité des sujets abordés, étaient d’abord des manifestions d’une période particulière. En ce sens, ils pourraient fournir des indices concernant les valeurs, les représentations ou encore les structures mentales propres à l’époque de leur rédaction.

Enfin, nous avons pu écouter Grégory Cattaneo, doctorant à l’Université de Paris IV et à l’Université d’Islande. Cette dernière intervention a permis d’aborder l’étude des rivalités et des luttes entre les chefs de l’Islande indépendante. Alors que la curiosité des chercheurs s’est surtout portée sur les sagas des Islandais et, en conséquence, sur la période allant du Xe au XIe siècle, notre intervenant a choisi de s’intéresser à un
conflit du milieu du XIIIe siècle qui nous est rapporté par la Svínfellinga saga, une des sagas dites « des contemporains ». Celle-ci met en effet en scène l’opposition entre des chefs positionnés dans le sud de l’île. C’est ainsi après avoir résumé le texte que G. Cattaneo a détaillé les origines et le déroulement du conflit (composition des partis, résultats des procès…). Il a ainsi noté que cet exemple pouvait illustrer les transformations sociales que connaissait l’Islande du XIIIe siècle consécutivement à la montée en puissance d’une élite économique et politique.

Cette rencontre aura donc permis d’échanger divers points de vue sur la question de la valeur historique des sagas islandaises et de mettre en évidence la véritable diversité des sources à la disposition des historiens.

Simon Lebouteiller, doctorant contractuel (Centre Michel de Boüard - CRAHAM, UMR 6273)