Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
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L’église Saint-Pierre de Thaon

par Micael Allainguillaume - publié le , mis à jour le

1. Présentation du site et des principales découvertes (F. Delahaye et C. Chapelain de Séreville-Niel)

À l’issue de la campagne 2008, 335 sépultures avaient été identifiées à l’intérieur de l’édifice et dans ses abords immédiats. La fourchette chronologique dans laquelle s’inscrivent ces inhumations reste large (du VIIe au XVIIIe siècle) et les éléments de datation restent rares. Néanmoins, l’analyse des relations stratigraphiques observées entre les différentes structures bâties et les sépultures installées dans les niveaux actuellement atteints fournit tout de même quelques éléments chronologiques et permet d’envisager un premier phasage de certaines sépultures, même si leur rattachement définitif à une période ou à une autre reste à préciser une fois la fouille achevée. Pour l’instant, les jalons chronologiques fiables sont constitués, pour les sépultures, par plusieurs pots à encens caractéristiques des XIIIe-XIVe siècles, par des carreaux de plate-tombe complets ou fragmentés (datés du dernier quart du XIIIe-début du XIVe siècle) et par quelques rares monnaies trouvés dans le remplissage des fosses. Le recours à des datations radiocarbones à partir des os de certaines sépultures qui nous paraissent à des niveaux intéressants d’un point de vue stratigraphique apporte également d’utiles informations pour les périodes les plus anciennes.

Au cours des campagnes précédentes, le chœur, (travées VII et VIII), la travée sous clocher (travée VI) ainsi que la nef (travées I à V) ont pu faire l’objet de décapages réguliers. Selon les secteurs de fouilles, jusqu’à dix à douze niveaux successifs d’inhumations ont été identifiés permettant un phasage préliminaire des tombes, mais apportant aussi de nouvelles données pour l’étude typo-chronologique des modes d’inhumations présents à Thaon. Ainsi, les données de terrain fournissent un premier aperçu des pratiques funéraires existant sur ce site et témoignent d’une répartition différentielle des sépultures en fonction de critères liés au statut social, à l’âge ou au sexe.

Divers modes d’inhumations ont été observés sur ce site. La majorité des sépultures sont en cercueil de bois de forme trapézoïdale, orientés ouest-est avec une décomposition du corps s’opérant le plus souvent en espace vide ou semi-colmaté avec, parfois, la présence d’un linceul. Dans l’ensemble, les limites des cercueils sont aisément identifiables par la présence de traces ligneuses noires ou brunes, des restes de bois marquant nettement les pourtours des fosses, de nombreux clous restés en position et matérialisant le couvercle, les parois latérales ou le fond du cercueil. Quelques exemples d’assemblages chevillés ont également pu être identifiés. Depuis 2006, les coffrages de bois et les sépultures aménagées en pierres calcaires associées à des planches de bois sont de plus en plus représentés et semblent correspondre aux modes d’inhumations existant pour les périodes les plus anciennes du site tandis que les cercueils se rattachent globalement plutôt aux périodes modernes.

La représentation sexuelle des individus selon les secteurs et les périodes d’inhumation reconnues jusqu’ici a montré qu’il existait une disparité entre le chœur, la travée sous clocher et la nef pour les phases les plus récentes. Si les sépultures du chœur appartiennent majoritairement à des hommes, la nef montre un déséquilibre en faveur des femmes. Dans la travée sous clocher, la parité est à l’inverse respectée. Pour les périodes les plus anciennes, aucune différence sexuelle n’apparaît réellement dans la répartition des individus et ce quel que soit le secteur fouillé.

Plusieurs lieux d’inhumations préférentiels en fonction de l’âge des inhumés ont aussi été identifiés dans la nef ou à l’extérieur des différentes églises identifiées jusqu’à présent et se succédant dans le temps. Une certaine pérennité de ces zones préférentielles semble même pouvoir être proposée à Thaon. En effet, quelle que soit la période considérée, le portail, le chevet, les secteurs situés le long des murs extérieurs ou intérieurs de la nef semblent être réservés à l’inhumation de très jeunes enfants (périnatals et enfants de moins de cinq ans) ou à des adolescents alors que la nef est plutôt dévolue aux adultes.

L’analyse anthropologique et paléopathologique exhaustive de la population inhumée sur ce site a pour objectif principal l’identification sociale des individus ayant fait le choix de sépulture dans l’espace sacré d’un édifice religieux ou à sa proximité. L’étude approfondie des individus ensevelis dans le chœur, au cours de sa phase moderne d’utilisation, a notamment permis la mise en évidence d’un lien de filiation possible entre plusieurs des sujets, mais aussi de montrer que ces individus apparentés étaient liés par un mode de vie commun, avec une alimentation sans doute trop riche ayant eu de graves conséquences sur leur état de santé. Ces éléments vont dans le sens de l’idée préalablement émise d’un lieu d’inhumation réservé à un groupe social favorisé, hypothèse d’autant plus plausible que les recherches menées par le groupe Recherche de l’AVET dans les registres des inhumations confirment que plusieurs membres des familles seigneuriales de Thaon ont été inhumés dans cet espace privilégié au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

2. La diffusion des résultats (F. Delahaye et C. Niel)

Depuis 2006, plusieurs articles et communications diverses ont été présentées lors de séminaires, de colloques ou de table-rondes consacrés essentiellement au domaine de l’anthropologie ou de l’archéologie funéraire.
Ainsi, début 2008, les actes du colloque La paroisse en Normandie (Saint-Lô, 28-30 novembre 2002) ont été publiés par la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Manche. La communication publiée dans ces actes en collaboration avec A. Alduc-Le Bagousse et J. Blondiaux, fait état des recherches menées à Thaon entre 2000 et 2002 .

Un autre article, en collaboration avec J. Blondiaux, A. Alduc-Le Bagousse et X. Demondion sur une étude de cas ayant trait à une maladie hypersostotique observée sur quatre individus inhumés dans le chœur a été publié dans le Bulletin de la Société d’Anthropologie de Paris après avoir été mis en ligne courant 2007 .

Plusieurs présentations des résultats préliminaires de la fouille ont également été effectuées à diverses séances du GTR Inhumations en édifice religieux organisées au sein du CRAHAM (UMR 6273 CNRS-UCBN).

En 2009, un poster a été présenté par C. Niel lors de la table ronde Le bois dans l’architecture et l’aménagement de la tombe, organisée à Auxerre du 15 au 17 octobre 2009 par F. Henrion (Centre d’Études Médiévales) et F. Carré (SRA de Haute-Normandie). Intitulée « Exemples de conservation du bois : trois types d’aménagements funéraires du VIIe au XVIIIe siècle à Thaon (Calvados) ». Cette communication va être suivie d’une publication avec une parution prévue pour la fin de l’année 2010. L’article est actuellement en cours de validation auprès du comité scientifique ayant organisé cette table ronde.

Une autre communication, « Zones d’inhumations spécifiques pour les jeunes enfants dans les cimetières paroissiaux médiévaux : quelques exemples bas-normands », présentée par C. Niel à la journée d’étude sur Le corps des Anges, journée d’études sur les pratiques funéraires autour de l’enfant mort au Moyen Âge, le 14 novembre 2009 à Blandy-les-Tours et préparée en collaboration avec A. Alduc-Le Bagousse et B. Poret, a permis d’exposer quels sont les secteurs préférentiels d’inhumations réservés aux tout-petits dans plusieurs cimetières normands médiévaux dont celui de Thaon. La parution d’un article faisant suite à cette communication est également prévue d’ici à la fin de l’année 2010.

De plus, par l’intermédiaire de C. Niel, sollicitée par la cellule communication de la Délégation régionale du CNRS, une visite du site de Thaon a pu être organisée le 13 juillet 2009 dans le cadre d’une opération CNRS de tourisme scientifique associant terrain et analyses de laboratoire. La visite du site, assurée à la fois par des membres de l’AVET, F. Delahaye et C. Niel, s’est poursuivie à l’université de Caen où C. Niel a fait une visite complète du laboratoire de paléoanthropologie du CRAHAM par une présentation des résultats de l’analyse anthropologique des individus déjà exhumés à Thaon. Cette opération de valorisation de la recherche a remporté un vif succès auprès du public et, à la demande du Délégué régional du CNRS, F. Faure, et de la cellule Communication de la Délégation, pourrait être renouvelée l’été prochain.

Enfin, le 12 mars 2010, une communication ayant pour titre « De la production au geste funéraire : le dépôt de vases dans des tombes en Basse-Normandie (XIIIe-XVe siècle) » a été présentée par F. Fichet de Clairfontaine, A. Bocquet-Liénard et S. Dervin à la journée d’étude Des pots dans la tombe consacrée aux céramiques funéraires et organisée par le CRAHAM à l’université de Caen.

3. Campagnes 2009 et 2010 (F. Delahaye et C. Niel)

Depuis 2000 et le début de la fouille des zones sépulcrales identifiées dans l’église Saint-Pierre de Thaon ou dans ses abords immédiats, 405 sépultures ont été fouillées ou identifiées. Il est possible de considérer que la majorité des individus inhumés dans l’église sont désormais exhumés, les niveaux atteints dans certains secteurs de la fouille, notamment dans les travées IV et V, ne livrant plus désormais que quelques rares tombes (fig. 1).

Fig. 1

En 2009, les investigations menées dans le chœur et la travée sous le clocher n’ont guère pu avancer, plusieurs remontées de la nappe phréatique liées aux intempéries du mois de juillet dernier ayant une nouvelle fois fortement ralenti, voire empêché, la poursuite des investigations archéologiques menées dans ces secteurs (fig. 2 et 3). La fouille des travées I, II et III a pu, elle, se poursuivre (fig. 4 et 5), mais là aussi désormais, les niveaux inondables sont atteints, certaines sépultures dégagées l’été dernier dans cette zone ayant été ennoyées à plusieurs reprises en cours de fouille selon l’importance des épisodes pluvieux (fig. 6).

Fig 2 à 6

Les secteurs de fouille où il était possible de travailler ont donc été privilégiés (travées I, II, IV et V) pour assurer une répartition optimale des fouilleurs qui étaient assez nombreux cette année, notamment au cours de la première semaine de juillet (fig. 7). Malgré des conditions de travail rendues parfois difficiles par l’humidité, les travées IV et V ont pu être dégagées jusqu’aux niveaux les plus inférieurs possibles en fonction des remontées d’eau et seule une nouvelle sépulture d’un homme adulte âgé et fortement pathologique dont l’inhumation a fortement remanié au moins trois sépultures d’enfants antérieures, et de nouvelles structures maçonnées ont pu y être identifiées.

La campagne 2009 s’est déroulée sur cinq semaines, du 29 juin au 31 juillet, et a accueilli 27 fouilleurs bénévoles. Celle de 2010 a débuté à la mi-juin (stage pratique des L1 de l’université de Caen), jusqu’à la fin juillet avec la présence à partir de début juillet d’une trentaine de bénévoles.

En 2009, au cours de la première semaine, une douzaine d’étudiants en Master 1 d’Histoire et d’Archéologie de l’université de Caen Basse-Normandie ont suivi un stage d’initiation à l’archéologie et à l’anthropologie funéraire, sous la responsabilité et l’encadrement de C. Niel. Ce stage, mis en place en liaison avec la réforme de la programmation pédagogique des masters mise cette année en application au sein de l’université de Caen, leur a permis d’avoir un premier aperçu des techniques de fouilles et des méthodes d’enregistrement suivis sur le chantier de Thaon.

Fig. 7 et 8

La méthodologie appliquée sur le terrain pour les sépultures, définie et adaptée par C. Niel en fonction des urgences de la fouille liées aux remontées de la nappe phréatique et selon les priorités déterminées en collaboration avec F. Delahaye, utilise les techniques généralement employées par l’anthropologie de terrain : localisation des bords de fosses et fouille des sépultures, relevé graphique au 1/10e pour les adultes, au 1/5e pour les enfants, couverture photographique complète et vues de détails (par photographies numériques), mesures d’altimétries dans la tombe, sur et sous les ossements, démontage du squelette, enregistrement du mobilier, des observations taphonomiques et, enfin, décapage et tamisage de la terre du fond de fosse.

La très bonne conservation du bois a également permis à C. Niel d’établir et d’affiner au fur et à mesure de l’avancée de la fouille, un protocole d’enregistrement systématique des traces de bois à l’aide de relevés en élévation des planches latérales, supérieures et inférieures, mais aussi par l’immatriculation et la localisation très précise de tout élément, ferreux ou non, associé à la construction de la tombe (fig. 8). Toutes les informations recueillies au cours de la fouille d’une sépulture comportant des éléments de bois toujours conservés, si elles paraissent parfois un peu longues à enregistrer aux fouilleurs, sont essentielles pour mener à bien l’analyse des modes d’inhumations observés sur le site de Thaon.

Depuis le début des fouilles entreprises en 2000 au sein de l’église de Thaon, un programme de travail établi en accord avec F. Delahaye permet aux fouilleurs de procéder au dégagement complet d’au moins une sépulture au cours de leur séjour et d’en suivre toutes les étapes de traitement du début jusqu’à la fin (fouille, enregistrement, relevé graphique, démontage, lavage, tamisage…). La présence de plusieurs nouveaux, qui n’avaient jamais fouillé et dont l’encadrement nécessite davantage de temps, nous a également incité à maintenir notre programme pédagogique de présentation des méthodes et des techniques de fouilles de sépulture sur le terrain et de visite du laboratoire de paléoanthropologie du Centre de Recherches Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales (CRAHAM UMR 6273 CNRS-UCBN) de manière à ce qu’ils aient une vision complète de l’étude et des résultats d’une fouille.

Comme chaque année, les squelettes exhumés ont été conditionnés, après démontage, dans des sacs plastiques et des caisses archives en polypropylène et emportés au CRAHAM dans l’attente de leur étude anthropologique complète en laboratoire.

4. Les résultats des campagnes 2009-2010 en archéologie funéraire (C. Niel)

Les travaux réalisés au cours de la fouille ont permis de mettre au jour une soixantaine de sépultures supplémentaires et de nouvelles maçonneries appartenant aux phases les plus anciennes du site.

  • Principales découvertes

Si la campagne 2009 n’a pas permis la mise au jour d’un grand nombre de nouvelles tombes (une trentaine environ), elle a par contre permis le dégagement plus important de structures qui jusqu’à lors n’étaient que partiellement mises en évidence. Ainsi, le secteur sud-ouest de la nef a-t-il pu être davantage exploré avec une mise au jour de structures sous-jacentes aux tombes (voir planche 5) et plusieurs murs ont vu leur chronologie respective affinée aussi bien dans la nef que dans la travée sous clocher avec notamment le démontage partiel du sarcophage n°104 (dans sa partie orientale, la tête de la cuve étant engagée sous les fondations de la pile sud ouest du clocher actuel).

Planche 5
  • Les trois premières travées de la nef

Dans ce secteur, la fouille de l’éboulement du mur 923 (travée I) a permis de confirmer la présence d’un alignement de tombes aménagées en pierres calcaires pour des enfants comme pour des sujets adultes (jeunes le plus souvent). Ces tombes semblent être alignées les unes par rapport aux autres contre la partie occidentale de l’église romane (fig. 9-10). Plusieurs semblent bien pouvoir, pour l’instant, être rattachées à la phase IV (1086-1090), voire même, pour certaines d’entre elles, être reliées à une période antérieure, les extrémités orientales de leur coffrage étant restées engagées sous le mur 942, contre le mur 937 dont la datation reste actuellement encore indéterminée, mais qui est, de toutes façons, antérieur au mur 942, la base de ce dernier lui reposant dessus.

Fig. 9 et 10

Comme en 2008, il a été observé que plusieurs des tombes aménagées dans cette partie de la nef reprennent une partie des pierres utilisées pour le coffrage d’une sépulture antérieure. Par exemple, plusieurs des pierres de calages des parois des sépultures 322 et 329, fouillées en 2008, devaient initialement appartenir à l’aménagement de la tombe 337, mise au jour en 2009. Cette dernière semble elle même avoir perturbé une inhumation antérieure, quelques os longs d’un adulte étant placés en réduction le long de la jambe et du pied droits du squelette 337. Un cas de figure un peu similaire est observé pour la tombe 355, sous-jacente à la sépulture 320 qui réutilise certaines pierres de sa paroi nord et dont l’installation a perturbé celles de sa paroi sud.

Dans la travée II, à l’est immédiat du mur 937 et coupé par ce dernier, les restes d’un sarcophage supplémentaire (sép. n° 342) ont pu être mis en évidence, la tête du sarcophage étant engagée (et sans doute partiellement détruite) sous les fondations du mur 937 (fig. 11). Contrairement à ceux qui avaient pu être retrouvés jusqu’ici sur le site de Thaon, ce sarcophage semble avoir été complètement brisé et éclaté en multiples morceaux sur place. Seuls quelques fragments du fond de cuve sont demeurés approximativement en place et ont servi à l’installation de deux tombes postérieures de tout-petits, aménagées à l’aide de ce qui restait du sarcophage. Cette destruction pourrait-elle avoir eu lieu en même temps que la perturbation survenue pour plusieurs tombes voisines a priori rattachées au haut Moyen Âge (phase II ou IIIa), dont les ossements ont été réduits et placés en ossuaire (n° 327), et pourrait-elle être consécutive de la construction de l’église préromane (phase IIIb) ? La question reste pour l’instant sans réponse, le mur 937 n’étant pour l’instant pas encore daté, mais se verra sans doute précisée avec la poursuite des investigations menées dans ce secteur lors de la campagne 2010.

Plus au sud, au pied de l’escalier donnant accès à la nef depuis l’extérieur, une douzaine de sépultures de sujets adultes et de grands adolescents inhumés en cercueil de bois ont également pu être mis au jour depuis 2004. Cette année, cinq nouvelles tombes ont été fouillées (fig. 12), toutes se recoupant les unes les autres, notamment à proximité du sarcophage 150. Les relations stratigraphiques observées entre ces fosses et les quelques vestiges matériels retrouvés dans leur remplissage (tessons) indiquent qu’elles appartiendraient plutôt aux phases les plus récentes d’inhumations dans la nef. Dans ce secteur, la densité des inhumations est particulièrement forte et aucun marquage au sol ne semblait exister. Cette utilisation intensive des espaces funéraires est aussi attestée par l’exemple d’un immature (331) qui se trouve placé entre les sarcophages 165 et 288 (fig. 13). Ce petit sujet, dont le squelette est incomplet et sans aucune connexion jointive conservée, semble avoir été perturbé et réduit dans l’espace résiduel existant entre les deux sarcophages soit lors de l’installation d’une sépulture postérieure (sép. n° 237) qui le recoupe dans sa portion orientale, soit lors de l’inhumation de l’un des sujets adultes retrouvés dans les sarcophages 165 et 288, ces individus n’étant pas les défunts initialement inhumés dans les cuves.

Fig. 11 à 13

Cette forte densité des inhumations et les nombreux recoupements que l’installation de nouvelles sépultures engendrent se remarquent aussi pour un groupe de tombes situé au milieu de la nef dans un secteur intermédiaire entre la travée II et III. En effet, la sépulture 334 (fig. 14), identifiée en 2008 en fin de campagne et laissée en attente pour être totalement dégagée en 2009, s’est révélée avoir perturbée plusieurs tombes antérieures, mais a elle-même été partiellement détruite dans sa partie sud-orientale par l’installation d’une inhumation postérieure en cercueil de bois (348). La première tombe déplacée, à l’ouest de 334 (sépulture 352, fig. 15) se résume aux jambes et à un pied droits d’un adulte encore en place et toujours en connexion partielle, le reste du squelette étant également fortement remanié à l’ouest par les sépultures 250, 310 et 317. L’installation de la sépulture 334 a bouleversé les os du tarse gauche de cet individu qui ont été déplacés et recouverts par des os adultes placés en réduction au sud et dans le remplissage de la sépulture 334 (= 332). Ces os en réduction ont à leur tour été perturbés lors de la destruction partielle de la sépulture 334 par l’installation du sujet 348 et ont été cantonnés le long de la paroi sud de cette dernière inhumation (fig. 16).

Fig. 14 à 16

Dans ces trois premières travées, plusieurs sépultures identifiées en 2008 ont pu être dégagées au cours de la campagne 2009 le long du mur nord de la nef actuelle (fig. 17). L’une d’elles s’est révélée être la sépulture aménagée d’un enfant de la classe d’âge des 1-4 ans, partiellement perturbée par l’installation postérieure d’une inhumation d’un périnatal installée directement au-dessus du squelette de cet enfant (sépulture opportuniste qui réutilise un coffrage déjà existant ou lien familial maintenu entre les deux immatures au-delà de la mort ?). L’inhumation du plus jeune réutilise les pierres latérales et de couverture de la tombe 333 pour faire une nouvelle tombe (= 340). Ces deux enfants reposent directement au-dessus d’une tombe adulte (= 339), lui-même perturbé dans sa partie sud-orientale par l’installation d’un troisième immature (= 356) dont la tombe montre également un aménagement à l’aide de pierres calcaires.

Fig. 17 et 18
  • Les travées IV et V

Dans la travée V, la sépulture 346 située au nord immédiat de la sépulture 161 correspond à un cercueil de bois cloué dont il restait en surface de nombreux fragments de bois délimitant précisément la sépulture (fig. 18). La sépulture 161, dont la conservation était exceptionnelle, avait été mise en attente et avait été protégée en attendant l’intervention de spécialistes du bois qui permettrait des observations fines sur les éléments organiques préservés dans cette tombe. Leur concours n’a pu être possible cet été pour des raisons de concordance d’agenda et du coût élevé de leur intervention pour le budget du chantier. La sépulture 346, directement attenante aux cercueils 161 et 286 (fig. 19), présente, elle aussi, une très bonne préservation du bois. Plusieurs prélèvements effectués en surface, selon un protocole établi en suivant les conseils d’A. Dietrich (INRAP) lors de sa visite en 2008, ont été réalisés sur des fragments de bois du fond du cercueil. Lors de la table ronde « Le bois dans l’architecture et l’aménagement de la tombe », organisée à Auxerre du 15 au 17 octobre 2009 par F. Henrion (Centre d’Etudes Médiévales) et F. Carré (SRA de Haute-Normandie), C. Niel a pris divers contacts et renseignements méthodologiques auprès de plusieurs des spécialistes du bois ou archéologues présents ayant eu à effectuer des prélèvements et des études sur les éléments de bois conservés (notamment R. Pérennec et A. Bardel sur l’abbaye de Landévennec, J.-Y. Hunot ou A. Dietriech, par exemple). Ces informations sont essentielles pour permettre un dégagement le plus correct possible de cette sépulture particulière et pouvoir ensuite en tirer un maximum d’indications permettant une étude complète des vestiges exhumés.

Fig. 19 et 20

La fouille de la sépulture 346 a permis la mise en évidence d’au moins deux planches constituant non pas le couvercle du cercueil comme on avait pu le penser au moment du décapage de surface, mais en réalité le fond de ce dernier fabriqué à l’aide de deux planches juxtaposées d’une épaisseur variant de 12 mm aux extrémités à 20 mm au centre. Au cours de leur décomposition, elles se sont disjointes au milieu de la fosse, la planche sud, la plus large, étant effondrée du nord vers le sud plus profondément (de 2 à 3, 5 cm) par rapport à la planche nord qui elle est restée plus à plat (avec une différence de 0, 5 cm de l’extrémité nord vers le sud). Aucun squelette en place n’ayant pu être identifié pour cette sépulture, il semble ici s’agir des restes d’une inhumation fortement perturbée lors de l’installation des sépultures postérieures adjacentes (161 et 143) et dont les os ont vraisemblablement été rassemblés ou disposés le long des bordures nord et sud ou dans le remplissage de ces cercueils comme l’attestent les nombreux fragments de bois et os divers retrouvés dispersés sur toute la surface occupée par ces tombes.

Au début de la campagne de fouille, le niveau de la nappe phréatique était suffisamment bas pour que les investigations menées entre les structures 969 et 961 et 965 puissent reprendre. Une passe supplémentaire a donc pu être réalisées sur toute la surface pour tenter de compléter les observations effectuées au cours des années antérieures dans ce secteur. Il s’avère que les hypothèses proposées en 2008 sur une réutilisation d’un édifice antique à la période romane semblent se confirmer. En effet, si l’alternance de remontées de la nappe phréatique et de périodes au cours de laquelle cette zone était accessible a considérablement ralenti sa fouille, le dégagement de quelques-unes des maçonneries mises au jour dans cette zone au cours des campagnes précédentes a ponctuellement pu se poursuivre et permet ainsi de préciser l’occupation antique du site.

Au centre de ce secteur, une nouvelle inhumation orientée ouest-est (347, fig. 20), a pu être mise au jour au bénéfice d’une baisse du niveau de la nappe phréatique. Cette tombe correspond à une sépulture en coffrage de bois avec des calages de pierres maintenant probablement plusieurs planches pour protéger le défunt (1, 99 m de long pour 0, .47 m de large à l’ouest et 0, 37 m de large à l’est) et se situe approximativement au centre de la partie latérale sud de l’établissement antique. La persistance d’espace vide est également attestée par plusieurs migrations osseuses. En effet, si aucun os n’est sorti du volume interne de la fosse, ces déplacements osseux ont sans doute été accentués par les remontées successives de la nappe phréatique dans un espace où du vide subsistait et alors qu’une couverture préservait encore le cadavre. Plusieurs pierres calcaires forment un calage bien délimité tout autour du squelette et une nette différence de couleur et de texture existe entre le comblement et le sédiment externe à la fosse constitué de terre argileuse (ua 3218) qu’il est possible, pour le moment, de rattacher à la période antique. De nombreux tessons antiques ont été retrouvés dans le remplissage de cette sépulture qui a, en outre, perturbé des inhumations antérieures de bébés ou de jeunes enfants (le nmi effectué sur le terrain décompte au moins trois sujets immatures dont deux périnatals). Ces observations appuient l’idée d’une probable utilisation funéraire du site dès la phase IIIa et peut-être même antérieure, dès la phase II.

Fig. 21 et 22
Fig. 23 et 24

Cependant, sa mise au jour a été particulièrement difficile et a nécessité une forte motivation et une bonne coordination des deux bénévoles qui la fouillaient. En effet, de constantes remontées de la nappe phréatique ont nécessité l’évacuation de l’eau en continu par l’un d’entre eux pendant que l’autre dégageait du mieux possible les ossements (fig. 25-26). Si cette solution, dévoreuse en temps et en énergie, a ponctuellement pu être valable pour achever la fouille de cette sépulture, elle ne peut être une solution généralisée à l’ensemble des tombes se trouvant éventuellement encore dans la travée V sous les niveaux actuellement atteints. D’autres solutions permettant l’évacuation de l’eau sont donc à envisager pour les prochaines campagnes.

Fig. 25
Fig. 26

Le sujet, un adulte de sexe masculin, repose sur le dos, bras disposés le long du corps, avant-bras gauche semi-fléchi sur le bassin, main gauche reposant initialement sur le bassin, mais qui s’est affaissée dans le volume interne de la ceinture pelvienne. Plusieurs phalanges ont glissé en deçà du bassin et se trouvent au milieu des cuisses. L’avant-bras droit est lui placé en extension le long de la hanche droite, main droite reposant sur la cuisse droite. Les membres inférieurs sont en extension dans l’axe principal du corps, genoux serrés. Tout le membre inférieur droit a pivoté vers le sud, le pied droit ayant suivi en même temps ce mouvement de rotation, tandis que le membre inférieur gauche est resté en position, maintenu par une pierre située le long du genou gauche. Le pied gauche, initialement en flexion avec les doigts de pieds sans doute disposés en extension vers l’est, comme l’attestent deux métatarsiens gauches restés en place et se trouvant en limite orientale de la tombe, a également pivoté, mais il s’est affaissé vers le nord, nord-est. Plusieurs des os des tarses ont migré vers l’ouest et se retrouvent soit le long de la paroi sud du coffrage, soit dans le volume interne des cuisses. La décomposition de ce sujet s’est opérée en espace vide attesté par la mise à plat complète des côtes, une bascule en arrière du bloc crânio-facial, une déconnexion du maxillaire, retrouvé en contrebas du crâne, un affaissement et un décrochement complet de la mandibule, une migration des patellas dans le volume interne des cuisses, le déplacement de plusieurs des métatarsiens droits et gauches entre les chevilles, le long du bord médial de la cuisse gauche, à l’est de la ceinture pelvienne, mais aussi le long du bras et de l’avant-bras droits dans un espace subsistant entre les os et la paroi méridionale de la sépulture. D’autres déconnexions sont également perceptibles au niveau des épaules avec un affaissement partiel des humérus par rapport aux scapulas malgré un maintien en position de déséquilibre en position latérale des humérus contre une paroi aujourd’hui disparue. Cet effet de paroi est perceptible aux épaules et au niveau du bassin incomplètement mis à plat. Si le membre inférieur gauche est demeuré en position (connexion étroite maintenue entre le fémur et le coxal gauche notamment), le membre inférieur droit semble lui avoir suivi une rotation vers le sud : la tête fémorale droite n’est plus engagée dans l’acétabulum, le fémur ayant pivoté vers le sud en entraînant la jambe droite en même temps. Il semble qu’un effet de paroi soit plus nettement perceptible sur toute la partie nord de la sépulture avec un calage de pierres (et de planches ?) plus persistant dans le temps, même si l’appui de l’avant-bras gauche sur le bassin a pu également limiter les mouvements de bascule latérale vers le nord. Le coxal droit est lui affaissé vers le sud et atteste du maintien d’espace vide dans cette partie de la tombe même dans un état de décomposition avancée du cadavre. Un calage céphalique par des pierres ayant maintenu le crâne en position sur le côté nord a aussi pu être noté, mais n’a pu empêché sa bascule en arrière. Le crâne apparaît en face antéro-inférieure latérale gauche, face dirigée vers le haut et légèrement vers le sud. Les connexions occipito-cervicales sont déplacées, mais la connexion entre les deux premières cervicales est restée stricte. La présence d’un coussin funéraire en matière périssable peut-être avancée, le mouvement de bascule du bloc crânio-facial semble avoir été subi et a sans doute eu lieu à un moment de la décomposition du cadavre où le lien crâne-atlas n’existait plus et où du vide subsistait encore dans la tombe. Outre sa position particulière par rapport à l’édifice antique, ce sujet présente également des fortes atteintes pathologiques notées au moment de sa fouille : il comporte d’importantes fusions osseuses au niveau des thoraciques et des lombaires (L1 et L2 sont partiellement soudées l’une à l’autre et montrent des ostéophytes particulièrement développés sur le rebord latéral gauche des corps vertébraux, L3 à L5 sont totalement fusionnées les unes aux autres et T10-11 sont écrasées et soudées l’une à l’autre). D’importantes ossifications cartilagineuses ont également été observées au niveau du sternum et du grill costal. Une forte édentation supérieure et inférieure est également observée pour ce sujet qui fera l’objet d’une analyse paléopathologique plus poussée lors de son analyse en laboratoire.

  • La travée sous clocher

Dans la travée sous clocher, les remontées de la nappe phréatique n’ont pas permis de descendre beaucoup plus que les niveaux atteints jusqu’ici. Néanmoins, plusieurs passes ont pu être réalisées et décision a été prise de démonter une partie du sarcophage 104 partiellement engagé sous la pile sud-ouest du clocher. Ce dernier, au fur et à mesure des campagnes, se délitait en effet complètement : la paroi nord de la cuve notamment se fragmentait de plus en plus et s’effondrait, ce qui rendait dangereux les zones de passage pour l’accès au chœur depuis la nef. Nous avons donc décidé de démonter toutes les parties brisées ce qui permettait également de fouiller les niveaux sous-jacents, constitués essentiellement de terre argileuse grise très collante avec quelques os humains épars, des ossements animaux et des tessons de céramique dont des fragments de céramique antique (sigillée en particulier). Au nord immédiat du sarcophage 104, une structure funéraire constituée de pierres calcaires à peu près équarries a pu être mises en évidence (351, fig. 27) avec les membres inférieurs d’un sujet adulte en place, même si des déplacements osseux attestaient d’une décomposition en espace vide. Seuls les os des jambes et des tarses ont pu être prélevés, tout le reste du squelette étant engagé sous la pile sud-ouest du clocher actuel. La sépulture a été installée le long du mur 936 contre lequel elle est directement accolée et recoupe le mur 951. Elle pourrait donc avoir été installée à une période où le mur de l’église du haut moyen Âge existait encore (phase IIIa), mais perturbe les fondations de l’édifice antique (phase II) et s’inscrirait actuellement parmi les sépultures les plus anciennes reconnues sur le site.

Fig. 27 et 28

Dans la travée sous clocher, divers ossements disposés en vrac (fig. 28) et sans aucune connexion conservée entre eux ont également été identifiés au pied du mur 950, mais à une profondeur nettement plus importante par rapport à la sépulture 163 qui leur était sus-jacente (-17 cm). Plusieurs pierres calcaires situées au nord de ces ossements pourraient être associées à l’aménagement de la sépulture 216, fouillée en 2006, car plusieurs d’entre elles sont engagées sous le mur 954 et attestent ainsi de leur antériorité. Cette sépulture semble avoir recoupée les murs 960 et 950 et leur est donc postérieure, mais est recouverte par le mur 954. Sa datation pourrait donc s’inscrire après le premier édifice cultuel (phase II = VIIe siècle) et avant l’église du haut Moyen Âge (phase IIIa = fin du VIIe-début du VIIIe siècle).

Fig. 29

Au cours de la campagne 2009, une dernière sépulture (338) a pu être identifiée et fouillée dans ce secteur avant que la remontée du niveau de la nappe phréatique n’empêche de creuser plus profondément (fig. 29) : il s’agit de la tombe d’un périnatal orientée ouest-est, partiellement engagée sous le mur 943 et accolée à l’est du mur 965. De nombreux remaniements osseux attestent d’une décomposition en espace vide. Ces bouleversements peuvent aussi être imputables aux remontées fréquentes de la nappe phréatique qui ont perturbé les os du crâne, des membres supérieurs et inférieurs. Plusieurs des os déplacés du bébé marquent une limitation au nord et ont été maintenus dans le volume interne de la tombe par la persistance d’une paroi disparue ensuite. L’enfant pourrait avoir été inhumé dans un coffrage de bois constitué de planches calées latéralement par des pierres calcaires plus ou moins plates disposées tout autour de la fosse et formant un petit coffrage scellé par des pierres de couvertures. Une pierre est également placée sur chant à la tête de la tombe contre le mur 960 (à 3 cm de distance seulement à l’est de celui-ci). Cette nouvelle tombe, accolée au chevet du premier édifice cultuel, semblerait bien confirmer l’hypothèse avancée en 2006 pour les sépultures 220 et 221 d’une zone préférentielle d’inhumations pour les immatures contre le chevet cet édifice. Plusieurs pierres plates sont également présentes sous le squelette du bébé et pourraient correspondre aux pierres de couverture de la sépulture 285, orientée tête au nord, pieds au sud, située sous le mur 943 et qui semblerait même se trouver sous les fondations du mur 960. En raison des remontées d’eau, la sépulture 285 n’a pu, elle, être dégagée cette année (voir les fig. 2 et 3).

  • Résultats préliminaires de l’étude de la population inhumée à Thaon

Au fur et à mesure de l’avancée des fouilles, le nombre et la répartition des sépultures, mais aussi les structures subsistantes sur le site de Thaon se sont révélés nettement plus complexes qu’il n’y paraissait au départ (fig. 30).

Parmi les 364 structures funéraires exhumées jusqu’à présent, plusieurs correspondent à des sépultures de différents types, utilisés du VIIe au XVIIIe siècle. Par leur nombre élevé, mais aussi par la durée de l’utilisation à des fins funéraires de l’espace interne de l’église, les tombes présentes à Thaon permettent d’établir une véritable typologie régionale des modes d’inhumations utilisés du VIIe au XVIIIe siècle et complètent, au moins régionalement, nos connaissances des pratiques funéraires de ces périodes .

  • Étude des modes d’inhumations

À Thaon, outre une vingtaine de sarcophages, datés des VIIe-VIIIe siècles, orientés ouest-est en pierre calcaire, de forme trapézoïdale avec parfois une logette céphalique, divers dispositifs associant le matériau bois à la pierre ou montrant d’importants restes de bois parfaitement conservés sont aussi relevés (fig. 30 et fig. 31).

Fig. 30 à 33
  • Le cercueil cloué

À Thaon, les cercueils sont majoritaires puisqu’ils concernent 53 % des sujets encore en place. Leurs dimensions varient de 1, 48 m à 2, 05 m de long pour une largeur occidentale de 0, 20 à 0, 55 m et une largeur orientale de 0, 13 à 0, 40 m. Ce type de contenant est présent dans l’ensemble des secteurs de l’église et semble se rattacher essentiellement aux périodes postérieures au XIIe siècle. Orientés le plus souvent tête vers l’ouest, ils sont généralement de forme trapézoïdale, cloués et sont très facilement identifiables dans le sédiment. En effet, pour la plupart d’entre eux, des traces noire ou brunes ligneuses, des restes de planches délimitent très nettement les pourtours du cercueil associés fréquemment à des effets de parois. Ces derniers sont perceptibles soit en négatif par la présence d’espaces vides remplaçant les planches une fois ces dernières décomposées, soit par la position de certains ossements initialement en appui contre les parois du cercueil et maintenus en position d’équilibre malgré une décomposition globale du corps, qui dans ce type de contenant s’opère en espace vide ou en espace semi colmaté (fig. 32/8) avec, parfois, la présence de coussin funéraire et/ou d’un linceul (identifié à l’aide d’épingles ou par la position spécifique de certains os comme l’hyperverticalisation des clavicules, les contraintes et les effets de parois observés au niveau des épaules, du bassin ou des pieds… ). Les défunts inhumés en cercueil sont généralement placés sur le dos, membres inférieurs en extension dans l’axe du corps. Les bras sont placés le long du corps, les avant-bras disposés sur l’abdomen ou fléchis sur le thorax avec, selon les cas, les mains placées sur le pubis, à plat l’une au-dessus de l’autre, jointes ou simplement disposées de chaque côté du corps sur le haut de la poitrine.

Plusieurs des cercueils mis au jour à Thaon étaient quasi complets avec des planches plus ou moins encore en place, leur épaisseur moyenne variant de quelques millimètres à presque 1 cm d’épaisseur selon la nature des essences utilisées. Dans la majorité des cas, les clous, présents parfois en très grand nombre (jusqu’à cinquante notés dans un cas – sép. 312), sont restés en position autour du squelette (clous de couvercle, du fond de cercueil ou des côtés) matérialisant ainsi les parois encore en élévation (fig. 33/9). Certains présentent un couvercle partiellement effondré vers le centre du cercueil, d’autres ont leurs planches latérales conservées, la forme en bâtière des couvercles étant parfois observable en coupe (fig. 34/10). D’autres encore ont des restes de bois délimitant nettement le fond de cercueil sous le squelette (fig. 35/11). Dans plusieurs cas, a priori plutôt pour des sépultures postérieures au XVIe siècle, un système de renforcement des fonds de cercueils a été observé à l’aide de barres transversales épaisses de 2 à 4 cm, clouées ou chevillées sous la planche de fond de la cuve. Elles se situent en général sous les épaules et les chevilles du défunt, mais sont aussi parfois notées sous le bassin (fig. 35/11 et 36/12). Ces renforts correspondent aux dimensions exactes du cercueil ou sont légèrement débordants. Leur fonction pourrait correspondre à celles de poignées permettant le transport du cercueil dans le cimetière ou facilitant, lors de la cérémonie funèbre, sa descente dans la fosse à l’aide de cordes .

Fig. 35
Fig. 36
  • Le cercueil chevillé

Seuls quatre cercueils chevillés ont pu être observés à Thaon. Là encore, pour ces quelques rares cas, les planches de bois étaient bien conservées et leur agencement a pu être démontré par la présence de traces en négatif de chevilles de bois observées sur les parois du fond du cercueil ou aux jonctions des parois latérales (fig. 37/13).

Fig. 37
  • Le coffrage de bois aménagé

À Thaon, un certain nombre de sépultures montre un aménagement en pierres calcaires bien agencées et associées à une couverture de bois. Les blocs calcaires, plus ou moins bien équarris, sont généralement placés sur tout le pourtour de la fosse creusée à même le sol et servent à maintenir la cohésion de planches plus ou moins disjointes ou à caler un coffrage de bois. Une ou plusieurs planches font quelques fois office de couvercle, elles-mêmes étant parfois recouvertes de pierres calcaires plus ou moins plates (fig. 38/14).
Le couvercle peut aussi être renforcé par des barres transversales préservant un espace vide au-dessus du cadavre (fig. 39/15). Ces sépultures, orientées est-ouest, sont localisées principalement à l’est des chevets des églises des Xe et XIe siècles ainsi que le long des murs gouttereaux nord et sud de la nef XIe siècle ou à l’ouest du portail Xe siècle. Recoupées par endroits par des tronçons de murs ou des niveaux de fondation XIe ou XIIe siècle, ces inhumations semblent caractéristiques, à Thaon, des périodes du VIe aux Xe-XIe siècles. Si ce type de structure semble principalement avoir été utilisé pour les sépultures d’enfants, cet aménagement se rencontre également pour quelques inhumations de jeunes adultes.

Des exemples typiques d’un tel agencement de la tombe sont ainsi fournis dans le chœur (fig. 40) où parmi les vingt-quatre sépultures identifiées jusqu’à présent dans ce secteur pour les périodes du Xe-XIe siècles, vingt correspondent à celles d’enfants de moins de dix ans, une majorité d’entre eux ayant moins de cinq ans ou étant des périnatals (sept sujets sont morts avant-terme, à la naissance ou peu de temps après). Dans plusieurs cas, les squelettes des enfants ne sont plus du tout en position, des bouleversements importants, sans doute liés aux remontées de la nappe phréatique, semblent en effet avoir eu lieu alors que des espaces vides subsistaient. Les ossements sont déconnectés les uns des autres et ont migré dans une partie de la sépulture, tout en restant cependant dans le volume interne de la tombe qui a progressivement été comblé après décomposition des chairs (déconnexion bloc crânio-facial - atlas - axis, rotation post mortem du crâne, affaissement complet des côtes, de la ceinture pelvienne, déconnexion et déplacements des corps vertébraux, des os longs, des os des mains et des pieds, etc.). D’autres migrations osseuses sont également liées à l’installation de sépultures postérieures, plusieurs tombes recoupant des structures ou perturbant des inhumations antérieures. Un exemple en est fourni par deux immatures inhumés dans des sépultures aménagées à l’aide de pierres calcaires très bien agencées les unes par rapport aux autres et disposées de chaque côté des corps (fig. 41/17). Une planche de bois, partiellement conservée et maintenue en place par des pierres, recouvrait le squelette du plus âgé, permettant ainsi la conservation d’espaces vides attestés par la migration de plusieurs os, tout en étant maintenus dans l’espace interne du coffrage. Une inhumation postérieure d’un périnatal, situé sur le membre inférieur droit de l’immature, vient ensuite perturber l’agencement de la tombe, certaines des pierres de calage de la planche de couverture ayant été réemployées pour ensevelir le plus petit.

Parmi les adultes, la sépulture d’un jeune homme située dans le chœur (sép. 233, fig. 14) est elle aussi tout à fait caractéristique de ce mode d’inhumation. Sa tombe, aménagée à l’aide de pierres calcaires plates disposées sur les pourtours d’une fosse est simplement creusée dans le sol et les pierres ont servi à caler un couvercle de bois constitué d’au moins deux planches de 1 à 1,5 cm d’épaisseur. Un colmatage partiel de la partie occidentale de la tombe a été noté, sans doute en liaison avec de la terre ayant glissé entre les interstices existant entre les planches du couvercle et les pierres qui le maintenaient en place latéralement. Ces dernières se sont affaissées vers le milieu de la fosse au moment du décharnement et présentent un fort pendage. Malgré l’effondrement des planches de couverture, la décomposition du corps s’est néanmoins opérée en espace vide comme l’attestent plusieurs migrations osseuses observées au sein de la sépulture.

  • Les sarcophages

Au fil des campagnes de fouilles, c’est désormais un peu plus d’une vingtaine de sarcophages en pierre calcaire de forme trapézoïdale, avec ou sans logette céphalique, qui ont été mis au jour à Thaon. Leur répartition semble être étroitement liée à l’évolution d’un édifice antique réutilisé et transformé vers le VIIe siècle. Leur nombre semble particulièrement important par rapport à la taille et au statut paroissial de l’église et leur répartition donne une image plus précise des espaces funéraires dans et autour de l’église du haut Moyen Âge, voire permet de mieux comprendre comment ils sont organisés par rapport aux divers bâtiments maintenant mis au jour. Disposés selon un axe ouest-est et de dimensions assez considérables (de 1, 72 m à 2, 20 m environ de long pour une largeur occidentale de 0, 35 m à 0, 80 m et une largeur orientale de 0, 14 m à 0, 40 m avec des parois épaisses de 5 à 10 cm environ), leur antériorité au XIIe s. a clairement été établie par la position stratigraphique de plusieurs d’entre eux, qui engagés sous les fondations de la pile sud-ouest du clocher XIe s., lui sont forcément antérieurs. Ils correspondent globalement aux exemples de sarcophages reconnus en Normandie pour les périodes des VIIe-VIIIe siècles. Tous ont fait l’objet de réutilisation, parfois multiples. Les cuves de plusieurs d’entre eux ont été utilisées pour l’installation de deux à quatre inhumations successives en cercueil ou en pleine terre (sarcophages 80, 63, 85, etc.). Chaque sarcophage a fait l’objet de relevés précis (mesures externes et interne des cuves, hauteurs, profondeurs, épaisseurs des parois, etc.) et un prélèvement systématique d’échantillons et de fragments de paroi a été effectué pour permettre une analyse physico-chimique de la pierre utilisée avec pour objectif d’en déterminer les composants et leur origine géographique (production locale en lien avec la proximité des carrières de Creully ou importation ?).

  • Les sépultures sans aménagement perceptible

Ce type de sépulture est relativement rare à Thaon (vingt-quatre cas dont neuf pour des enfants). Elles sont de dimensions assez modestes et leur attribution à une période chronologique n’est pas aisée. La majorité d’entre elles semblent s’inscrire dans les niveaux archéologiques postérieurs aux XIIIe - XIVe siècles. Il s’agit le plus souvent des sépultures d’enfants décédés en période périnatale et d’immatures âgés de moins de 6 mois.

  • Ossuaires et réductions

Installées à différentes périodes, en fonction des diverses évolutions qu’ont connu les espaces sépulcraux reconnus dans la nef actuelle, plusieurs fosses ossuaires ont pu être mises en évidence sur le site de Thaon.

Ainsi, l’ossuaire 175, identifié en 2004 et dont la fouille en plusieurs étapes par passes successives s’est achevée en 2006, regroupait tous les ossements provenant des sépultures détruites dans les années soixante-dix au cours d’une opération de décaissement de la nef . D’après les observations et les relevés de terrain, un minimum de 60 à 80 individus peut être avancé. Leur nombre exact reste à préciser par l’étude en laboratoire.

Un deuxième ossuaire (259), localisé dans l’angle sud-ouest de la travée I et dégagé en 2006 a sans doute lui aussi été établi dans les mêmes années. Il est de taille nettement plus réduite et ne comprend que deux à trois sujets adultes provenant probablement de sépultures géographiquement proches.

Dans la cinquième travée, un troisième ossuaire (197), nettement plus ancien est sans doute lié à la destruction de plusieurs tombes du VIIe siècle qui ont été regroupées dans une fosse commune installée à l’ouest et au pied de la pile sud-ouest du clocher, peut-être lors de la construction de la première église romane (phase IV = 1086-1090).

Deux autres ossuaires (323 et 327), semblent avoir été installés plus ou moins à la même période et être liés aux travaux de fondation de la première église romane. Le premier, installé à l’ouest immédiat et à la base de la pile nord-ouest du clocher, regroupe les os de trois sujets minimum (deux adultes et un enfant), plusieurs des os longs recensés sur le terrain pouvant appartenir à un seul et même individu. Le second ensemble réunit les ossements de deux adultes et de deux immatures (d’après le nmi établi sur le terrain). Les inhumations de ces individus semblent avoir été détruites lors des travaux de fondations du mur 937, sous-jacent au mur 942 qui correspondrait au mur occidental de la première église romane et leur datation pourrait là encore remonter au VIIe siècle. À l’appui de cette thèse, un sarcophage (342) également recoupé et partiellement détruit par les murs 937 et 942 a été découvert cet été, au sud immédiat de l’ossuaire 327.

Dans les niveaux archéologiques actuellement atteints dans la nef, plusieurs secteurs montrent une densité de sépultures particulièrement importante avec de très nombreux chevauchements et des bouleversements des fosses antérieures attestant d’une rotation assez rapide des tombes et d’une connaissance probable des différents espaces sépulcraux. Les recoupements de sépultures sont particulièrement fréquents dans les travées I, II, IV et V. La plupart de sépultures situées dans ces divers secteurs comportent en effet les os d’un ou de plusieurs occupants antérieurs placés en réduction sur le côté, à la tête ou aux pieds du nouvel inhumé. Ce cas de figure a particulièrement été illustré cet été par le groupe de sépultures situées au pied de l’escalier d’accès à la nef dans lequel plusieurs des inhumations comportaient les os réduits de sujets antérieurs (sépultures 292, 295, 324, 343, 345, 350, 357…).

4. Gestion des espaces funéraires à Thaon (C. Niel, A. Alduc-Le Bagousse, V. Brunet)

Au fur et à mesure des découvertes qu’apportent chaque campagne et l’étude de laboratoire, plusieurs secteurs de fouilles sembleraient correspondre à des zones d’inhumations particulières avec une certaine sélection des inhumés sur des critères d’appartenance sociale, de pathologies, de sexe ou d’âge… L’hypothèse émise il y a quelques années d’une possible partition chronologique de l’espace funéraire au sein de la nef semble pouvoir se confirmer en plusieurs endroits.

L’étude anthropologique des individus inhumés à Thaon se poursuit progressivement, notamment avec l’aide d’étudiants accueillis tout au long de l’année au sein du laboratoire de Paléoanthropologie du CRAHAM qui doivent effectuer des stages pratiques d’initiation ou suivre une formation en anthropologie dans le cadre de leur Master 1 ou 2. Si les populations du chœur et de la travée sous clocher ont fait l’objet d’études universitaires ou d’articles particuliers , il reste difficile pour le moment de dresser une véritable interprétation statistique exhaustive de la population exhumée de Thaon, le site étant toujours en cours de fouille et le nombre d’individus à considérer globalement encore indéterminé.

Néanmoins, quelques pistes peuvent être présentées : parmi les individus ayant fait l’objet d’une étude exhaustive en laboratoire, une proportion importante semble relativement âgée avec, pour certains sujets, des pathologies graves repérées dès le terrain, qui ont parfois fait l’objet d’analyses paléopathologiques plus poussées et de publications particulières . L’état sanitaire bucco-dentaire des sujets est correct ave cependant des édentations supérieures et inférieures fréquentes pour les sujets les plus âgés, des atteintes carieuses parfois importantes associées à la présence de kystes apicaux. Les maladies carentielles et les indicateurs de stress (cribra orbitalia, hypoplasies linéaires de l’émail dentaire, hyperostose poreuse…) sont par contre peu courants pour la population adulte de Thaon. Ces atteintes sont essentiellement notées chez quelques sujets immatures, notamment ceux inhumés au chevet de l’église aux Xe-XIe siècles.

La discrimination sexuelle des individus (fig. 42 : histogramme de la répartition des individus par sexe et par secteur), effectuée en premier lieu au moment de la fouille, puis précisée en laboratoire à partir des os du bassin a permis de confirmer l’existence pressentie dès la phase de terrain d’une répartition différentielle des individus selon le sexe dans certains secteurs. Ainsi, la forte prédominance masculine des individus inhumés dans le chœur et celle plus relative de la travée sous clocher s’opposent-elles à une représentation féminine nettement plus importante dans la nef, plus particulièrement dans la travée V, à l’entrée de la travée sous clocher, et dans l’espace central de la nef entre les travées IIIe t IV (fig. 43). Dans les deux premières travées et dans les zones situées le long des murs gouttereaux, la répartition sexuelle des individus semble à l’inverse plus équilibrée. Ces premières observations restent bien évidemment à préciser en fonction de la répartition des défunts par périodes d’inhumation et dépend également du nombre de sujets qu’il reste à exhumer dans ces secteurs.

De même, la mise en évidence de zones préférentielles d’inhumation en fonction de l’âge présentées au cours des précédentes campagnes s’est vue confirmée au fur et à mesure de l’avancée des fouilles. L’analyse des os menées en laboratoire précise en effet davantage les catégories d’âges attribuées sur le terrain, mais n’a pas engendré de bouleversement profond des hypothèses avancées. Jusqu’à présent, une plus grande fréquence des inhumations immatures est observée surtout dans le chœur, dans la travée sous clocher et le long du mur gouttereau nord de la nef, mais aussi dans les deux premières travées de la nef (fig. 44 : histogramme de représentation des enfants par rapport aux adultes selon les secteurs). Une proportion importante d’enfants a pu être notée dans la travée sous clocher et dans le chœur : parmi les inhumés du chœur, 28 % sont des périnatals et 33 % des immatures de moins de cinq ans (en considérant les sépultures sans différencier les périodes d’inhumation) et dans la travée sous clocher, ces proportions sont respectivement de 30 et 56,5 % en tenant compte des sépultures rattachées aux Xe-XIe siècles seulement. Dans la nef, les répartitions et la représentation des plus jeunes sont inégales puisque, selon les secteurs, la proportion d’immatures varie de très faible (14 % pour la travée IV) à très importante (38 et 44 % dans les travées I et II).

Ces premières analyses tendent à confirmer les observations de terrain et appuient les idées avancées ces trois dernières années sur la gestion des espaces funéraires au sein de l’église de Thaon, notamment pour ce qui concerne les zones d’inhumations particulières pour les immatures et la permanence dans le temps d’une répartition différentielle selon l’âge.

D’autres informations sont apportées par l’analyse de l’orientation des sépultures et de leur répartition au sein des espaces funéraires disponibles dans l’église. Ainsi, si la plupart des inhumations suivent le principe de l’orientation généralement préconisée chez les chrétiens , tête à l’ouest, pieds à l’est, six sont orientées en sens inverse, tête à l’est, pieds à l’ouest , cinq autres sont orientées tête au nord-ouest, pieds au sud-est et trois derniers sujets sont inhumés tête au sud, pieds au nord . Les premiers se situent essentiellement dans la travée IV et V et s’inscrivent globalement dans la même rangée que les sépultures voisines orientées ouest-est. Dans deux cas, pour des sujets âgés et inhumés dans des cercueils de bois particulièrement bien conservés, le statut d’ecclésiastique a pu être proposé . Dans la sépulture 125, une croix de nacre, des résidus métalliques associés à des fragments de tissu pouvant correspondre à des restes de vêtements, et plus particulièrement d’une étole ou d’une chasuble de prêtre, divers éléments organiques, etc., avaient été retrouvés. Dans la sépulture 161, encore incomplètement fouillée pour l’instant, outre des restes de vêtements, de fragments métalliques, de la peau, tout un alignement de petits boutons de bois ressemblant à ceux d’une soutane disposés tout le long et au milieu du corps ont pu être perçus au travers des fenêtres de prélèvements effectuées dans les planches du couvercle du cercueil. Tous ces éléments, associés à la position inversée de ces tombes, pourrait être indicatrice d’un désir d’humilité des défunts pour se présenter non pas face à Dieu, mais face à leurs paroissiens au moment du Jugement Dernier . Dans les quatre derniers cas d’orientation particulière des sépultures, il s’agit plus vraisemblablement d’une gestion optimisée des espaces funéraires, la zone intermédiaire entre les travées IV et V semblant particulièrement recherchée.

Pour les quelques rares sépultures disposées transversalement aux autres, le problème est différent car toutes semblent appartenir aux périodes antérieures au IXe siècle et pourraient avoir été placées ainsi en fonction des éléments bâtis et toujours en élévation à l’époque.

La position en sépulture des défunts ne nous renseigne par contre que peu sur la chronologie des tombes et ne semble que peu indicatrice de pratiques funéraires différentes d’une période à une autre, les individus étant disposés plus ou moins tous de la même manière, quelle que soit la période. Ils sont généralement sur le dos, les bras le long du corps, les avant-bras ramenés sur l’abdomen ou sur la poitrine avec les mains placées l’une au-dessus de l’autre, jointes ou croisées. Les enfants sont également sur le dos, les bras et les avant-bras généralement disposés le long du corps.

  • Le chœur : secteur d’inhumation particulier sur critère de sélection sociale, sexuelle et d’âge des inhumés

Si à partir de 2006, la fouille du chœur n’a guère pu avancer en raison de la hauteur de la nappe phréatique recouvrant quasiment en permanence les niveaux archéologiques que nous avions pu dégagés jusqu’à lors (ou du moins qui n’a pas suffisamment baissé pour permettre la moindre fouille dans ce secteur). Par contre, l’étude anthropologique des sujets qui y étaient inhumés est bien avancée. Une première analyse, menée en 2000 sur les sépultures adultes issues des niveaux supérieurs du chœur, nous avait en effet permis la mise en évidence d’une nette prédominance masculine parmi les sépultures de ce secteur. L’analyse paléopathologique de ces sujets nous avait même permis de signaler un possible lien de filiation existant entre plusieurs des sujets qui avaient également un mode de vie commun et une alimentation particulièrement riche ayant des répercussions importantes sur leur état de santé . Ces éléments nous avaient permis d’émettre l’idée d’un lieu d’inhumation réservé à un groupe social favorisé, hypothèse d’autant plus plausible que les recherches menées par les membres de l’association des Amis de la Vieille Église de Thaon dans les registres des inhumations confirmaient que plusieurs membres des familles seigneuriales de Thaon avaient été ensevelis dans cet espace privilégié au cours du XVIIe et du XVIIIe siècles.

Ces premiers résultats ont été complétés ensuite, en 2005 et 2006, par la découverte de sépultures, principalement d’enfants, situées au chevet des églises des Xe et XIe siècles. Ces dernières ne remettent pas en cause cette première analyse, mais apportent des informations complémentaires sur l’utilisation de ce secteur comme lieu d’inhumation. Elles permettent également d’établir une très nette distinction parmi les individus inhumés dans le chœur, différenciation qui concerne aussi bien les périodes d’inhumation que les pratiques funéraires ou la nature de la population ensevelie.

En effet, toutes les tombes découvertes depuis lors dans ce secteur correspondent à des fosses creusées à même le sol et aménagées par un ensemble de pierres calcaires très bien disposées tout autour et au-dessus des corps des défunts associées à des planches de bois. Ce dernier matériaux est, dans plusieurs cas particulièrement bien préservé, une sépulture d’un sujet adulte ( ?) étant même protégée par une couverture constituée d’au moins trois planches disposées parallèlement et calées par des pierres plates avec des renforts sous-jacents disposés transversalement. Parmi les vingt-quatre sépultures identifiées jusqu’à présent dans le chœur pour les périodes des Xe-XIe siècles, vingt correspondent à celles d’enfants de moins de dix ans, une majorité d’entre eux ayant moins de cinq ans ou étant des périnatals (sept sujets sont morts avant-terme, à la naissance ou peu de temps après).

Dans plusieurs cas, les squelettes des enfants ne sont plus du tout en position , des bouleversements importants liés, dans la majorité des cas, aux remontées d’eau semblent en effet avoir eu lieu alors que des espaces vides subsistaient. De fréquentes migrations osseuses ont ainsi été observées, limitées néanmoins au volume interne des fosses. D’autres déplacements osseux sont également dus à l’installation de sépultures postérieures, plusieurs de ces tombes recoupant des structures ou perturbant des inhumations antérieures. Cette concentration d’inhumations d’immatures dans ce secteur nous a permis de présenter l’idée d’un secteur dévolu aux plus jeunes pour les périodes antérieures ou contemporaines au XIe siècle. Cette situation a d’ailleurs déjà été observée régionalement, sur le site de Notre-Dame de Cherbourg avec des sépultures d’enfants installées également à proximité du chevet ou sur le site du cimetière de la Cour d’Albane de la cathédrale Notre-Dame de Rouen où tout un secteur, à proximité du sanctuaire, à été réservé aux plus jeunes.

  • La nef

Travée I et II

Même si le nombre de tombes présentes est moindre par rapport au reste de la nef, la fouille des deux premières travées de l’église a mis en évidence l’existence de trois rangées de sépultures. Les recoupements entre les tombes de ce secteur sont fréquents et si les bouleversements de fosses sont un peu moins courants que pour les sépultures des travées IV et V, la densité des tombes apparaît néanmoins plus importante au fur et à mesure de l’avancée des fouilles. Toutefois, il semble bien que, dans ce secteur, les niveaux archéologiques les plus anciens soient déjà atteints. En effet, après un premier niveau de sépultures essentiellement en cercueil, les inhumations mises au jour désormais dans ce secteur correspondent à des coffrages aménagées en pierres calcaires, parfois en association avec des planches de bois similaires à ceux qui ont été identifiés dans le chœur pour les périodes des Xe et XIe siècles. Plusieurs d’entre elles pourraient même se rattacher à une période antérieure car se trouvant engagées sous des structures relatives au minimum à la première église romane (murs 942 et 937). Elles correspondraient alors à des sépultures installées à l’extérieur de l’église romane, devant le portail. Dans cette zone, une vingtaine de périnatals, treize immatures de moins de cinq ans, un enfant de cinq à moins de dix ans et quatre adolescents sont décomptés à proximité immédiate, au-dessus et au-dessous de sépultures adultes. L’idée d’une répartition chronologique des espaces funéraires à Thaon se trouverait ainsi confirmée. En effet, si la répartition sexuelle est équilibrée parmi les adultes, pour les sépultures les plus récentes, les tombes de sujets jeunes semblent plus fréquentes notamment dans la partie sud des deux travées tandis que, pour les périodes les plus anciennes, les sépultures d’immatures se localisent surtout le long des murs gouttereaux nord et sud. Plus la fouille de cette zone avance et plus la densité des tombes devient importante. Les sépultures sont placées côte à côte les unes des autres le long des murs ouest, nord et sud de la nef, sans doute en fonction des espaces laissés libres à proximité immédiate des bâtiments de l’époque, avec essentiellement des sépultures d’enfants de un mois à neuf ans d’âge révolu, mais également quelques adolescents et quelques sujets décédés en période périnatale.

Travées III et IV

Dans les travées III et IV, plusieurs alignements de tombes (de trois à quatre) semblent se dessiner au fur et à mesure de l’avancée des fouilles. Si la proportion sexuelle des individus est à peu près quantitativement équilibrée, les sépultures féminines semblent surtout se localiser dans la partie centrale de la nef, elles se concentrent notamment dans la moitié sud des travées III et à cheval entre les travées III-IV. Dans la troisième travée, il est nécessaire de souligner que seuls les niveaux archéologiques supérieurs ont pour l’instant été fouillés, l’estrade métallique qui nous sert à stocker le matériel au cours de la fouille ayant été installée à cet endroit. Une fois la fouille de la travée IV achevée, son déplacement est envisagé ce qui permettra une reprise de nos recherches dans ce secteur. Les niveaux inférieurs et les éventuelles sépultures qui s’y trouvent encore pourraient donc relativiser cette première analyse. Néanmoins, il est troublant de constater que, comme pour l’espace intermédiaire entre la travée V et la travée sous clocher, les sépultures les plus modernes correspondent à des sujets féminins, ce qui appuie une nouvelle fois l’idée d’une partition sexuelle des espaces funéraires existant dans l’église entre le XIVe et le XVIIIe siècle.

Dans la travée IV, 35 à 40 tombes disposées les unes à côté des autres, se chevauchant et se recoupant selon un même alignement entre les piles nord et sud ont pu être exhumées jusqu’à présent. Divers éléments de datation ont pu pris en compte pour certaines de ces sépultures comme la présence dans leur remplissage de fragments de carreaux de plate tombe typiques de la fin XIIIe-début du XIVe siècle (118, 179, 193, 222…) ou d’objets particuliers déposés avec le défunt tel le pendentif en argent avec un Christ en croix (daté des XVIIe-XVIIIe siècles) retrouvé sur la poitrine d’un individu (124 )… D’autres sépultures comportaient un ou plusieurs pots à encens placés aux pieds ou à la tête des défunts, déposés sur le couvercle du cercueil ou brisés entre le cercueil et les parois de la fosse. Ces pots, assez similaires les uns des autres , sont tous datés de la fin du XIIIe-début du XIVe siècle et, selon une première analyse des pâtes et des modes de cuisson, proviendraient d’un centre de production du pays d’Auge . Ils ont été retrouvés dans des sépultures voisines les unes des autres dans la travée V. Malgré quelques recoupements observés entre certaines d’entre elles, toutes respectent un même alignement, les os des squelettes antérieurs, perturbés lors du creusement des tombes étant systématiquement réunis et déposés en réduction sur les côtés ou au-dessus des cercueils des nouveaux défunts. Ces sujets pourraient donc être plus ou moins contemporains les uns des autres, ce qui appuierait l’idée d’une gestion raisonnée de l’espace sépulcral interne de l’église à cette période. De plus, depuis plusieurs années, plusieurs analyses radiocarbones ont pu être effectuées à partir d’ossements de sujets en place ou sur des charbons brûlés contenus dans un pot à encens (118), certaines sépultures servant ainsi de ‘repères’ chronologiques et permettant de mieux comprendre l’évolution spatio-temporelle des sépultures au sein de l’espace sépulcral.

Travées V à VI : secteur d’inhumation sur critère sexuel ?

Depuis le début de la fouille des travées V et VI, dans l’espace à l’intermédiaire des escaliers d’accès au clocher et les bases de la pile sud-ouest du clocher, une forte représentation des sujets féminins avait pu être observée parmi les sépultures mises au jour. Sur dix-sept squelettes encore en place et disposés plus ou moins parallèlement selon un alignement du nord vers le sud ou se recoupant les uns les autres dans ce secteur, neuf correspondent à des inhumations féminines. L’examen des relations stratigraphiques de ce groupe de sépultures et le rare mobilier associé à quelques-unes de ces tombes, comme une croix en argent datée du XVIIe siècle ou de petites boucles d’oreilles en or les rattacheraient plutôt aux périodes d’inhumations les plus récentes. Il serait donc envisageable que, pour la période moderne, au moins deux secteurs funéraires lié à une sélection sur critère sexuel existent dans l’église : le chœur réservé préférentiellement aux hommes et la zone avant la travée sous clocher destinée plutôt aux femmes.

Lors de la campagne 2009, une sépulture masculine a été identifiée dans la moitié sud de la travée à un niveau de profondeur où nous pensions ne plus trouver de sépultures. La tombe de cet adulte a perturbé des inhumations immatures antérieures (au moins trois sujets ont été décomptés). Ce sujet, âgé et fortement pathologique, est inhumé dans un coffrage de bois calé par des pierres calcaires et semble nettement antérieur aux sépultures identifiées dans ce secteur jusqu’à présent. La campagne 2010 devrait permettre de vérifier s’il existe de nouvelles inhumations dans cette zone.

La travée sous clocher comme zone d’inhumation à caractère familial ?

Une part importante de la population inhumée dans la travée sous clocher a fait l’objet d’une analyse anthropologique exhaustive dans le cadre d’une Maîtrise d’Histoire et Civilisations médiévales de l’université de Caen effectuée par V. Brunet et un premier bilan sur la population inhumée dans ce secteur a ainsi pu être dressé. La majorité des sépultures qui y ont été installées correspondent à des inhumations en cercueil (65 %) avec une décomposition en espace vide ou en espace semi colmaté. Tous ou presque sont de forme trapézoïdale, d’une longueur d’1, 35 à 1, 90 m pour les adultes avec des parois d’une largeur de 0, 33 à 0, 60 m à l’ouest et de 0, 12 à 0, 40 m à l’est. Les cercueils d’enfants sont de forme trapézoïdale ou rectangulaire avec une largeur de 0, 25 à 0, 43 m à l’ouest, de 0, 15 à 0, 24 m à l’est pour une longueur totale de 0, 60 à 1, 15 m. Sept sépultures sans contenant perceptible sont aussi présentes, mais semblent plutôt réservées aux enfants (cinq appartiennent à des sujets immatures, dont quatre périnatals).

La population inhumée issue des sépultures encore en place se compose de vingt-cinq adultes et onze enfants : seize hommes, sept femmes, deux adultes de sexe indéterminable, un enfant de plus de cinq ans, mais de moins de dix ans, quatre enfants de plus d’un an et de moins de cinq ans et six périnatals.

La stratigraphie de la travée sous clocher est particulièrement complexe et, malgré les remontées d’eau ralentissant sérieusement la fouille de ce secteur depuis quelques années, la découverte de plusieurs sépultures supplémentaires a permis de reconnaître au moins treize niveaux d’inhumations depuis 2001. De très fréquents recoupements entre les tombes et les structures permettent désormais la restitution d’une partie de la chronologie relative des inhumations de cette zone et aident à différencier différentes phases d’inhumations. Les importantes perturbations relevées dans certaines fosses sont fortement liées à l’utilisation intensive de l’espace funéraire dans ce secteur. Plusieurs sépultures comportent en effet les os d’un ou de plusieurs occupants antérieurs placés en réduction sur le côté, à la tête ou aux pieds du nouvel inhumé. Parmi les individus ainsi perturbés ou retrouvés dans le remplissage des sépultures postérieures, une quinzaine d’enfants et une vingtaine d’adultes ont pu êtres identifiés en laboratoire.

La présence de tout-petits dans la travée sous clocher est assez particulière, car tous ceux qui y ont été identifiés en place n’ont probablement pas ou peu vécu. Parmi les immatures issus de la population placée en réduction, la majorité a moins d’un an et les deux tiers sont là encore des sujets mort-nés ou décédés peu de temps après la naissance. Leur inhumation au sein et dans cette partie précise de l’église ne doit sans doute rien au hasard, mais dénote d’une volonté des proches de les enterrer dans un lieu privilégié.

Outre la précision apportée sur le sexe et l’âge de chaque individu, l’étude des ossements de la travée sous clocher a permis de constater, qu’à l’instar des sujets du chœur, la population était majoritairement âgée avec une prédominance masculine. Néanmoins, un peu plus d’une douzaine d’adultes sont de sexe indéterminable, en raison de leur conservation partielle ou trop médiocre pour permettre une sexualisation, et nuancent ce résultat.

Pour ce secteur, l’idée d’un regroupement familial avait été évoquée. À la lumière des résultats obtenus au cours de l’étude en laboratoire de cette population, cette hypothèse est à nuancer puisque, parmi les individus adultes, la majorité des sujets sont des hommes âgés. Néanmoins, la présence de quelques femmes et celle d’enfants parfois très jeunes, et en grand nombre, est à prendre en considération.

Le phasage des sépultures de cette zone (fig. 45) permet aussi de distinguer désormais deux à trois périodes chronologiques bien distinctes : pour les périodes les plus anciennes, ce secteur semblerait constituer une zone d’inhumation particulière pour les hommes et les enfants, puis pour les périodes les plus récentes correspondrait davantage à une zone d’inhumation à caractère familial. De plus, la mise au jour de plusieurs sépultures d’enfants a priori situées au chevet de la première église romane indiquerait qu’il existe sur le site de Thaon une certaine pérennité de cette zone d’inhumation préférentielle pour les plus jeunes dès le VIIe-VIIIe siècle, voire même avant.

5. Perspectives 2010-2011 (F. Delahaye et C. Niel)

Le problème de remontées chroniques du niveau de la nappe phréatique impose de prévoir l’utilisation de pompes vide-caves de manière désormais permanente. S’il n’est bien évidemment pas question d’assécher tout le chœur, l’emploi d’une pompe à faible débit en 2010 a permis la fouille de zones bien ciblées (emprise d’une sépulture seule par exemple). Divers essais réalisés en 2009 lors de la fouille de la sépulture 346 dans un secteur où nous pensions ne plus trouver de sépultures avait permis de constater l’efficacité de cette méthodologie. Plusieurs épisodes de pluies importants ont engendré des remontées de l’eau quasi en continu au cours des étés 2009 et 2010. La solution de l’utilisation d’une pompe à faible débit a toutefois permis d’effectuer une fouille des secteurs inondés depuis 2006 en opérant par zone restreinte dans des conditions de fouilles similaires à celles opérées en milieu humide. Ainsi, en 2010, quasiment toute la surface du chœur qu’il restait à fouiller a pu être dégagée, mais une fois les sépultures médiévales démontées, nous avons choisi de stopper la fouille au-dessus des niveaux a priori postérieurs à la période antique (nombreux tessons en remplissage des couches percées par les sépultures médiévales) afin de protéger les structures mises au jour jusqu’à présent et les fondations actuelles de l’église.

Les niveaux XIIIe-XIVe siècles ayant été largement abordés en 2009 et 2010 dans les travées IV et V, la fouille 2011 cherchera à mieux cerner l’implantation des sépultures rattachées à cette période. De même, la dalle de G. Morel de Thaon doit être déplacée au cours de l’hiever 2010-2011 et devrait être installée à la place de l’ossuaire 175, qui a été entièrement vidé en 2008, ce qui libèrerait l’espace qu’elle occupe actuellement pour compléter la fouille des sépultures de la travée IV.

Enfin, l’étude fine des modes d’inhumations identifiés sur ce site vont permettre, à terme, d’établir une comparaison avec d’autres sites voisins et contemporains, notamment celui de Saint-Ursin de Courtisigny (Calvados) qui comprend des sépultures relativement semblables à celles identifiées à Thaon pour les périodes des VIe - XIe siècles, mais sans traces de bois conservées dont la fouille est prévue d’ici quelques années.

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