Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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Des pots dans la tombe (IXe au XVIIIe siècle). Regards croisés sur une pratique funéraire en Europe de l'Ouest




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Segura, Jean-Antoine

✉jja13360@hotmail.fr

Directeur de thèse : Luc Bourgeois

Titre de la thèse : De la plaine aux sommets, habitats et dynamiques paysagères en basse Provence durant les Ve-Xe s. : l’exemple du massif des Maures.


Projet de thèse


Cette thèse s’inscrit pleinement dans le développement programmatique du CRAHAM et plus particulièrement dans l’équipe 2, consacrée à l’étude des dynamiques sociales et de la construction des paysages médiévaux. L’objectif n’est pas ici d’ajouter une somme supplémentaire aux grandes monographies produites à l’issue de grandes fouilles menées sur des habitats perchés du haut Moyen Âge provençal, mais d’inscrire davantage notre recherche sur cette période dans une approche systémique et pluridisciplinaire débordant du cadre strict des sites. En effet, le développement récent d’enquêtes sur le « paysage », abordé dans toute sa complexité et sur la longue durée, invite à revisiter la question de l’habitat perché pour essayer de mieux comprendre les causes inhérentes aux variations dynamiques de l’habitat durant les Ve-Xe siècles.

La thèse s’attachera tout d’abord à saisir les dynamiques du peuplement sur le temps long, en variant les échelles géographique et chronologique. Le sujet couvre une période de six siècles durant lesquels s’opère un déclin de l’agrosystème domanial antique au profit d’un (ré)investissement des hauteurs délaissées durant la domination romaine, inaugurant à partir du Ve siècle en milieu méditerranéen la lente genèse du paysage médiéval. Pour appréhender cette « dialectique paysagère » entre les basses zones des terroirs domaniaux tardo-antiques et les hauteurs repeuplées à partir du Ve siècle, le massif des Maures est un espace de grand intérêt, bordé par une longue façade littorale connectée à un arrière-pays culminant à 780 m d’altitude.

Dans l’optique de cerner ces évolutions, leurs causes et effets, les textes conservés sont trop rares et lacunaires avant l’an Mil en Provence [1] : l’étude des dynamiques paysagères dans les Maures nécessite avant tout l’ouverture de fouilles pour affiner les chronologies du peuplement. Par sa grande richesse en sites pressentis de cette période, le massif des Maures offre sans doute l’opportunité d’aborder ces siècles encore très lacunaires en données. En effet, le Var est connu pour livrer des céramiques ou des associations de mobilier alto-médiéval originales et encore mal appréhendées (« modelée varoise », ou céramique commune « brune » et « grise » associées), dont le devenir reste incertain entre VIIe et fin du Xe siècles. Compte-tenu de sa chronologie, déjà appréhendée à partir de travaux existants mais incomplets, un site-phare est d’ores et déjà sélectionné pour l’implantation de fouilles partielles afin d’en préciser les phases d’occupation au travers d’une étude stratigraphique approfondie. Il s’agit de Sainte-Candie (Roquebrune-sur-Argens), occupé ex-nihilo au Ve s. et où 2 monnaies de la moitié du VIIIe siècle, découverte rarissime, proviennent d’un seul secteur testé.

En complément de l’étude stratigraphique de ce site, l’application systématique de datations par le 14C permettra de mieux asseoir la chronologie du mobilier et des séquences d’occupation. Une fois cela fait, une étude élargie aux versants immédiats du site investi en fouille sera engagée en s’intégrant dans des équipes pluridisciplinaires. En effet, les facteurs naturels et les ressources ayant motivé à partir du Ve siècle le perchement de l’habitat durant le haut Moyen Âge en milieu de moyenne montagne restent encore flous, de même que l’impact paysager de ces implantations pouvant relayer le déclin de grands domaines tardo-antiques voisins. Il s’agira d’étudier les dynamiques paysagères à l’échelle de petits bassins versants dominés par les sites de hauteur alto-médiévaux recensés dans l’ensemble de la zone d’étude. Un repérage systématique des aménagements de versant au bas des sites (terrasses, habitats intercalaires) mettra en œuvre des repérages et vérifications des vestiges sur place en prospection pédestre, avec l’appui des nouvelles technologies de l’information cartographique, ainsi que l’ouverture de sondages pédo-sédimentaires sur les pentes du site phare de Sainte-Candie.

L’utilisation de la technologie LIDAR (télédétection laser aéroportée), dont l’intérêt en archéologie du peuplement et du paysage médiéval a été démontré par les travaux de l’U. de Besançon ou encore de Padoue, est envisagée. Pour ce faire, a été mis en place un projet collaboratif européen GPI Cultural Heritage 2014 pour financer une prospection LiDAR dans le massif des Maures( [2]). Les résultats des fouilles, ceux des prospections (LIDAR) et des sondages seront intégrés dans un Système d’Information Géographique (SIG). Ce travail est également intégré à deux programmes pluridisciplinaires rassemblant diverses spécialités en paléogéographie et/ou études paysagères actuellement en cours dans l’aire d’enquête :

  • le programme européen « Cradles of European Culture Francia Media »( [3]), mettant l’accent sur l’étude du paysage provençal aux temps carolingiens (VIIIe-Xe siècles) en équipe pluridisciplinaire.
  • le programme collectif de recherche (P.C.R.) portant sur les « Dynamiques du peuplement et des paysages dans le territoire de Fréjus »( [4]), bassin versant de l’Argens, couvrant l’extrémité orientale du massif des Maures où se trouve le site perché de Sainte-Candie.

Ainsi, ce projet de thèse sera conduit en étroite collaboration avec des équipes pluridisciplinaires travaillant sur l’évolution du paysage. Il constituera une approche nouvelle d’un phénomène certes connu (le perchement de l’habitat aux Ve-Xe siècles) mais encore mal appréhendé dans sa chronologie (les VIIIe-Xe siècles), ses causes et ses effets à plus long terme sur l’environnement et la taphonomie des versants (dynamiques érosives nouvelles liées à l’exploitation en liaison avec la conquête des versants par l’habitat ?).

Projet de thèse

Mots-clefs :
haut Moyen Âge ; fouille et chronologie des sites ; dynamiques de peuplement et évolutions paysagères ; conquête des versants ; impact paysager des sites perchés ; pluridisciplinarité ; nouvelles technologies LIDAR et SIG.


[1Le dépouillement des textes est achevé (mentions de villae, castra, églises) en collaboration avec des historiens, notamment Élisabeth Sauze, archiviste.

[2Réponse à l’appel à projet : Underground : detecting, interpreting and communicating European historical and cultural landscapes from the air (Project leader : G. P. Brogiolo (U. Padoue ; principal investigators : José Maria Martin Civantos (U. Grenade, Espagne), David Petts (U. Durham, R. U.), Sylvain Burri (LA3M/AMU), Vasile Cotiugă (U. Iasi, Roumanie).

[3Dir. Dirk Callebaut (Belgique, Ename Center), Maria Pia Guermandi (Italie, Istituto per i beni artistici culturali e naturalli della Regione Emilia-Romagna), Jana Mariková-Kubková (République Tchèque, Institute for Archaeology of the Academy of Sciences of the Czech Republic), André Constant (France, UMR 7298, LA3M, CNRS - Aix-Marseille Université), programmation pluriannuelle 2010-2015.

[4PCR coordonné par Frédérique Bertoncello (UMR 7264, CEPAM, CNRS-Université Nice Sophia-Antipolis) et Nicolas Portalier (Service du Patrimoine de la Ville de Fréjus), programmation 2014-2017.