Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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CNRS

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Groud-Cordray, Claude

✉claudegroud@orange.fr
Tél. : 06 32 70 29 70

Régisseure des œuvres / chargée des collections, musée municipal de Vire

Directeur de thèse : Véronique Gazeau

Titre de la thèse : L’aristocratie aux frontières occidentales du duché de Normandie, face à la Bretagne et au Maine (Xe-XIIIe siècles)


Projet de Thèse


À la fin des années 1970, paraissaient deux articles fondamentaux sur l’aristocratie normande au Moyen Âge. Les schémas alors mis en lumière par Lucien Musset et Michel de Boüard ont depuis été nuancés et affinés par des études, tant du côté français qu’anglais. La classe dirigeante du duché de Normandie a ainsi fait l’objet de nombreuses attentions, renouvelant les perspectives de recherche. Souvent insérées au sein d’espaces définis, ces études fondées sur une réflexion critique des sources et de nouvelles approches s’enrichissent désormais de nombreuses autres données (archéologie, castellologie, prosopographie, sigillographie, onomastique…). Bretagne et Maine, provinces voisines de la Normandie, ont connu le même intérêt de la part des historiens. L’étude d’un lignage aristocratique, outre de mettre en exergue son importance et son originalité, accorde une large place à des sujets connexes tels que la nature du pouvoir, la maîtrise du territoire, l’occupation du sol, l’autorité sur les hommes, les réseaux de relations, l’apparition des seigneuries châtelaines… Nombre de ces familles étant établies ou ayant des intérêts sur les confins, la notion de frontières et les rapports avec les régions voisines sont fréquemment abordés. Sur ce sujet, la recherche en Normandie médiévale s’est notamment enrichie des travaux de Gérard Louise, Pierre Bauduin et Daniel Power.
Hormis quelques travaux d’érudits au XIXe siècle, l’aristocratie de l’Avranchin, aux confins occidentaux du duché de Normandie, n’a guère suscité de recherches. Plus récemment, les travaux de Jean Pouëssel se sont heurtés à la rareté des données archéologiques et n’ont pas été poursuivis. La destruction de nombreux documents en 1944, lors de l’incendie des archives de Saint-Lô, peut, en partie, expliquer l’absence réelle de recherche sur cette partie du duché de Normandie. Les copies réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles pallient cependant cette disparition. Il reste par ailleurs encore de nombreux originaux peu étudiés, provenant des abbayes du diocèse d’Avranches et des provinces voisines, aujourd’hui dispersés dans différents fonds d’archives ou de bibliothèques, prenant ainsi part à la richesse qui caractérise la production documentaire de la Normandie ducale. C’est notamment le cas de l’abbaye de Savigny, qui cristallise la dévotion de l’aristocratie de cet espace frontalier, qu’elle soit normande, bretonne ou mancelle. Ses archives ont aujourd’hui acquis une forte valeur intrinsèque, et représentent le plus important fonds médiéval pour les diocèses d’Avranches et de Coutances. De plus, l’attention portée depuis plusieurs années à l’écriture, à l’élaboration et à la genèse des sources médiévales amène à une relecture et à un réexamen attentifs des informations fournies par les documents.
La frontière, la maitrise du territoire et les pouvoirs locaux de cette région, entre le VIe et le XIe siècle, ont récemment été étudiés par Éric Van Torhoudt. Il semble donc tout à fait pertinent de poursuivre cette étude, en menant notamment une recherche de grande envergure sur les lignages aristocratiques aux frontières de la Normandie, face à la Bretagne et au Maine, à l’époque ducale. Les familles présentes dans cette région offrent cette particularité de faire partie d’une aristocratie d’importance moyenne. Peu de grandes familles se détachent – à l’instar des comtes de Chester ou de Mortain – et aucune d’elles n’a réellement créé dans l’Avranchin, en périphérie du pouvoir central, une seigneurie considérable, comme ce put être le cas ailleurs. Elles côtoient en outre d’autres familles voisines puissantes, dont les possessions et l’autorité dépassent les frontières, comme les seigneurs de Fougères ou de Mayenne. L’existence d’une élite est avérée dans cette région au début du XIe siècle. Il convient cependant d’en connaître les origines, notamment par le biais d’études généalogiques de grande ampleur, et de faire le lien avec les nombreuses familles dont les noms sont abondamment révélés par les sources au XIIe siècle.
Ces recherches constituent la suite d’une étude menée par nous en master sur l’une de ces familles – les seigneurs de Saint-Hilaire –, qui a permis de poser les bases et les principes d’une recherche à plus grande échelle, de mettre en place une méthode de travail et d’établir différentes hypothèses et problématiques. Notre réflexion s’appuie notamment sur les travaux novateurs de Daniel Power et son questionnement centré sur la société de frontière. Les schémas mis en lumière à l’échelle du duché de Normandie concernant la petite aristocratie proposent une vision de ce groupe social, caractérisé par la possession de biens situés de part et d’autre de la frontière politique et tenus de différents grands personnages, mais également par un contrôle différent du pouvoir princier – notamment dans le cadre de la justice ou de la coutume. Il conviendra de confronter ces schémas à nos propres données.
Notre étude s’appuie sur un corpus d’une centaine de familles de diverses importances et plusieurs axes de recherche peuvent être envisagés. L’origine géographique et sociale de cette aristocratie doit d’abord être mise en évidence. L’appréhension des modalités d’apparition des lignages amène notamment à comprendre le rôle de l’initiative des détenteurs de l’autorité publique et/ou la part de l’aristocratie dans sa propre ascension, et à saisir les mécanismes qui ont abouti à son développement. Dans un contexte frontalier, les stratégies mises en œuvre par les détenteurs de la puissance princière, afin de s’imposer dans ces régions de marche, doivent être mises en lumière, tout comme les manœuvres, les alliances et les réseaux de relations de l’aristocratie. Bien plus, il faut suivre l’évolution de ces familles, afin d’en percevoir le rôle, à la fois au sein du duché de Normandie, du monde anglo-normand, mais également dans le cadre d’un espace de marge et dans ses relations de part et d’autre de la frontière. Il s’agit par ailleurs d’appréhender la perméabilité ou non de cette frontière et de mettre en lumière l’existence de seigneuries de marche. On doit mettre en exergue les structures familiales, les réseaux de parenté et les cercles d’influence de cette aristocratie, étudier son patrimoine et s’interroger sur l’apparition d’un pouvoir châtelain. En connaître les modes de transmission et de dévolution, permet à la fois de clarifier ses fonctions et de comprendre la dynamique, les mécanismes d’apparition, de développement, de transition et de disparition qui contingentent cette aristocratie. Assise territoriale, attributions et prérogatives, relations avec l’autorité des ducs-rois… sont autant de problématiques à aborder, tout comme les rapports de cette aristocratie avec l’Église, afin de dresser un tableau de la société aristocratique, aux confins occidentaux du duché de Normandie, entre Xe et le XIIIe siècle.