Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
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Les sources arabes sur les animaux marins et leur transmission dans les textes latins médiévaux

par Thierry Buquet - publié le

Date : vendredi 8 mars 2019

Lieu : Amphithéâtre de la MRSH, Université de Caen Normandie campus 1
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Organisation : ICHTYA

Présentation

Cette journée d’étude, qui réunit à la fois des spécialistes des textes arabes et latins, vise à offrir un aperçu des connaissances sur la faune aquatique dans la littérature arabe classique et à étudier certains aspects de la transmission de ces savoirs dans l’ichtyologie médiévale.

La littérature arabe classique, notamment celle de l’adab, contient de nombreuses références au monde animal, dans des traités géographiques, « zoologiques » ou dans des compilations encyclopédiques. Les mondes aquatiques y sont également présentés et étudiés, qu’il s’agisse des poissons ou des mammifères marins. Cette journée d’étude, qui réunit à la fois des spécialistes des textes arabes et latins, vise à offrir un aperçu des connaissances des lettrés arabes sur la faune aquatique et à étudier certains aspects de la transmission des savoirs arabes dans l’ichtyologie médiévale.
Tout d’abord, F. Kenanah et M. Ben Saad présentent les problématiques de classification zoologique des animaux aquatiques dans deux œuvres de l’âge d’or de Bagdad (IXe et Xe siècle) : le Kitāb al-Hayawān (Livre des animaux) d’al-Ğāḥiẓ (776-868) et le Kitâb al-Imtâ‘ wa-l-mu’ânasa (Livre du plaisir et de la convivialité) d’Abû Hayyân al-Tawhîdî (v. 930-1023). J.-C. Ducène évoque des récits de voyageurs arabes en Europe rapportés dans des traités géographiques des Xe et XIe siècles relatifs à la chasse à la baleine en Atlantique Nord et en mer Baltique, à une époque où les sources textuelles européennes sont extrêmement rares à propos de cette pratique. T. Buquet parle des transferts des savoirs arabes sur l’ambre de baleine, notamment à travers les traités de médecine et leurs traductions latines et leur diffusion en Occident. Enfin, G. Clesse s’attache à étudier, dans les sources médicales arabo-latines, les propriétés diététiques pharmacologiques des animaux marins, à travers les œuvres d’Avicenne, Rāzī, Isaac Israeli.

Programme

Matin

9h30 : Mot de bienvenue (Catherine Jacquemard, Brigitte Gauvin - CRAHAM)

9h40 : Statut et classification des poissons et des animaux aquatiques dans les textes zoologiques arabes médiévaux. Cas du Kitāb al-Hayawān d’al-Ğāḥiẓ (Meyssa Ben Saad)

10h30 : Pause

10h45 : La description de la faune marine dans la 10e nuit du Kitâb al-Imtâ‘ wa-l-mu’ânasa (Faisal Kenanah)

11h40 : La chasse à la baleine dans les mers septentrionales selon les sources arabes (Jean-Charles Ducène)

12h30 : Pause déjeuner

Après midi

14h00 : L’origine de l’ambre de baleine selon les auteurs latins, sous influence des sources arabes (Thierry Buquet)

14h50 : Propriétés des animaux aquatiques dans les sources médicales : les (dis-)continuités d’un discours (Grégory Clesse)

15h45 : Fin des travaux

Résumés des communications

Statut et classification des poissons et des animaux aquatiques dans les textes zoologiques arabes médiévaux. Cas du Kitāb al-Hayawān d’al-Ğāḥiẓ
Meyssa Ben Saad, CNRS SPHERE UMR 7219 Université Paris VII

Le savant arabe al-Ğāḥiẓ (776-868), prosateur, théologien et naturaliste, a dans son ouvrage monumental, le Kitāb al-Hayawān, tenté d’établir une classification des animaux en se basant sur des critères allant de l’observation directe (mode de locomotion, alimentation) à des caractéristiques plus complexes (régime alimentaire, éco-éthologie, reproduction). Al-Ğāḥiẓ présente et analyse les caractéristiques des animaux. En prenant comme point de départ une classification ancienne, le règne animal étant divisé en ce qui marche, ce qui vole, ce qui rampe et ce qui nage, il discute des caractéristiques des grands groupes zoologiques, et au fur et à mesure de ses observations énumère leurs ressemblances et repère les critères distinctifs de ce qui va constituer une réflexion sur la diversité du monde vivant. Dans ce qui nage se trouvent les poissons et autres animaux aquatiques. Ces animaux ont un statut particulier dans le Kitāb al-Hayawān : l’auteur indique qu’il ne les a pas observés aussi soigneusement que les autres espèces qui lui étaient plus accessibles, et que les témoignages des marins et voyageurs ne constituaient pas pour lui une source fiable. Cette « lacune » se manifeste dans sa classification, où l’on ne voit pas de manière explicite de divisions en groupes ou sous-groupes. Ce manque d’informations et ces incertitudes rendent l’identification et la détermination des espèces décrites difficiles même pour le lecteur arabisant, car sont convoqués ici la philologie, la biologie, l’histoire de l’évolution de la langue avec l’intégration des diverses influences (grecque, persane, indienne, langues locales etc.) dans la lexicologie zoologique. Il est intéressant d’explorer à ce sujet d’autres textes naturalistes arabes, afin d’essayer d’apporter des éléments de réponse au problème posé par les obstacles épistémologiques et linguistiques dans l’étude des poissons et autres animaux aquatiques.

Image : Kitāb al-Hayawān, Milan, Biblioteca Ambrosiana, XIVe siècle

La description de la faune marine dans la 10e nuit du Kitâb al-Imtâ‘ wa-l-mu’ânasa
Faisal Kenanah (Université de Caen Normandie)

Ouvrage à caractère encyclopédique, le Kitâb al-Imtâ‘ wa-l-mu’ânasa évoque de nombreux sujets qui préoccupaient les esprits de l’époque classique du Xe siècle. À l’image de son œuvre, l’auteur d’Abû Hayyân al-Tawhîdî est considéré comme l’un des prosateurs arabes les plus érudits. Étant donné qu’il s’est intéressé à plusieurs domaines, son ouvrage renferme un entretien nocturne avec un vizir féru de connaissances sur la zoologie, plus particulièrement sur les caractères des animaux. Ce qui nous préoccupe ici dans cette journée d’étude, c’est le sujet des animaux marins que l’on trouve dans cette nuit. L’auteur, comme il le précise lui-même ne fait que lire devant son interlocuteur, le vizir, « les merveilles et étrangetés qu’il avait trouvées dans les livres et qu’il avait entendues » au sujet de l’animal. Notre objectif ici est de tenter de classer les animaux marins et de voir à quelle catégorie ils appartiennent, tout en évoquant les influences que l’auteur a pu avoir.

Illustration : calligraphie de F. Kenanah, formée de noms d’animaux marins.

La chasse à la baleine dans les mers septentrionales selon les sources arabes
Jean-Charles Ducène, EPHE-PSL

Trois textes arabes datant du Xe et du XIe siècles décrivent la chasse à la baleine dans l’Atlantique (baie de Biscaye) et plus nord, dans la mer Baltique ou peut-être la mer Blanche. Le texte se rapportant à l’Atlantique est dû au voyageur judéo-arabe Ibrāhīm ibn Ya‘qūb et décrit une chasse avec harponnage ; il peut être comparé aux textes latins médiévaux, issus de l’hagiographie et aux passages des encyclopédistes qui décrivent ces pratiques. Quant aux textes relatifs aux usages des populations fino-ougriennes, ce sont deux descriptions indirectes de voyageurs arabes ayant circulé sur la Volga et qui ont rapporté des témoignages de leurs hôtes bulgares à propos de la manière de vivre de populations plus nordiques. Les animaux étaient là-bas non expressément chassés, mais plutôt dépecés après échouage ; sans ces détails, des sources anglo-saxonne et scandinave confirment ces pratiques.

Illustration : Al-Tûsî, Ajâ’ib al-makhluqât, Paris, Bnf, suppl. persan, 332, fol. 242v

L’origine de l’ambre de baleine selon les auteurs latins, sous influence des sources arabes
Thierry Buquet CNRS - CRAHAM

Illustration : Platearius, Livre des simples médecines, baleine (ambra), XVe s., Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, f. 15v. URL : https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/btv1b550098035/f42.item

Cette communication présente les débats sur l’origine de l’ambre de baleine (ambre gris) au Moyen Âge, en étudiant en particulier l’influence des savoirs arabes sur la connaissance de l’ambre en Occident, notamment à travers les traductions des XIIe et XIIIe siècle de l’arabe vers le latin. Ces savoirs orientaux sur l’ambre sont notamment transmis par la littérature médicale issue de l’école de Salerne. Dans les textes arabo-persans, depuis le IXe siècle de notre ère, plusieurs hypothèses sur l’origine de cette matière se concurrencent : elle est présentée comme un bitume, un végétal, de l’écume de mer solidifiée ou un excrément du cachalot, mais sans que le processus réel de sa transformation ne soit réellement compris (il ne le sera qu’au XVIIIe siècle). En Occident, ces explications circulent via les traductions de la littérature médicale (l’ambre est utilisé en parfumerie et comme composant médicinal). Mais aux XIIe et XIIIe siècle, une autre hypothèse circule en Occident, qui semble ne rien devoir aux sources arabes : l’ambre gris serait du sperme de baleine. Nous essaierons alors de comprendre l’origine de cette légende, en liaison avec la connaissance du temps sur les produits extraits des baleines (huile, spermaceti) et les relations possibles avec les autres explications proposées par les auteurs arabes.

Propriétés des animaux aquatiques dans les sources médicales : les (dis-)continuités d’un discours
Grégory Clesse (Univ. Cologne)

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Image : Isaac Israeli, De dietis, Penn University, Schoenberg Collection, LJS 024, f. 65r, Paris (Milieu du XIIIe siècle)

Cette communication propose un tour d’horizon des contenus relatifs aux poissons et animaux aquatiques dans les sources médicales d’origine arabe, qui connurent un succès certain dans le monde intellectuel latin. Plus particulièrement, elle s’axera autour de trois ouvrages très diffusés en latin : le Liber ad Almansorem de Rāzī, les Diètes d’Isaac Israeli et le Canon d’Avicenne. Chacun de ces ouvrages offre une section qui vise à cataloguer les realia (animaux, végétaux, minéraux) et leurs propriétés diététiques et pharmacologiques. Si on trouve majoritairement, parmi ces realia, des noms de végétaux, on peut aussi trouver trace de quelques chapitres consacrés à des poissons ou à d’autres animaux marins comme le crabe (cancer). Certains chapitres se retrouvent d’un ouvrage à l’autre, comme ceux sur le cancer ou sur les poissons en général, mais leur taille peut varier d’un ouvrage à l’autre. En revanche, d’autres espèces sont abordées plus spécifiquement par l’un ou l’autre auteur : c’est ainsi qu’on trouve trace des propriétés du draco marinus chez Avicenne ou encore du piscis sagittalis dans le Liber de sexaginta de Rāzī. L’objectif de cette communication sera donc de repérer les continuités ou, au contraire, les particularités et ruptures dans les différents discours proposés par ces auteurs.

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