Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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Réunion du vendredi 10 mars 2006

par Micael Allainguillaume - publié le , mis à jour le

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Présents : A. Alduc-Le Bagousse, A. Bocquet-Liénard, É. Broine, J. Decaens, G.-R. Delahaye, J.-D. Desforges, A. Escolivet, M. Faivre, V. Gallien, C. Hanusse, L. Jean-Marie, J.-Y. Langlois, J. Le Maho, C. Maneuvrier, A.-L. Manson, G. Marie, C. Niel, C. Pilet, J. Pilet-Lemière, A. Poirier, P. Roussel.

Excusés : F. Delacampagne, V. Gazeau, D. Nicolas-Méry, Y. Rose, C. Treffort.

Deux interventions étaient à l’ordre du jour de cette vingtième séance.

Éric Broine : Cherbourg-Octeville (Manche), abbaye Notre-Dame-du-Vœu, bilan du diagnostic archéologique du chœur et du sanctuaire de l’église abbatiale.

L’intervention réalisée en octobre 2005 s’inscrit dans la poursuite des investigations archéologiques entreprises sur ce site depuis 1977. La connaissance et l’étude de l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu et des établissements militaires qui lui ont succédé se poursuivent à un rythme régulier, au fur et à mesure de la consolidation et de la restauration des ruines par la commune de Cherbourg-Octeville. Le diagnostic concernait l’espace du chœur et du sanctuaire de l’église abbatiale du bas Moyen Âge sur lequel a été construit le « pavillon carré » à la fin du xviiie siècle. La surface ouverte couvre 21 % de la superficie totale du bâtiment. Deux tranchées perpendiculaires, conditionnées par la topographie des lieux, ont été implantées : la plus grande (16,50 x 2,90 m) est orientée selon un axe N.O.-S.E. au centre du chœur supposé (dans le couloir de circulation central du « pavillon carré »), la seconde (6 x 1,80 m) part de la tranchée centrale, à hauteur de l’ancienne cage d’escalier, et se dirige vers le N.E (cf. plan).

Les structures et le mobilier archéologique mis au jour ont permis de reconnaître deux grandes étapes d’occupation des lieux : l’une concerne l’ancienne abbaye médiévale, l’autre l’établissement militaire de l’époque Contemporaine.

Au centre du « pavillon carré », un tronçon de mur, orienté N.E.-S.O., correspondant à l’extrémité orientale de l’ancienne église abbatiale, a été reconnu. Sa fondation, épaisse de 1,10 m, repose sur un remblai de schiste très compact formant terrasse. À l’intérieur de l’édifice, l’emmarchement d’un autel, accolé au mur est, a été mis en évidence ; quelques traces d’enduit subsistent. Quatre mètres plus à l’ouest, un autre massif de pierres et de mortier, également parallèle au chevet plat, marque sans doute un réaménagement du sanctuaire abbatial : cette structure est interprétée comme la fondation du maître-autel avancé en direction du chœur. Ces vestiges importants de l’édifice médiéval (xiie-xve siècle) n’ont pas été détruits par les grands travaux réalisés sur le site à la fin de l’époque Moderne. À ces structures encore en place s’ajoutent diverses découvertes de mobilier dans les déblais : pavés de terre cuite décorés, éléments lapidaires en calcaire, etc. À l’est du chevet, des fragments de verre plat, unis, et des éléments de plomb indiquent l’existence d’une verrière dans le mur pignon du chevet, à l’aplomb de l’ancien maître-autel.

Dans le chœur, le sol (dans ses différents états) est marqué, par endroits, par la présence d’un mortier de pose, recouvrant une couche de limon argileux épaisse d’environ 20 cm. À 1,30 m de profondeur dans le remblai de schiste, une sépulture, située dans l’axe central de l’abbatiale, a été fouillée. Les principaux os longs encore conservés étaient recouverts des fragments d’un tissu (actuellement en cours d’analyse), probablement un linceul. Plusieurs autres inhumations observées à l’extérieur du chevet plat de l’église abbatiale témoignent d’un cimetière dont les limites restent à reconnaître. Il pourrait s’agir de celui de la communauté religieuse, comme c’est traditionnellement l’emplacement dans les abbayes normandes à cette époque.

Enfin, la période contemporaine est marquée, à partir de la fin du xviiie siècle, par la construction du « pavillon carré », dont les fondations coupent partiellement les vestiges médiévaux et modernes. Leur grande profondeur est liée à l’élévation importante des murs. De plus, un système de canalisation, de mur de soutènement et d’égout demeure encore en parfait état d’usage. Quelques dépotoirs attestent la présence militaire aux xviiie et xixe siècles (éperon en fer, pipe en terre cuite, céramique grésée...).

Le diagnostic archéologique de 2005 à l’abbaye Notre-Dame-du-Vœu a confirmé que des vestiges significatifs, en quantité et qualité, de l’occupation médiévale sont encore à découvrir sur le site. Une fouille programmée sur plusieurs années permettrait de mener une étude plus exhaustive sur cette abbaye normande et de compléter utilement les lacunes des sources écrites. L’organisation de l’espace à la période médiévale (emprise du cimetière du chevet, occupation du cimetière claustral, architecture originelle de l’église abbatiale entre autres exemples) comme l’éventuelle occupation antérieure à l’établissement religieux sont des questions qu’il est nécessaire de poser et d’approfondir. Parallèlement, les données des fouilles et les renseignements apportés par la poursuite du dépouillement des archives pourraient aboutir à une reconstitution virtuelle du site en quatre dimensions (tant dans un but d’approche scientifique que de présentation en direction du grand public).

Gilbert-Robert Delahaye : Un îlot d’exotisme dans la Gaule mérovingienne du viie siècle : les tombeaux des cryptes de Jouarre (Seine-et-Marne).

L’abbaye féminine de Jouarre a été fondée vers 630-635 par Adon, frère de saint Ouen et de Radon, fondateur du monastère de Rebais. Ils appartenaient à une famille aristocratique possédant de nombreuses terres autour de Jouarre, mais on ignore si Adon et Radon étaient des ecclésiastiques (la biographie d’Adon n’est connue que par l’hagiographie de saint Colomban).

Dès l’origine, l’espace abbatial est bien structuré autour de trois édifices religieux : l’église abbatiale dédiée à Notre-Dame, une église sous le vocable de Saint-Pierre (devenue paroissiale) et une vaste église dédiée à Saint-Paul, ermite d’Égypte (son patronage sera ensuite confondu avec celui de l’apôtre Paul), dont les cryptes actuelles constituaient la terminaison orientale.

Conçue originellement selon un plan à trois nefs, l’église Saint-Paul a eu d’emblée une vocation funéraire. Les niveaux inférieurs ont été créés pour accueillir les dépouilles du fondateur et des premières abbesses de Jouarre, alors que les nefs recevaient les tombes des défunts désirant reposer ad sanctos à proximité des corps saints. Le premier niveau de tombeaux date du dernier quart du viie siècle. Très vite, sans doute à la fin du viie siècle ou au tout début du viiie siècle, le mur séparant initialement nefs et cryptes fut détruit pour allonger la surface des nefs vers l’est, aux dépens des cryptes, afin d’accueillir des tombes supplémentaires. Un nouveau mur de séparation entre nefs et cryptes, le célèbre mur à appareil décoratif, fut construit à cette époque. Ultérieurement, la place manquant toujours, les moniales de Jouarre firent remblayer le sol de l’église pour pouvoir installer un second niveau de sépultures au-dessus du premier.

Les diverses observations archéologiques réalisées depuis le xixe siècle ont confirmé la présence de sarcophages en pierre et en plâtre dans les niveaux les plus profonds et de sarcophages majoritairement en plâtre dans les niveaux supérieurs, plus quelques tombes médiévales situées au-dessus des sarcophages mérovingiens, notamment une tombe de prêtre du xiiie siècle identifiable par la présence d’un calice en étain. Les sarcophages de pierre trapézoïdaux se caractérisent par des décors géométriques très frustes (stries, nervures) sur les parois des cuves et des couvercles au profil en arc surbaissé les rattachant au type bourguigno-champenois, courant au viie siècle et jusqu’au début du viiie siècle. Les cuves en plâtre, par leur technique de fabrication et leurs décors moulés extrêmement simples (losanges, cercles concentriques et bossettes, cercles séquants et croix, cercles cloisonnés imitant des décors d’orfèvrerie), obtenus par le creusement à la gouge des planches de moulage des parois et des couvercles, sont plus représentatifs de l’école champenoise que de celle des tombiers parisiens.

Les cryptes actuelles sont constituées de deux salles, la crypte Saint-Ébrégésile et la crypte Saint-Paul. La première, restaurée au xie siècle, renferme le sarcophage d’Ébrégésile, évêque de Meaux à la charnière des viie-viiie siècles, et successeur d’Agilbert pour la conduite du chantier de l’église Saint-Paul. Ce sarcophage, caractérisé par couvercle à trois plans (deux latéraux obliques et un sommital horizontal) se rattache au type dit du Centre-Est, datable du viie et du début du viiie siècle.

La crypte Saint-Paul, quant à elle, conserve un ensemble de sept monuments funéraires : le sarcophage d’Agilbert, transféré au cours du haut Moyen Âge dans un enfeu situé dans l’angle N.O., et une série de six tombeaux accolés au mur oriental. On trouve ainsi successivement du nord au sud, celui d’Adon, fondateur de l’abbaye, puis ceux d’Osanne (moniale irlandaise du viie siècle), Balde (troisième abbesse de Jouarre), Théodechilde (première abbesse), Mode (parente des deux précédentes) et Aguilberte (deuxième abbesse). Les sépultures féminines sont toutes surmontées d’un cénotaphe (ceux d’Osanne, Balde et Mode ont été refaits postérieurement entre le xiiie et le xixe siècle).

Quatre de ces monuments se distinguent nettement par leurs décors originaux, sans rapport avec les productions usuelles des artisans tombiers de Gaule mérovingienne : le sarcophage d’Adon, dont le couvercle montre un bandeau sommital, à décor de fleurettes, de type proche-oriental, le cénotaphe de Théodechilde, orné de frises de coquilles ou de feuilles d’eau, comparables à des décors observables en Italie ou en Afrique du Nord, celui d’Aguilberte, portant des motifs de petites feuilles à trois limbes, très fréquents au Proche-Orient, de la Syrie à l’Égypte, et surtout le sarcophage d’Agilbert, maître d’œuvre de l’église Saint-Paul et de ses cryptes, dont la paroi longitudinale droite présente une scène d’acclamation d’un personnage assis sur un trône, tandis que sur le panneau de tête figure un Christ imberbe à la tête nimbée entouré des quatre zodias. Le décor et la technique des scènes - plissé des vêtements, typologie des mains, rameaux de feuillage - seraient caractéristiques des sculptures coptes (voir Maillé Marquise (de), 1971, Les cryptes de Jouarre, Picard, Paris).

Les circonstances de la création, dans la seconde moitié du viie siècle, de ces œuvres si différentes des productions locales, sont sans doute à rechercher dans la biographie d’Agilbert, partiellement connue par l’Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable. Celui-ci y évoque le séjour effectué durant l’hiver 668-669 auprès d’Agilbert, alors évêque de Paris, par Théodore, un grec de Tarse, nouvellement ordonné évêque de Cantorbéry par le pape Vitalien 1er. Il est fort probable que des artistes orientaux figuraient dans la suite l’accompagnant vers son siège épiscopal, et que ceux-ci, plutôt que rester désœuvrés, aient mis à profit leur longue station dans le Bassin parisien pour sculpter le futur sarcophage de leur hôte et travailler au décor du tombeau du fondateur et des cénotaphes des premières abbesses de Jouarre.

Delahaye G.-R., 2004 - « Origines orientales de plusieurs des monuments funéraires des cryptes de Jouarre (France, Seine-et-Marne) », Bulletin de liaison de l’Association Française d’Archéologie Mérovingienne, n° 28, p. 42-45.

RAPPEL :

La vingt et unième réunion du groupe s’est tenue le vendredi 19 mai 2006 dans la salle de réunion de l’UFR d’histoire. Quatre interventions ont été présentées :

  • Guillaume Marie : Analyse historique et anthropologique des cimetières paroissiaux Saint-Julien et Saint-Gilles de Caen.
  • Mathilde Faivre : L’abbaye d’Ardenne (Calvados) : étude historique et anthropologique des inhumations du chapitre et de la galerie est du cloître.
  • Mark Guillon (Inrap / Umr 5199 Pacea) : L’église abbatiale d’Ardenne : archéologie funéraire et anthropologie biologique.
  • David Jouneau (Inrap) et Mark Guillon : Présentation des fouilles en cours du cimetière et du prieuré de Romilly-sur Andelle (Eure).

PS : Le compte rendu de cette séance sera envoyé ultérieurement.