Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales
UMR 6273 (CNRS/Université de Caen Normandie)





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alban gautier




CNRS

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Bostal, Martin

Doctorant - Centre Michel de Boüard-CRAHAM (UMR 6273)
Responsable des Recherches Historiques - Château de Crèvecœur, Fondation Musée Schlumberger

✉m.bostal@hotmail.fr

Directeur de thèse : Luc Bourgeois

Titre de la thèse : L’Histoire face à l’histoire vivante. Expérimentation, médiation et représentations à travers la pratique de la reconstitution historique du Moyen Âge


Projet de thèse


Pratique de loisir apparue en France à la fin des années 1970, la reconstitution historique fait de plus en plus d’adeptes. Dépassant le cadre des batailles en costumes d’époque, cette activité s’est depuis une quinzaine d’années dotée d’une volonté d’exploration de la vie quotidienne et des techniques des hommes du passé : une expérimentation qui a pris le nom d’« histoire vivante ».
À la différence du modèle anglais qui a réuni sous l’égide de the English Heritage les principales manifestations de Reenactment, la reconstitution française ne bénéficie pas d’instance fédératrice et forme une communauté polymorphe où se mêlent autant de visions de la pratique. Les passionnés, que l’on nomme « reconstituteurs » ou « reconstitueurs », se réunissent autour d’une période déterminée et investissent monuments et lieux de forte historicité. En re-créant costumes et artefacts à l’image du passé et en les mettant en pratique, les acteurs de l’histoire vivante entretiennent un lien fort avec la matérialité de l’Histoire. Au contact du public, les reconstituteurs souhaitent se poser en relais de la connaissance historique par le biais d’une approche sensorielle et participative.

Si la reconstitution historique entend s’intéresser à toutes les périodes, neuf rassemblements sur dix restent consacrés au Moyen Âge. Plus documentés et plus accessibles aux démarches des reconstituteurs, les XIVe et XVe siècles bénéficient de la faveur du grand public qui y retrouve le Moyen Âge fantasmé très présent dans la culture populaire. L’histoire vivante médiévale peine pourtant à affirmer sa qualité compte-tenu de la pluralité d’événements sur ce thème – on estime à plus de six cents les manifestations annuelles jouant sur le thème du Moyen Âge, du festival de reconstitution à la petite fête de village sans oublier le phénomène de l’Heroic Fantaisy – et des représentations très marquées d’un public sujet à la « médiévalgie », pour reprendre le néologisme de Joseph Morsel.

Face à ce qui voudrait être un mode de diffusion alternatif de la connaissance historique, l’Histoire universitaire et ses représentants sont jusqu’alors restés prudents. Les deux mondes ne sont pourtant pas imperméables l’un à l’autre. D’une part, de nombreux reconstituteurs sont issus d’une formation universitaire en histoire ou en archéologie et tendent à considérer l’histoire vivante comme une héritière de l’histoire appliquée, dans son caractère non-institutionnel et dans sa visée de démocratisation du savoir historique. D’autre part l’archéologie manifeste un intérêt pour les préoccupations d’ordres techniques et matérielles qu’elle partage avec l’histoire vivante. Sans pour autant en faire une application de l’archéologie expérimentale, le lien que la reconstitution opèreentre artefacts et geste – dans le sens utilisation – présente un intérêt pour l’étude de la culture matérielle. Malgré une thèse d’Audrey Tuaillon-Démesy soutenue en 2011 qui proposait une approche socio-anthropologique de l’histoire vivante médiévale, premier pas vers une prise en compte scientifique de ce phénomène d’appropriation du passé, force est de constater que l’histoire vivante demeure encore peu considérée par les milieux universitaires.

En se limitant aux manifestations européennes de reconstitution sur le thème du Moyen Âge, cette thèse entend proposer une étude de la relation qu’entretient la science historique et archéologique avec l’histoire vivante sous trois angles principaux : l’histoire vivante comme champ d’expérimentation de la culture matérielle médiévale, comme mode de médiation du savoir scientifique à destination du grand public et enfin comme manifestation d’une mémoire collective du Moyen Âge. Ce travail a également pour but d’explorer les limites de l’histoire vivante, notamment dans l’opposition qui s’opère entre mentalités et matérialité.

Grâce à la contribution de la Fondation Musée Schlumberger qui organise depuis quinze ans des festivals d’histoire vivante reconnus dans le milieu pour leurs qualités, cette étude pourra bénéficier d’un point de vue interne à cette pratique. Ainsi le festival des Médiévales de Crèvecœur – qui s’intéresse à la vie quotidienne d’une seigneurie rurale dans la seconde moitié du XVe siècle –constituera sur trois ans une expérience centrale ouvrant un accès régulier aux reconstituteurs. Sur cette base se construira une enquête s’intéressant à la pratique de ces derniers, à leurs accès et à leur approche des sources et de la bibliographie, aux processus de re-création mis au point et à la transmission des connaissances entre reconstituteurs et avec le public. La réception universitaire de ces expérimentations devra également être abordée, ainsi que les possibilités d’échanges entre les deux milieux. Enfin ce travail prendra en compte les attentes et le ressenti du public face aux visions de l’Histoire qui lui sont proposées. Basée sur des entretiens en amont et en immersion au sein de la manifestation, cette méthode d’enquête se verra dans un second temps appliquée à d’autres manifestations d’histoire vivante de dimension nationale, voire européenne. Dans un contexte de diffusion et d’appropriation des connaissances en dehors des cercles scientifiques, cette thèse entend mobiliser les acquis des sciences sociales pour mener à une meilleure compréhension de l’histoire vivante et participer à son rapprochement des milieux universitaires.