Expositions temporaires

Le Scriptorial d’Avranches expose dans la salle des manuscrits (appelée aussi salle du Trésor) des volumes précieux issus de la Bibliothèque patrimoniale d’Avranches. Vous accédez ici à l’exposition virtuelle des ouvrages montois que vous pourrez retrouver au musée. À partir de ces courtes descriptions, vous pouvez également consulter la notice catalographique réalisée dans le cadre de la Bibliothèque virtuelle du Mont Saint-Michel.

Trésors du Moyen Âge. Les collections du Musée de Cluny en voyage (Scriptorial d’Avranches, 29 avril -20 août 2017).

Évangiles de Matthieu et de Marc avec glose

Avranches, BM, 24, f. 1v Avranches, BM, 24, f. 2r

Avranches, BM, 24, ff. 1v-2r

Paris, atelier de Gautier Lebaude, vers 1240-1250

Ce manuscrit a été produit à Paris par l’atelier de Gautier Lebaude, dont l'activité est attestée autour de 1240. Son décor principal est constitué de deux initiales ornées (f. 1r et 97v) et deux initiales historiées (f. 2r et 97v) qui servent à ouvrir les Évangiles de Matthieu et de Marc. Le décor secondaire est constitué de petites initiales filigranées et de pieds de mouche bleus et rouges dans la tradition des productions des XIIIe-XVe siècles.

Le début de l’Évangile de saint Matthieu (f. 2r) est mis en valeur par une belle initiale L figurant l’Arbre de Jessé, thème fréquent dans l’enluminure gothique du début du XIIIe siècle. Malgré la tendance à standardiser leur production, les artistes montrent encore ici une certaine originalité en introduisant par exemple le motif du lapin au sommet de la lettre historiée. Le dessin, où le bleu et le rose soutenu constituent les deux couleurs dominantes, est exécuté d’un trait net et précis. L’usage du fond d’or est une tendance qui se généralise et qui caractérise les ouvrages enluminés à partir du début du XIIIe siècle (ce procédé était encore rare au siècle précédent). Nous retrouvons les mêmes couleurs sur fond d’or dans la lettre ornée P (de Primum) et dans la lettre historiée M (de Marcus evangelista) qui ouvrent l’Évangile de saint Marc au folio 97v. 

Aristote, Éthique à Nicomaque

Glose de Robert Grosseteste

Avranches, BM, 222, f. 22v Avranches, BM, 222, f. 23r

Avranches, BM, 222, ff. 22v-23r

Angleterre ?, vers 1250-1260

Le D de Dicamus est une initiale historiée, établissant un lien entre le décor et le texte. Elle représente un témoignage célèbre de la charité chrétienne en réponse à l’idéal de vertu décrit par Aristote dans le texte. Saint Martin, officier de l’armée romaine, avait fait preuve de générosité en partageant son manteau au profit d’un pauvre transi de froid. C’est donc une manière subtile pour le peintre de christianiser un écrit païen, rédigé par un des auteurs favoris des moines de l’abbaye du Mont Saint-Michel.

Ce manuscrit a été acheté à un maître de la faculté de droit de Paris en 1398, puis donné aux moines du Mont Saint-Michel par l'abbé Pierre Le Roy (1386-1410). Il comporte plusieurs enluminures réalisées sur un fond d’or épais qui illustrent la maîtrise des ateliers laïcs du XIIIe siècle. L'influence anglo-saxonne, perceptible dans ce décor, conduit les spécialistes de l'enluminure à envisager deux hypothèses : il s'agit soit de la production d'un atelier anglais, soit de la production d'un artiste anglais travaillant dans un atelier parisien. La première hypothèse semble la plus vraisemblable, car l'écriture gothique présente elle aussi quelques marques d'influence insulaire.

Aristote, Physique

Avranches BM, 231, f. 128v Avranches BM, 231, f. 129r

Avranches, BM, 231, ff. 128v-129r.

Paris, début du XIVe siècle

Ce manuscrit homogène, avec son écriture gothique de grand module et son décor soigné, est un témoignage de la production des ateliers laïcs parisiens de la première moitié du XIVe siècle.

Le traité d’Aristote débute par une belle initiale à dragon. Entouré d’un fond rose/rouge, la lettre Q de Quoniam est peinte en bleu à rehauts blancs. L’intérieur de la lettre est décoré d’un entrelacs de feuillage bleu, rouge et vert sur un fond d’or. Ce type de feuilles trilobées se rencontre surtout à partir du début du XIVe siècle et connaîtra un grand succès dans les décors marginaux des manuscrits de luxe jusqu'à la fin du siècle suivant.

Cette enluminure richement ouvragée illustre une période de transition. La couleur verte, très rare dans les ateliers parisiens des XIIIe-XIVe siècles, la rapproche même des productions normandes des siècles précédents. Elle est dans le même temps prolongée par une antenne rouge et bleue terminée en branche à feuillages, typique du XIVe siècle. Cette incursion dans les marges, encore sage et limitée, se généralisera tout au long des XIVe et XVe siècles.

Jean de Hesdin, Commentaires des épîtres de saint Paul et Explications sur saint Marc

Avranches, BM, 33, f. 79v Avranches, BM, 33, f. 80r

Avranches, BM, 33, ff. 79v-80r

Paris, 1391

L’abbé du Mont Saint-Michel Pierre Le Roy (1386-1410) a établi dans son monastère un enseignement de qualité et a enrichi la bibliothèque en livres scolaires. Six de ces manuscrits nous sont parvenus : ils contiennent des œuvres d’Origène, Thomas d’Aquin, Jean de Hesdin et Aristote (mss 33, 53, 54, 55, 127 et 222). Pierre Le Roy fréquentait aussi à cette époque la cour du roi Charles VI (1380-1422) et faisait partie du conseil royal.

En 1391, l’abbé fit réaliser cette belle copie d’une œuvre de Jean de Hesdin (1320-1412), maître de théologie renommé à la Sorbonne, et en fit don à la bibliothèque de son monastère pour l’usage de tous les moines. Ce sont sans doute les qualités de calligraphe de Jean Cachelart, bachelier, qui incitèrent Pierre Le Roy, maître en décret et en droit canon à la faculté de Paris, à employer son élève comme copiste.

Originaire du diocèse de Quimper, Jean Cachelart était encore à cette époque un jeune étudiant au début de sa carrière de copiste. Il collabore ici avec un artiste talentueux, dont le style et le décor à feuillage et à dragon rappellent ceux du « maître du Policratique de Charles V », avec lequel il collabora à plusieurs reprises pour des commanditaires prestigieux proches de la cour royale au cours des années 1390. Le 14 février 1396, le duc Louis d’Orléans acheta deux Légendes dorées à Jean Cachelart pour la somme de 40 écus d’or. Outre ce manuscrit de la bibliothèque patrimoniale d’Avranches, on lui doit également la copie, entre 1391 et 1403, de plusieurs manuscrits connus et bien documentés.

Dionigi da Borgo San Sepolcro, Commentaire sur l'Histoire romaine de Valère Maxime

Paris, fin du XIVe siècle.

Valère Maxime a composé un florilège de récits traitant de l'histoire romaine à l'intention d'orateurs souhaitant étayer leurs démonstrations d'exemples historiques édifiants. Le commentaire de cette œuvre par Dionigi da Borgo San Sepolcro (v. 1300 ?-1342), ami de Pétrarque et de Boccace, témoigne du regain d'intérêt des érudits italiens pour cette compilation antique dès la première moitié du XIVe siècle

Ce manuscrit, par son décor à feuillage (motifs végétaux de couleur bleu, rouge et or) et à dragon, se rattache aux productions parisiennes de la fin du XIVe siècle et mérite d’être comparé au manuscrit 33 de la bibliothèque patrimoniale d’Avranches (présenté à proximité). La lettre ornée bleue sur fond rouge et or ouvrant le manuscrit 33 comporte en effet des rehauts blancs formant des vaguelettes et des ronds qui rappellent les motifs que l’on retrouve dans cette belle initiale R bleue sur fond rouge et or. Outre les dragons aux pattes et ailes alternées rouges et bleues, nous retrouvons également des tiges à feuilles trilobées rouges et bleues dans la panse des initiales. L’artiste et le copiste de ces deux manuscrits, bien que contemporains et appartenant sans doute à des ateliers parisiens proches, s’influençant mutuellement, sont toutefois bien distincts.

Ordinaire à l’usage du Mont Saint-Michel

Avranches, BM, 216, f. 26v Avranches, BM, 216, f. 27r

Avranches, BM, 216, ff. 26v-27r

Mont Saint-Michel, fin du XIVe siècle-début du XVe siècle

L'Ordinaire fixe le rythme de la vie liturgique. Il indique l'ordonnance générale des offices et des processions dans le sanctuaire. L’importance de cet ouvrage dans l’organisation quotidienne de l’abbaye est attestée par l’usure que présente le parchemin. Ce manuscrit a très probablement été copié au Mont Saint-Michel, où un autre Ordinaire, le manuscrit 46, légèrement plus ancien, contient le même texte.

Il ne comporte que deux pages enluminées (folios 25r et 27r), dont le décor a soit été réalisé par un artiste parisien venu au Mont, soit été exécuté dans un atelier parisien. Elles sont destinées à mettre en valeur un extrait d’un texte de Guillaume Durand, théologien, qui sert d'introduction à l’Ordinaire.

La page est entourée d’un cadre à décor géométrique dont l’extrémité est ornée d’un dragon. Une belle initiale débute le texte ; ses couleurs (bleu, rouge et or) et les motifs qui l’ornent sont comparables aux manuscrits présentés précédemment.

Les décorations marginales alternent des motifs de feuilles à trois lobes, caractéristiques du XIVe siècle, avec des guirlandes de fleurs à quatre pétales et à tiges vertes que l’on retrouve dans les manuscrits du siècle suivant. Cette double influence dans le décor semble révéler une période de transition.

Recueil de légendes et miracles dédiés au Mont Saint-Michel

Normandie ou Paris ?, milieu XVe siècle

L’initiale A de Ange débute une prière à l’ange saint Michel en ancien français : « Ange benenie et esperit de bonté... », « Ange bienveillant et épris de bonté... ». La page présente un encadrement à décor géométrique, alternant des compartiments à fond bleu et rouge, d’où s’échappent des rinceaux de feuilles à trois lobes. Si le décor présente une influence clairement parisienne, sa réalisation peu détaillée et son contenu, tardif (plusieurs textes datent des années 1450) et à forte identité montoise, font pencher en faveur d’une production locale.

L’initiale à dragon, tracée en bleu sur un fond rouge et or, rompt avec les pratiques des années antérieures : le motif du dragon, qui avait un temps quitté les lettres ornées pour prendre place dans le décor des marges (seconde moitié du XIVe et début du XVe siècle), réintègre ici le corps de l'initiale et retrouve ainsi une place qu'il occupait couramment aux XIe- XIIe-XIIIe siècles.

Salle du trésor (exposition de printemps – avril-juin 2017)

Évangiles (fragments)

ancienne garde du ms. 66, verso ancienne garde du ms. 48, recto  deux fragments d’un même feuillet trouvés en remploi dans la reliure du ms. 48

Avranches, BM, feuillets volants (anciennes gardes des mss 48 et 66)

Sud-Est de l’Angleterre (Cantorbéry ?), VIIIe s.

Ces fragments sont les plus anciens manuscrits conservés à la bibliothèque d’Avranches : ils proviennent d’un évangéliaire d’origine insulaire (région de Cantorbéry, Sud-Est de l’Angleterre), écrit en onciale anglo-saxonne.

L’écriture onciale se démarque des anguleuses capitales romaines par son alphabet aux formes arrondies (observez les lettres M, D et E). Belle et lisible, mais longue à tracer et gourmande en place, la capitale onciale sera abandonnée (sauf pour les titres) au profit de la minuscule caroline (IXe-XIIe s.) puis de la minuscule gothique (XIIIe-XVe s.).

Nous ne conservons que quelques fragments de ce riche évangéliaire entré tôt en possession des moines du Mont Saint-Michel : ils ont servi de remplois (pages de garde et reliure) dans des manuscrits copiés au Mont Saint-Michel sous l’abbé Robert de Torigni (1154-1186). Trois feuillets complets, ainsi que deux fragments provenant d’un quatrième feuillet, sont aujourd’hui conservés à Avranches. Un cinquième feuillet complet subsiste à Saint-Pétersbourg.

Les principales subdivisions du texte ont été mises en évidence : les versets sont signalés en marge ; certaines initiales ont été mises en valeur par un contour en pointillés rouges.

Cicéron, De oratore et Orator

Avranches, BM, 238, f. 40v Avranches, BM, 238, f. 41r

Avranches, BM, 238, ff. 40v-41r

Région de la Loire (Ferrières ?), deuxième tiers du IXe s.

Ce manuscrit est l’une des plus anciennes copies conservées du De oratore de Cicéron. Témoin précieux, il a servi à établir l’édition de référence de ce traité majeur du célèbre rhéteur romain.

Le volume a été écrit en minuscule caroline par deux copistes contemporains travaillant dans le deuxième tiers du IXe s. Le premier appartenait au cercle de lettrés formé autour de Loup de Ferrières (v. 805 - 862). Loup est célèbre pour avoir activement recherché les textes d’auteurs classiques latins. Cet exemplaire du De oratore de Cicéron comporte plusieurs lacunes. Certaines ont été comblées grâce à un second copiste, Hadoard de Corbie (f. 23r-23v, 41r-43r), qui a également ajouté, en fin de volume, une partie de l’Orator de Cicéron (f. 51r-60v). Hadoard est connu pour son Collectaneum, un florilège d'extraits d'ouvrages antiques tirés principalement des œuvres de Cicéron. Il est vraisemblable que Loup de Ferrières se soit adressé à son ami, bibliothécaire de l’abbaye de Corbie, pour qu’il complète cet exemplaire lacunaire à l’aide d’un autre témoin en sa possession.

Les moines du Mont Saint-Michel pourraient avoir possédé ce manuscrit dès le XIe s. : c’est ce que suggère l’ex-libris du moine Serlon (f. 58v : « isti sunt libri Serlo »), qu’il faut peut-être identifier au moine du Mont Saint-Michel devenu abbé de Gloucester (1072-1104). Les liens étroits unissant les abbayes du Mont Saint-Michel et de Fleury (St-Benoît-sur-Loire) depuis les abbés Mainard II (991-1009) et Gauzlin (1005-1030) pourraient expliquer le passage du manuscrit de la région de la Loire au monastère normand.

Origène, Expositio in epistola Pauli ad Romanos

Avranches, BM, 32, f. 137v Avranches, BM, 32, f. 138r

Avranches, BM, 32, ff. 137v-138r

Abbaye Saint-Mesmin de Micy (près d’Orléans), fin du IXe s.

Ce Commentaire des épîtres de saint Paul aux Romains d’Origène est l’un des six manuscrits carolingiens conservés provenant de l’abbaye du Mont Saint-Michel. Comme les autres, il n’a toutefois pas été produit sur place : l’activité du scriptorium du Mont Saint-Michel n’est attestée qu’après l’installation des moines bénédictins en 965-966.

D’après les deux ex-libris partiellement grattés figurant en marge supérieure des folios 138r (« Hic est liber S(an)c(t)i [Maximini Miciacensis] monastterii (sic monasterii) quem quisquis de isto loco abstulerit anathema sit ») et 233v-234r (« Hic [est liber] S(an)c(t)i [Maximini Miciacensis] »), ce manuscrit appartenait encore, aux IXe et Xe s., à l’abbaye de Saint-Mesmin de Micy, où il fut copié. La présence de ce livre au Mont Saint-Michel confirme l’existence de liens anciens entre le monastère normand et deux abbayes étroitement liées du val de Loire, voisines d’Orléans : Saint-Mesmin de Micy et Saint-Benoît-sur-Loire (Fleury).

Angelomus Lexoviensis, Enarrationes In Libros Regum

Avranches, BM, 9, f. 21v Avranches, BM, 9, f. 22r

Avranches, BM, 9, ff. 21v-22r

Mont Saint-Michel, fin du XIe s. (v. 1080-1100)

Angelome (v. 855), moine de l’abbaye bénédictine de Luxeuil, en Franche-Comté, a commenté plusieurs livres de la Bible. Cet exemplaire contient son Commentaire sur les Livres des rois.

L’écriture caroline et les titres alternant les couleurs rouge et verte caractérisent les productions du scriptorium du Mont Saint-Michel du 2e et du 3e tiers du XIe s. L’usage du rouge-vermillon (sulfate de mercure) plutôt que du minium rouge-orangé (oxyde de plomb) nous place cependant dans la seconde moitié de ce siècle. La grande lettre ornée ‘V’ de « Verum quoniam… », à compartiments, à feuillages et à dragon, se rattache elle aussi à cette période : une influence anglo-saxonne y est perceptible. Ce volume n’a toutefois pas été décoré par les artistes talentueux du premier âge d’or du scriptorium (v. 1040-1080). L’écriture resserrée et compacte, aux ascendantes et descendantes peu développées, nous place vers la fin du XIe s. : ce manuscrit semble avoir été copié et décoré dans les années 1080 ou 1090.

Origène, Homélies (abrégées)

Avranches, BM, 53, f. 3v Avranches, BM, 53, f. 4r

Avranches, BM, 53, ff. 3v-4r

Origine inconnue, 2e moitié du XIIe s.

Origène (v. 185 - v. 253) est le premier grand commentateur de la Bible et est à ce titre considéré comme le père de l'exégèse biblique. Il est ainsi l’auteur de nombreuses homélies, regroupées ici par livre de la Bible en recueil.

Malgré une ornementation très sobre, trahissant une influence cistercienne, le feuillet de gauche présente un titre développé sur toute sa première colonne, mis en valeur à l’aide de capitales onciales alternativement rouges et bleues. Dans le reste de l’ouvrage, les initiales introduisant les homélies sont tantôt monochromes (rouges, bleues ou vertes), tantôt bicolores (rouges et bleues ou rouges et vertes), tantôt tricolores (rouges, bleues et vertes).

Ce manuscrit a été acquis par l’abbé du Mont Saint-Michel Pierre Le Roy (1386-1411). Régent en la Faculté de décret à l’Université de Paris, il a établi un enseignement de qualité dans son monastère et a enrichi la bibliothèque de six livres scolaires traitant d’exégèse, de théologie et de philosophie (mss. 33, 53, 54, 55, 127 et 222 renfermant des œuvres d’Origène, Thomas d’Aquin, Jean de Hesdin et Aristote). Ce volume porte la marque de donation suivante : « Istum librum Origenis acquisivit frat(er) P(etrus) Regis, abbas Montis S(an)c(t)i Michaelis, quod isti mon(aster)io co(n)tulit, et ipsum in libraria com(muni) ad usum et utilitatem om(n)i(um) fr(atru)m reponi voluit » (f. 3r).

Les taches noires et les trous qui détériorent le parchemin sont dus à l’humidité (moisissures).

Aristote, De anima (traduction Jacques de Venise)

Avranches, BM, 221, f. 1v Avranches, BM, 221, f. 2r

Avranches, BM, 221, ff. 1v-2r

Paris ?, fin du XIIe s.

Dans son ouvrage Aristote au Mont Saint-Michel (Paris, 2008), Sylvain Gouguenheim rejette la thèse de la redécouverte du savoir grec au Moyen Âge grâce aux seules traductions arabes. Selon cet auteur, le Mont Saint-Michel aurait même été, dans la première moitié du XIIe s., un important centre de traduction des textes d’Aristote du grec au latin grâce à Jacques de Venise.

Il n’existe aucune preuve de la présence du traducteur Jacques de Venise au Mont Saint-Michel, et aucun des manuscrits d’Aristote provenant de ce monastère ne lui est contemporain. Les plus anciens volumes conservés, tels que celui-ci, datent seulement de la fin du XIIe s. et la grande majorité ne remonte qu’au XIIIe s. Les traductions du grec au latin présentes au Mont sont principalement celles des Italiens Jacques de Venise et Burgondio de Pise, mais la bibliothèque, qui possède une trentaine de textes d’Aristote, conserve aussi des traductions de l’arabe au latin. Outre la traduction de Jacques de Venise du De anima (ff. 2r-21v), ce recueil contient deux autres traités d’Aristote dues à ce même traducteur : De la mémoire et de la réminiscence (ff. 21v-24r) et la Physique (ff. 25r-88r). Il se termine par la traduction du traité grec de Némésius, évêque d'Émèse (Syrie), sur La Nature de l'homme par l'archevêque de Salerne Alfanus (ff. 89r-114v).

Les traductions d’Aristote provenant de l’abbaye du Mont Saint-Michel semblent majoritairement être des ouvrages scolaires réunis en recueils : souvent peu décorés, ils portent parfois des notes marginales et interlinéaires laissées par les étudiants. Nous savons que plusieurs moines et abbés du Mont Saint-Michel, ayant étudié ou enseigné dans les collèges et les universités parisiennes, donnèrent des livres à leur monastère. Il est vraisemblable que la bibliothèque du Mont Saint-Michel nous livre un témoignage indirect de l’enseignement de la philosophie dispensé dans les écoles parisiennes des XIIIe et XIVe s. (et de sa réception au Mont).

Missel, à l’usage de Saint-Benoît-sur-Loire

Avranches, BM, 41, f. 47v Avranches, BM, 41, f. 48r

Avranches, BM, 41, ff. 47v-48r

Saint-Benoît-sur-Loire, 2e moitié du XIIe s. (avant 1173 ?)

Le missel est un recueil de prières destiné à la célébration de la messe. Celui-ci contient des offices propres à l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire (Fleury) : une importance spéciale est accordée aux saints Benoît, Gildas, Oswald, Grégoire, Pol de Léon, Eucher, Aignan et Abbon de Fleury. Thomas Becket n’est pas mentionné dans la liturgie ce qui invite à dater ce missel d’avant sa canonisation en 1173.

Les moines du Mont Saint-Michel entretenaient des relations étroites avec l’abbaye de Fleury depuis l’an Mil, ce qui pourrait expliquer la présence de ce manuscrit au Mont. Ce volume est d’ailleurs contemporain de l’abbatiat de Robert de Torigni (1154-1186), qui s’est efforcé de renforcer les anciennes associations spirituelles mises en place par ses devanciers.

L’ensemble du volume est décoré d’initiales de couleur rouge, bleue, verte et jaune. Sur cette page richement décorée, l'initiale P à masque léonin ouvre la formule Per omnia secula seculorum. Des notations musicales carrées sur portée (dont l’usage est encore peu répandu en Normandie à cette époque) accompagnent le texte du chant. En bas, le visage du Christ nimbé prend place au centre du monogramme VD formé par les initiales de la formule Vere Dignum, qui commence le texte de la préface du canon de la messe.

Missel, à l’usage du Mont Saint-Michel

Avranches, BM, 42, f. 140v Avranches, BM, 42, f. 141r

Avranches, BM, 42, ff. 140v-141r

Mont Saint-Michel, vers 1235

Le missel est un recueil de prières destiné à la célébration de la messe. Celui-ci contient des offices propres à l’abbaye du Mont Saint-Michel : une importance spéciale est accordée aux saints Michel, Aubert, Bénigne et Benoît, ainsi qu’aux saints guerriers Georges et Maurice.

L’ensemble du volume, copié en minuscule gothique, a été réalisé sur place, au Mont Saint-Michel. Un seul cahier a été richement décoré (ff. 137-144). Les ornements ont été exécutés par le même artiste que celui ayant enluminé, quelques années auparavant (vers 1230), la très belle Bible en deux volumes du Mont Saint-Michel (ms 2 et 3). Spécialiste de l’enluminure médiévale, Patricia Stirnemann considère ces trois manuscrits comme des productions du scriptorium montois sous l’abbé Raoul de Villedieu (1223/5-1236), en qui elle voit le commanditaire du cloître gothique de la Merveille.

Ce feuillet comporte une belle lettre historiée à dragon et à dorures représentant l’épisode de la Genèse consacré au sacrifice d’Abraham : Dieu met à l’épreuve le prophète en lui demandant de tuer son fils Isaac. Tandis que le jeune garçon accepte docilement son sort en priant, un ange arrête l’épée brandie par Abraham. De son index, il lui indique le bélier qui sera sacrifié à la place de l’enfant.

Rufin d’Aquilée, Vies des saints Pères du désert

Avranches, BM, 164, f. 101v Avranches, BM, 164, f. 102r

Avranches, BM, 164, ff. 101v-102r

Nord de la Loire (Mont Saint-Michel ou Paris ?), fin du XIIIe s.

Les Pères du désert étaient des moines de l'Antiquité tardive (IIIe et IVe s.) ayant vécu en communauté ou en ermites dans les déserts d'Égypte, de Palestine et de Syrie. Leur vie a été relatée en grec par différents auteurs. Rufin d’Aquilée a traduit ces vies en latin, contribuant ainsi à leur renommée en Occident. Cet exemplaire attribue à tort la paternité de l’ouvrage à saint Jérôme (« Explicit liber beati Ieronimi presbiteri De vita sanctorum patrum »).

Le volume présente les caractéristiques des productions des XIIIe et XIVe s. : il a été écrit en lettres gothiques et décoré d’initiales rouges et bleues à filigrane. Le développement de ces filigranes de manière à remplir toute la hauteur de la page est cependant une tendance qui ne se répand qu’à partir du milieu du XIIIe s. Le manuscrit a été copié par Jean Tartivint, qui travaillait semble-t-il à la fin de ce siècle et qui a inscrit son nom en fin de volume (f. 102r) : « Iohannes Tartiuint scripsit istum librum ».

Louis de Camps, Histoire de la célèbre abbaye du Mont Saint-Michel au péril de la mer

Avranches, BM, 209, page de titre

Avranches, BM, 209, page de titre

Mont Saint-Michel, 1661-1664

En 1622, l’abbaye du Mont Saint-Michel fut réformée par la congrégation de Saint Maur. Au cours du XVIIe s., trois moines de cette congrégation ont successivement travaillé à la rédaction de l’histoire du monastère : dom Jean Huynes (1609-1651) entre 1636 et 1638, dom Thomas le Roy (1608-1683) entre 1646 et 1648 et enfin dom Louis de Camps, entre 1661 et 1664. Grâce à leurs travaux, ces trois auteurs nous fournissent indirectement de précieux renseignements sur l’état de la bibliothèque du Mont Saint-Michel au XVIIe s.

Ce volume contient une copie, réalisée par Louis de Camps, de l’histoire du Mont Saint-Michel de Jean Huynes. Mais Louis de Camps ne se contente pas d’être un simple copiste : il a remanié son modèle « sans altérer l’essentiel de l’histoire », comme il l’indique la note ajoutée en bas de la page de titre. Il a surtout poursuivi l’œuvre de son prédécesseur jusqu’en 1664.

Contrairement à ce volume, les manuscrits de Jean Huynes et de Thomas le Roy ne sont pas parvenus à Avranches : les deux volumes rédigés par le premier ont été envoyés à Saint-Germain-des-Prés dès le XVIIe s. et ils sont aujourd’hui conservés à la bibliothèque nationale de France (Paris, BNF, fr. 18947 et 18948) ; les trois manuscrits composés par le second sont dispersés entre les fonds de la bibliothèque municipale de Caen (Mancel, ms 195) et de la bibliothèque nationale de France (fr. 18 950 et lat. 13 818).

Catalogue de la bibliothèque du chapitre d’Avranches

Avranches, BM, 247, p. 1

Avranches, BM, 247, p. 1

Avranches (chapitre cathédral), 1749

Ce « Catalogue des livres qui composent la bibliothèque de messieurs du chapitre d’Avranches » décrit les 3107 volumes manuscrits et imprimés conservés dans la bibliothèque du collège de chanoines de la cathédrale d’Avranches entre 1749 et la Révolution. La bibliothèque du chapitre était distincte de celle de l’évêché, appartenant aux évêques.

Il s’agit d’un catalogue thématique, dans lequel les œuvres sont regroupées par matière et catégorie d’auteurs (p. 1-163). L’inventaire est précédé de la liste des « Articles et réglemens concernans les charges et devoirs du bibliothéquaire extraits du contrat de donation de Messire Gabriel Artur, haut doyen de l’église cathédrale d’Avranches, passé par devant les notaires du dit lieu, le 16e jour de janvier 1738 » (p. I-V). Les 13 articles décrivent le fonctionnement de la bibliothèque et les charges qui incombent au bibliothécaire : nomination et salaire du bibliothécaire, horaires d’ouverture, périodes de fermeture, création et mise à jour des deux catalogues de livres (l’un conservé au chartrier, l’autre dans la bibliothèque), entretien des livres, respect du silence, interdiction du prêt de livres, détention des clefs, choix du sous-bibliothécaire, recollement annuel, etc. Elle est suivie des engagements successifs des six prêtres et chapelains qui occupèrent la fonction de bibliothécaire entre 1738 et la Révolution.

Catalogue des livres du dépôt littéraire du district d’Avranches

Avranches, BM, 246, p. 1

Avranches, BM, 246, p. 1

Avranches, 1794-1796

Ce « Catalogue des livres en dépôt à l’administration du district d’Avranches, et dont l’inventaire, sur des cartes, a été envoyé au comité d’instruction publique et rédigé par le citoyen Pierre François Pinot Cocherie, commissaire nommé par les administrateurs du district » a été rédigé par trois bibliothécaires successifs entre juin 1794 et avril 1796.

Pierre François Pinot-Cocherie (1752-1816), ancien avocat et juge au tribunal d’Avranches, a été nommé bibliothécaire le 2 juin 1794 et conserva cette charge jusqu’au 24 juin 1795. Il est l’auteur des ff. 1r-104r du registre, contenant les catalogues des bibliothèques du chapitre cathédral, de l’évêché et du séminaire d’Avranches. Ces pages renferment également les inventaires des bibliothèques de prêtres réfractaires, de proscrits et d’immigrés.

Jean Louis André Bournhonet (1756-1835), ancien prieur, curé et maire de Précey, a succédé à Pinot-Cocherie comme bibliothécaire du 24 juin à novembre 1795. Après avoir été son assistant, il a poursuivi la rédaction du registre. C’est lui qui a commencé l’inventaire des livres provenant de l’abbaye du Mont Saint-Michel (ff. 105r-133v).

Le troisième et dernier rédacteur du catalogue est anonyme. Auteur des ff. 133v-188r, il a poursuivi et terminé l’inventaire des livres du Mont Saint-Michel le 26 novembre 1795. Il a ensuite dressé les catalogues des livres provenant des Capucins d’Avranches ainsi que des abbayes de Montmorel et de la Lucerne (travail achevé courant avril 1796).

Inventaire de la bibliothèque de l’école centrale de la Manche

Avranches, BM, p. 248 Avranches, BM, p. 249

Avranches, BM, 266, p. 248-249 (table de récapitulation)

Avranches, 8 août 1801

Cet « Inventaire de la bibliothèque » de l’école centrale de la Manche a été dressé le 20 thermidor An IX, c’est-à-dire le 8 août 1801, par le prêtre et bibliothécaire Julien Cerisier (1729-1809). Le catalogue donne l’état de la bibliothèque, constituée presque exclusivement à partir des saisies révolutionnaires réunies au dépôt littéraire du district d’Avranches entre 1789 et 1796. Ce fonds, constitué suite à la création de l’école centrale de la Manche en 1796, forme l’embryon de la bibliothèque municipale d’Avranches (ouverte quelques années après la fermeture de l’école centrale en 1803).

Il s’agit d’un catalogue des livres imprimés et manuscrits classés thématiquement suivant 45 catégories, dont est présentée ici la table de récapitulation. Le nombre de volumes constituant chaque catégorie est indiqué à droite. L’ensemble forme un total de 9386 volumes. Les membres du conseil d’administration de l’école centrale de la Manche précisent toutefois, à la page suivante (p. 250), « qu’outre le total ci-dessus, il existe dans les greniers de la bibliothèque quelques milliers de volumes, demi-pourris et rongés de vers pour la plupart, laquelle collection ne renferme que de la vieille théologie ».

Archives

Exposition 37 (1er février-2 avril 2017)

Liber scintillarum (Defensor de Ligugé ?) et Lettres de saint Paul.

Avranches, BM, 108, f. 45v Avranches, BM, 108, f. 46r

Avranches, BM, 108, ff. 45v-46r

Centre ou nord de la France (Neustrie ?), seconde moitié du IXe s.

Ce manuscrit carolinigien, copié dans la seconde moitié du IXe siècle, n’a pu être rapproché par les spécialistes (Bernard Bischoff, François Avril et Jonathan J. Alexander) des productions du scriptorium du Mont Saint-Michel. Sa mise en page à la pointe sèche, l’usage du minium rouge-orangé dans les titres et les initiales, l’absence d’influence anglo-saxonne dans les deux initiales ‘D’ (celle de gauche est écrite en onciale) et l’écriture en lettres carolines rappellent néanmoins les productions montoises des environs de l’an mil, si bien que Léopold Delisle (1826-1910) et Henri Omont (1857-1940), historiens et bibliothécaires normands, avaient daté ce manuscrit du Xe s. L’ex-libris du XIIe s. figurant au f. 105r montre qu’il appartenait alors aux moines du Mont Saint-Michel.

On remarquera, en bas du feuillet de gauche, la réparation du parchemin déchiré à l’aide d’un épais fil blanc.

Livres de la Bible, glosés

Avranches, BM, 10, contreplat supérieur Avranches, BM, 10, f. 1r

Avranches, BM, 10, contreplat supérieur et f. 1r.

Mont Saint-Michel et Nord-Ouest de la France, XIe, XIIe et XIIIe s.

Ce volume, contenant plusieurs livres commentés de la Bible (glose ordinaire), a été copié entre la fin du XIIe s. (ff. 106r-213) et le début du XIIIe s. (ff. 1r-105v). Les moines ont remployé deux feuillets d’un manuscrit du XIe s. : ils les ont utilisés comme contre-gardes (collage sur les contreplats supérieur et inférieur de la reliure).

À gauche, l’écriture caroline, la justification de la page à la pointe sèche (profonds sillons laissés sur le parchemin) et l’usage du minium rouge-orangé constituent trois caractéristiques des productions du XIe s. au Mont Saint-Michel.

À droite, l’écriture gothique primitive, la justification de la page à la mine de plomb (traits fins bruns) et les initiales alternées rouges et bleues (à filigrane [traits fins] dans le cas de la première) sont typiques des productions du début du XIIIe s.

Ambroise (saint), De Isaac vel anima

Avranches, BM, 61, f. 2v Avranches, BM, 61, f. 3r

Avranches, BM, 61, ff. 2v-3r.

Mont Saint-Michel, XIe s. (v. 1070-1080)

A gauche, les titres alternant les couleurs rouge et verte caractérisent les productions du scriptorium du Mont Saint-Michel du 2e et du 3e tiers du XIe s.. L’usage du rouge-vermillon plutôt que du minium rouge-orangé nous place cependant dans la seconde moitié de ce siècle. La grande lettre ornée ‘I’ à compartiments et entrelacs influencée par le style anglo-saxon se rattache elle aussi à cette période. La présence des deux têtes de chien vues de trois-quarts permet même de situer sa réalisation dans les années 1070 ou 1080, sous l’abbatiat de Renouf (1060/1-1083/4). Le décor de ce manuscrit peut être rapproché de ceux des mss. Avranches, BM, 89 et Berlin, DS, Phillipps 1854.

À droite, un ex-libris (marque de possession) a été ajouté au XVIIe s. par les moines du Mont Saint-Michel : « Ex monasterio sancti Michaelis in periculo maris » (traduction : « Du monastère Saint-Michel au péril de la mer »).

Valère Maxime, Faits et dits mémorables

Avranches, BM, 157, f. 90v Avranches, BM, 157, f. 91r

Avranches, BM, 157, ff. 90v-91r.

Mont Saint-Michel, XIIe s.

Valère Maxime (Ier s.) a composé un florilège de récits traitant des événements marquants de l’histoire romaine. Cette compilation était destinée aux orateurs désirant étayer leurs démonstrations d’exemples historiques. En raison du caractère antique et édifiant des exemples qu’elle contient, la compilation de Valère Maxime s’imposera au XVe s. comme une lecture conseillée aux jeunes princes soucieux de parfaire leur éducation.

Cet exemplaire, copié au Mont Saint-Michel au XIIe s., est typique des productions du scriptorium à cette époque : alternance d’initiales rouges (vermillon) et vertes ; usage de la mine de plomb pour justifier le texte en délimitant l’espace d’écriture (réglure) ; écriture caroline compacte (ascendantes et descendantes peu développées). Le style rappelle certaines productions du Mont sous l’abbé Robert de Torigni (1154-1186).

Robert de Tombelaine, Commentaire sur le Cantique des Cantiques

Avranches, BM, 14, f. 166v Avranches, BM, 14, f. 167r

Avranches, BM, 14, ff. 166v-167r

Mont Saint-Michel, XIIe s.

L’initiale ‘O’ du mot osculetur est une belle lettre ornée de couleurs rouge et verte. Elle se trouve au début du Commentaire sur le Cantique des Cantiques de Robert de Tombelaine, moine du Mont Saint-Michel puis prieur de Saint-Vigor de Bayeux (1063-1082). Ce commentaire, rédigé vers le milieu du XIe s., est considéré comme la plus ancienne œuvre d’exégèse (commentaire de la Bible) produite en Normandie à l’époque ducale (911-1204). Elle a connu un certain succès dans et hors de Normandie.

Le commentaire de Robert devance de seulement quelques décennies la très riche production exégétique de son élève Richard des Fourneaux, moine de Saint-Vigor de Bayeux puis abbé de Préaux (1101-1125). Richard a commenté au moins onze livres de la Bible, mais reste moins connu que ses deux maîtres Anselme du Bec et Robert de Tombelaine : contrairement à eux, ses œuvres, rapidement concurrencées par la « glose ordinaire », ont été très peu diffusées.

Bible

Avranches, BM, 1, f. 145v Avranches, BM, 1, f. 146r

Avranches, BM, 1, ff. 145v-146r

Normandie, XIIIe s.

Cette Bible en un volume a été copiée en deux temps, vers 1220-1230 (ff. 1-248) et vers 1270-1290 (ff. 249-280). Comme l’indique les notes ajoutées aux f. 1 et 280v, elle fut acquise pour 10 livres parisii par maître Jean Hellequin, qui en fit don au moine du Mont Saint-Michel Jean Énete en 1317 (« Ista Biblia est fratris Iohannis Enete, monachi monasterii Montis Sancti Michaelis in periculo maris, quam magister I[ohannis] Hellequin dedit dicto monacho, et constitit X libris Parisiensium » et « Anno Domini M°CCC°XVII, die martis post translationem beati Benedicti, in julio »).

Ce manuscrit se distingue par le petit module de son écriture et la grande sobriété de sa mise en page : simples initiales filigranées rouges et bleues typiques du XIIIe s. ; absence de décoration.

Dans la partie supérieure, le titre courant (abrégé), en capitales rouges et bleues, rappelle le nom du livre biblique (livre du prophète Jérémie : « Iheremias p(ro)ph(et)a »). Dans la partie inférieure, le cahier a été numéroté afin de faciliter le travail d’assemblage du relieur (signature .XIIII. = 14e cahier).

Pierre Lombard, Sentences

Avranches, BM, 120, f. 110v Avranches, BM, 120, f. 111r

Avranches, BM, 120, ff. 110v-111r

Paris, seconde moitié du XIIIe s.

Pierre Lombard, qui enseigna à Paris au milieu du XIIe s., est l’un des grands théologiens du Moyen Âge : ses Sentences ont servi de manuel de référence pour l’enseignement de la théologie dans les universités (recommandations du concile de Latran de 1215).

Cet exemplaire des Sentences, copié à Paris dans la seconde moitié du XIIIe s., fut acquis pour 8 livres parisii par maître Jean Hellequin, qui en fit don au moine du Mont Saint-Michel Jean Énete, comme le précise la note ajoutée au f. Bv (« Iste Sententie sunt fratris Iohannis Enete, monachi de Monte Sancti Michaelis in periculo maris, quas magister Iohannes Hellequin dedit dicto Iohanni Enete, et constiterunt dicto magistro Hellequin viii libras parisiensium »). La réception de ce manuscrit au Mont Saint-Michel est donc identique à celle de la Bible précédente (ms. 1). Jean Énete l’a vraisemblablement acquis comme cette dernière en 1317.

Décrétales de Grégoire IX et d’Innocent IV

Avranches, BM, 151, f. 436v Avranches, BM, 151, f. 437r

Avranches, BM, 151, ff. 436v-437r

France (Paris ?), seconde moitié du XIIIe s.

Comme le précise le colophon (signature du travail du copiste) figurant à la fin de ces Décrétales de Grégoire IX, la première partie de ce gros volume de droit (ff. 1-436v) a été copiée par le clerc Roger de Saint-Pierre, qui a terminé son travail le 26 août 1265 (f. 436v : « Expliciunt hee decretales quas Rogerus dictus de Sancto Petro, clericus, scripsit manu sua propria et eas finiuit die Mercurii post festum sancti Bartholomei apostoli, anno Domini M°CC°LXmo quinto »). Le même copiste a ajouté à la suite les Décrétales d’Innocent IV (f. 438-455 : Decretales nouae). Deux autres mains ont ajouté plus tard (XIIIe et XIVe s.) les deux tables de contenu des f. 437 et 456v-457.

Au XIVe s., ce manuscrit appartenait au moine du Mont Saint-Michel Jean Roullant, qui en fit probablement don à son monastère, comme l’indique une note ajoutée au f. 456v (« Iste decretales sunt fratris Iohannis Roull[ant], monachi Montis sancti Michaelis in periculo maris, Abrincensis diocesis »).

Digeste de Justinien (Digestum vetus)

Avranches, BM, 137, garde volante Avranches, BM, 137, f. 1r

Avranches, BM, 137, garde volante et f. 1r

Italie (Bologne ?), seconde moitié du XIIIe s.

Ce manuscrit de droit et de jurisprudence, copié en Italie dans la seconde moitié du XIIIe s. (peut-être à Bologne vers 1273), conserve ses pages de garde d’origine. Celles-ci comportent des notes correspondant à des transactions entre marchands italiens (florentins ?). Ces textes intéressent les linguistes, car ils remontent à une époque où la langue italienne n’existe pas encore : « de nombreux dialectes cohabitent sans qu’aucun d’entre eux ne parvienne à s’imposer comme langue écrite au côté du latin ».

Ce volume, vraisemblablement amené à Paris par un étudiant, a été acheté en 1300 par un clerc du diocèse d’Avranches du nom de Guillaume de Brécey, comme le précise la note ajoutée au f. 294v (« Iste liber est Guillelmi de Brece, clerici, Abrincensis diocesis. Datum anno Domini M°CCC°, die nativitatis Domini »). Il fut ensuite offert au Mont Saint-Michel, où il resta jusqu’à la Révolution.

Traduction arabo-latine et commentaire de la Métaphysique d’Aristote

Avranches, BM, 220, f. 14v Avranches, BM, 220, f. 15r

Avranches, BM, 220, ff. 14v-15r

Paris, XIIIe s.

Dans un ouvrage récent (Aristote au Mont Saint-Michel, Paris, Éditions du Seuil, 2008), Sylvain Gouguenheim rejetait la thèse de la redécouverte du savoir grec au Moyen Âge grâce aux seules traductions arabes. Selon cet auteur, le Mont Saint-Michel aurait été, dans la première moitié du XIIe s., un important centre de traduction des textes d’Aristote du grec au latin grâce à la présence de Jacques de Venise.

Il n’existe aucune preuve de la présence du traducteur Jacques de Venise au Mont, et aucun des manuscrits d’Aristote de ce monastère ne lui est contemporain. Les plus anciens volumes datent seulement de la fin du XIIe s. et la grande majorité ne remonte qu’au XIIIe s. Les traductions du grec au latin sont celles de Jacques de Venise mais aussi de Burgondio de Pise, et il existe plusieurs traductions de l’arabe au latin, comme cet exemplaire de la Métaphysique d’Aristote.

Les traductions latines d’Aristote provenant de l’abbaye du Mont Saint-Michel sont en réalité des ouvrages scolaires, souvent réunis en recueils : très peu décorés, ils portent généralement des notes laissées par les étudiants. Or nous savons que plusieurs moines du Mont Saint-Michel, ayant étudié dans les collèges et les universités parisiennes, donnèrent leurs livres à leur monastère lorsqu’ils y prirent l’habit. Il est ainsi possible que la bibliothèque du Mont Saint-Michel nous livre un témoignage indirect de l’enseignement de la philosophie dispensé dans les écoles parisiennes des XIIIe et XIVe s.

Glose sur l’Évangile de saint Matthieu

Avranches, BM, 22, reliure Avranches, BM, 22, reliure Avranches, BM, 22, reliure

Avranches, BM, 22, reliure (vers 1660)

Mont Saint-Michel, XIIe s.

Da reliure très endommagée de ce manuscrit permet d’observer des éléments habituellement cachés sous celle-ci.

Le plat supérieur est détaché du dos, ce qui permet d’apercevoir les 16 cahiers reliés les uns aux autres par des fils cousus autour de quatre nerfs doubles en cuir. Ces derniers sont fixés sur l’ais (en carton) du plat inférieur mais sont détachés de l’ais du plat supérieur. Les entre-nerfs ont été renforcés par des bandes de tissu blanc. Les tranchefiles, situés en tête (haut du dos) et en queue (bas du dos), sont détachés des deux plats et ne sont plus protégés (les coiffes de tête et de queue ont disparu).

Afin de préserver ce volume, une restauration de cette reliure mauriste du XVIIe s. (vers 1660) est indispensable. Elle est programmée pour 2018.

Missel à l’usage de l’abbaye du Mont Saint-Michel

Avranches, BM, 43, reliure Avranches, BM, 43, reliure

Avranches, BM, 43, reliure (XVe-XVIe siècle)

Nord-Ouest de la France (Mont Saint-Michel ?), XVe s.

Le missel est un livre liturgique utilisé lors de la messe. On le distingue du bréviaire, employé lors des fêtes bénéficiant d’un office.

Ce manuscrit, copié au XVe s., est l’un des rares volumes de l’abbaye du Mont Saint-Michel à avoir conservé sa reliure ancienne. Celle-ci date de la fin du XVe ou de la première moitié du XVIe s. et possède de lourds ais de bois dans ses deux plats. Le décor, dont les motifs floraux sont influencés par le style de la Renaissance italienne, est estampillé à froid. Des roulettes ont servi à tracer les encadrements. Des fers ont été utilisés pour le décor du centre et des angles de l’encadrement central.

Cette reliure conserve également des traces de fermoir : les deux plaques métalliques fixées sur le plat supérieur par trois clous conservent l’extrémité de la lanière en cuir qui reliait autrefois les deux plats afin de garder le livre fermé.

 

 

 

 

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