Accueil université > Actualités > Prix et distinctions


Éva Guillorel, nommée à l’Institut universitaire de France

Éva Guillorel, maître de conférences en histoire moderne au laboratoire HISTEMÉ (ex-CRHQ) fait partie des lauréats 2018 de la 28e promotion de l’Institut universitaire de France · IUF – une distinction qui récompense la qualité scientifique de son activité universitaire.

Éva GuillorelÉva Guillorel a été recrutée comme maître de conférences en histoire moderne à UNICAEN en 2011, après une triple formation universitaire en histoire, études celtiques et ethnologie, et trois années de post-doctorat aux États-Unis et au Québec. C’est pour le projet « Ce que chanter veut dire dans l’espace atlantique colonial français. Oralités, circulations, appropriations, mémoires (XVIe-XXIe siècles) » qu’elle a obtenu une délégation de l’IUF. Il s’agit d’étudier, dans une démarche interdisciplinaire, les dynamiques d’échange et les significations sociales du chant dans l’espace atlantique colonial français.
Ces hommes et ces femmes qui ont quitté l’Europe pour s’installer de l’autre côté de l’Atlantique… Quelles chansons ont-ils transportées ? Comment ces cultures orales se sont-elles adaptées et transformées au contact d’autres peuples ? Quels rapports de domination ces chansons induisent-elles ? Pourquoi continuent-elle, encore aujourd’hui, à être chantées ? Comment ont-elles circulé à travers les siècles ? Comment ont-elles été transmises ? Et sur quels supports ?

Les cultures orales, et notamment la chanson en contexte populaire, constituent un objet de recherche peu représenté dans les études historiques. Les traces écrites de l’oralité sont à la fois rares et dispersées… ce qui pose des difficultés méthodologiques. « Cette production culturelle est difficile à repérer dans les archives et donc à analyser pour les historiens modernistes, indique Éva Guillorel. Le chant ayant avant tout une dimension orale, il laisse peu de traces écrites. Et même lorsqu’on possède des textes et mélodies de chansons, les sources permettant de remettre cette pratique en contexte sont beaucoup plus rares ».
Il s’agira ainsi d’inventorier les multiples sources en langue française à la disposition des historiens. Les journaux, les ouvrages imprimés, les cahiers de chansons, les partitions de musique, les fonds sonores… mais aussi les enquêtes ethnographiques. Des milliers de chansons ont ainsi été recueillies sur le terrain. Un répertoire commun de chants s’est diffusé et transmis des deux côtés de l’Atlantique durant plusieurs siècles, jusqu’à aujourd’hui - commun, mais avec néanmoins des paroles, des rythmes et des airs bien différents. Les chants se sont transformés au gré des rencontres et des échanges avec d’autres cultures. D’autant que sur le territoire de la Nouvelle-France, de Terre-Neuve jusqu’à la Louisiane en passant par les Caraïbes, la vallée du Saint-Laurent et l’Acadie, se côtoyaient également des Anglais, des Néerlandais, des Espagnols, des Amérindiens, et des communautés d’esclaves.

Les archives de police et de justice constituent également des sources précieuses. Les chants sont parfois révélateurs de conflits communautaires et de tensions sociales. « Les chansons diffamatoires ont l’intérêt de révéler les tensions, hiérarchies et enjeux de pouvoir au sein des communautés, là où les sources ethnographiques décrivent plutôt la chanson en contexte apaisé, soit deux images très différentes qui reflètent la polyvalence des fonctions du chant », précise-t-elle. Ces sources livrent également des informations détaillées sur le contexte de composition, les auteurs, les interprètes, les réactions du public, les lieux, formes et gestes de la performance ou encore les réactions des autorités.

Plus surprenant, les archives saisies à bord des navires français capturés par les Britanniques aux XVIIe et XVIIIe siècles lors de leur traversée de l’Atlantique. Ces sources méconnues, conservées aux Archives nationales du Royaume-Uni, offrent des éléments de compréhension des mécanismes de circulation du chant dans l’espace atlantique. « On y trouve des cahiers de chansons aux écritures plus ou moins habiles qui révèlent des statuts sociaux différenciés au sein des équipages, des partitions musicales ou encore des feuilles volantes imprimées ou manuscrites sur lesquelles circulent des compositions à la mode ou des chansons déjà bien intégrées dans les répertoires populaires ». Le chant est révélateur à la fois de continuités par rapport aux cultures européennes mais aussi de transformations et de créations dans le cadre de sociétés coloniales en construction.

L'Institut universitaire de France

L’IUF a pour mission de favoriser le développement de la recherche de haut niveau dans les universités et de renforcer l’interdisciplinarité. Chaque année, ce 70 membres « juniors » et 40 membres « seniors » qui sont nommés au terme d’un processus de sélection ouvert à toutes les disciplines scientifiques. Les membres sont, durant 5 années, placés en position de délégation : ils poursuivent leurs activités dans leur université d’appartenance, tout en bénéficiant d’un allègement de leur service d’enseignement, et de crédits de recherche spécifiques. Éva Guillorel figure parmi les 70 membres « juniors » de cette nouvelle promotion qui inclut 6 historiens.
Pour en savoir plus : http://www.iufrance.fr/

Télécharger la page

Dernière modification : 18 juin 2018



UNICAEN
Université de Caen Normandie
Esplanade de la Paix | CS 14032 | 14032 CAEN cedex 5